The COVID-19 seems to plunge the world further into a deep confusion. Messages are most of the time contradictory. They vary according to countries and actors, from “the epidemic is behind us”, “let us all go back to business as usual and work towards recovery” to worries of possible starting new pandemic wave.

This confusion is something that has characterised the COVID-19 pandemic since its start, as we highlighted as early as 5 February 2020 (see Helene Lavoix, “Le mystère du nouveau coronavirus COVID-19 - Vérification des faits"et "L'épidémie de coronavirus COVID-19 ne concerne pas seulement un nouveau virus“, The Red Team Analysis Society).

Pour espérer pouvoir surmonter la confusion, et donc agir de manière saine et efficace, il faut regarder la réalité en face. C'est l'objectif de cet article, de donner une simple preuve de la nouvelle réalité actuelle et des éventuelles caractéristiques émergentes de l'ordre international en mutation.

Thus, first, we provide a snapshot of the reality of the global pandemic. Then we suggest that, to date, we can categorise countries according to three types of pandemic-related stage: the countries on the razor’s edge, those facing a declared rebound, and those still handling the initial outbreak. In the meantime, we highlight emerging traits of the novel COVID-19-infused international order.

La situation de la pandémie mondiale

Le premier fait que nous devons affronter et reconnaître est que la pandémie n'est pas terminée. Nous ne sommes pas dans un monde post-COVID-19. Cela n'arrivera probablement pas avant un certain temps. Nous devons vraiment vivre avec la pandémie tant qu'une vaccination de masse n'a pas eu lieu, qu'un traitement de masse n'est pas disponible ou que la disparition miraculeuse du SRAS-CoV-2 ne se produit pas (voir La pandémie de COVID-19 - Survivre et reconstruire; Traitements antiviraux du COVID-19 et scénarios et La COVID-19, l'immunité et la sortie du confinement).

En effet, le 11 juin 2020, le monde a enregistré 138.400 nouveaux cas confirmés de COVID-19, le nombre de cas quotidiens le plus élevé jamais enregistré, suivi d'un groupe de cas quotidiens, en tenant compte des week-ends, plus élevé que les semaines précédentes (118.100, 134.200 et 134.000). En outre, ce chiffre est très probablement sous-estimé.

Nous sommes sur le point d'atteindre les 8 millions de cas confirmés cumulés dans le monde.

En termes de potentiel de contagion, ces chiffres donnent à réfléchir.

COVID-19 World Daily Cases – Data 15 June 2020 13:28 CET
COVID-19 Cumul mondial des cas confirmés
Données 15 juin 2020 13:28 CET

Les autorités sanitaires se sont relayées pour rappeler ce fait au monde.

On 8 June 2020, Tedros Ghebreyesus, WHO Director General had reminded the world that the pandemic was “‘far from over” (Stephanie Nebehay, Emma Farge, “WHO says pandemic ‘far from over’ as daily cases hit record high“, Reuters8 juin 2020).

On 10 June, U.S. Dr Fauci, director of the National Institute of Allergy and Infectious Diseases, and top advisor to the White House echoed this dire warning. On 12 June 2020 it was the turn of the EU Health Commissioner to stress the same message (John Lauerman and Riley Griffin, “Fauci Says Covid Pandemic His ‘Worst Nightmare,’ Far From Over”, Bloomberg,, 10 June 2020; Reuters, “L'UE met en garde contre la crise sanitaire COVID-19 et appelle à la vigilance“, 12 June 2020).

Les perspectives de la pandémie mondiale couvrent cependant différents types de situations selon les pays. Actuellement, on peut distinguer trois grandes catégories.

On the razor’s edge

Some countries seem to be past the initial outbreak of the pandemic. The states belonging to this group are those that were hit first and chose to handle the pandemic according to what we could call the Sino-Korean-Imperial College model (for the Imperial College COVID-19 Response Team’s model see, Impact des interventions non pharmaceutiques (NPI) pour réduire la mortalité COVID19 et la demande de soins de santé16 mars 2020). En d'autres termes, ces pays ont décidé de mettre en œuvre en premier lieu toutes les mesures nécessaires, y compris un verrouillage total, pour préserver la vie de leurs citoyens. Cela signifie également qu'ils avaient les moyens de mettre en œuvre ce modèle et que leurs décisions étaient plus ou moins opportunes pour leur permettre de contrôler la contagion.

Voici une sélection des pays qui se qualifient pour ce premier groupe, classés en fonction du nombre maximum de nouveaux cas quotidiens. La sélection est effectuée en fonction des nouveaux cas quotidiens au 15 juin 2020. Elle peut changer avec le temps.

Group 1 COVID-19 – On the Razor’s Edge – Selection of Countries

Nouvelle-Zélande
Evolution du PIB en 2020 : -8,9%


Corée du Sud
Variation du PIB en 2020 : -1,2%


Italie
Evolution du PIB en 2020 : -11,3%


ROYAUME-UNI
Evolution du PIB en 2020 : -11,5%

Thaïlande
Variation du PIB en 2020 : -6,7%


Autriche
Variation du PIB en 2020 : -6,2%


France
Evolution du PIB en 2020 : -11,4%


Australie
Évolution du PIB en 2020 : -5%


Allemagne
Variation du PIB en 2020 : -6,6%


Espagne
Évolution du PIB en 2020 : -11,1%


Chine
Variation du PIB en 2020 : -2,6%

Number of new daily cases – 15 June 2020 (sources: Tableau de bord COVID-19 du Centre pour la science et l'ingénierie des systèmes (CSSE) de l'Université Johns Hopkins (JHU)) – GDP forecast: OECD, for Thailand: IMF

Même au sein de ce groupe, nous avons des situations très variées. Nous pouvons les classer en fonction de deux facteurs, dont la combinaison a ensuite influencé l'ampleur et la durée du verrouillage.

En premier lieu, nous disposons de la préparation et des premiers moyens pour lutter contre la pandémie, notamment en termes de tests et de masques faciaux. Les pays concernés vont de la Corée du Sud et de l'Allemagne, d'une part, à des pays moins bien préparés comme l'Espagne, la France, l'Italie ou le Royaume-Uni, d'autre part.

The second factor is the level of infections and deaths tolerated, ranging from near to zero tolerance with New Zealand, Australia, Thailand or Austria to a much higher acceptance of risk for many European countries such as Spain, Italy, France or the UK. The British government is however attacked considering notably the late decision to lock the country down and the high price to pay in terms of lives (e.g. Jasmina Panovska-Griffiths, “Coronavirus: five reasons why the UK death toll is so high“, The Conversation10 juin 2020).

A sub-factor, for the period past the first outbreak, is the tolerance for new cases of infections. On the one hand, South Korea and China, for example, accept hardly any new case, considering also the danger of virus mutation. For instance, Beijing went in “wartime” mode, reinstating level 2 measures because of a new cluster linked to the immense Xinfadi food market, leading to 79 cases identified by 14 June evening (e.g. “Pékin rapporte 36 nouveaux cas COVID-19 dans un nouveau groupe de marchés locaux“, CGTN, 15 June 2020). Previously, for 56 days, Beijing had reported zero new cases of locally transmitted infection (Ibid.). At the other side of the spectrum, France stresses “the worst of the epidemic is past” despite, for example 407 new daily cases (chiffres pour le 14 juin 2020) et 193 clusters sous enquête on 9 June 2020 (Reuters, “Ministre français de la santé : Le pire de l'épidémie est derrière nous, mais le virus n'est pas mort“, 15 June 2020).

Les pays de ce premier groupe se battent maintenant, quelles que soient leurs politiques, pour garder la pandémie sous contrôle et réduire le nombre de cas d'une part, pour relancer leur économie d'autre part. En effet, le bilan économique, mesuré en fonction du monde pré-pandémique, a été énorme. Par exemple, selon les prévisions de l'OCDE du 10 juin 2020, dans le meilleur des cas, les pays du G7 devraient voir leur PIB diminuer en 2020 entre 6% pour le Japon et 11,5% pour le Royaume-Uni. Les prévisions d'effondrement pour tous les pays de l'OCDE sont détaillées dans le graphique ci-dessous. La Chine, pour sa part, devrait voir son PIB diminuer de 2,6% (Ibid.).

The countries of this first group, according to the sanitary measures taken, and to what would ideally be necessary for these measures, as we detailed in our two articles on the second wave, are walking on the razor’s edge (see Dynamiques de contagion et seconde vague de COVID-19 et L'origine cachée du COVID-19 et la deuxième vague).

En d'autres termes, tout faux pas grave, ou plus probablement l'accumulation de petites erreurs, pourrait déclencher un rebond de l'épidémie de COVID-19. For example, South Korea, worried about the multiplication of clusters around Seoul, decided to “extend prevention and sanitation guidelines against the coronavirus until daily new infections drop to single digits” (Sangmi Cha, “La Corée du Sud va étendre les directives sur les virus à la prévention et à l'assainissement“, Reuters, 12 June 2020). China, as seen with the 12 June Xinfadi market cluster in Beijing, also shows extreme vigilance and immediate extensive action (Ibid., Judy Hua, Cate Cadell, “Beijing district in ‘wartime emergency’ after virus cluster at major food market“, Reuters13 juin 2020)

La situation est d'autant plus difficile que de nombreux acteurs veulent croire que la pandémie COVID-19 est terminée, ou à tout le moins que le pire de l'épidémie est passé, et qu'il est temps de se concentrer sur l'économie. Même si beaucoup acceptent de souligner que le monde ne sera plus jamais comme avant, il s'agit dans l'ensemble de mots vides de sens, et la plupart se battent pour revenir au monde d'avant COVID-19.

New ideas appear, such as for example the green bubble, green lane, travel bubble or air bridge, which would allow traveling and exchanging between countries that have succeeded in controlling the pandemic (e.g. Tamara Thiessen, “Europe Travel : Les touristes des pays de Safe Covid-19 sont les premiers à être accueillis“, Forbes, 12 June 2020, “‘Green lanes’ to isolate trans-Tasman bubble” L'Australie, 14 June 2020; Ned Temko, “Le saut de frontière sans saut de bulle : Une nouvelle stratégie COVID-19 ?” CSM, 19 May 2020, “Que sont les ponts aériens et pourquoi le gouvernement les envisage-t-il ?“, Le télégraphe).

C'est une caractéristique très nouvelle du monde qui peut faire ou défaire des pays. En effet, ceux qui ne seront pas en mesure de contrôler leur situation épidémique seront également rejetés. Positivement pour les citoyens, cela peut encourager les autorités politiques à prêter attention à la santé et à la sécurité, comme c'est, de toute façon, leur devoir. Cela peut également encourager les acteurs puissants à faire pression pour une politique de santé stricte plutôt que de mettre l'économie au premier plan tout en négligeant les coûts en termes de vies. Des situations complexes et tendues, tant au niveau national qu'international, sont néanmoins susceptibles d'évoluer à partir de cette nouvelle caractéristique du monde international.

Faire face à un rebondissement de COVID-19

Un groupe plus restreint de pays, qui avaient plus ou moins bien résisté à la première épidémie, connaissent ou ont connu un rebondissement. À ce jour (15 juin 2020), nous pouvons citer comme cas Singapour, l'Iran, le Royaume d'Arabie Saoudite, le Pakistan, le Bahreïn, le Qatar. La place du Qatar dans ce groupe est provisoire.

Group 2 COVID-19 Rebound – Selection of Countries

Singapour


KSA

Bahreïn


Iran

Qatar ( ?)


Pakistan

Pakistan, for example is paying a very high price for the decision of the Supreme Court to lift the lockdown, even though the country, as others was taken between the hammer and the anvil (Ayaz Gul, “La Cour suprême du Pakistan met fin au verrouillage des coronavirus“, VA, 18 May 2020; Charlotte Greenfield and Umar Farooq, “After Pakistan’s lockdown gamble, COVID-19 cases surge“, Jakarta Post, 5 June 2020).

Les cas de ces pays mettent encore plus en évidence la précarité des pays du premier groupe et la facilité avec laquelle on peut passer d'un groupe à l'autre.

Sous le premier feu

Finally, some countries are still, to date (15 June 2020) in the first phase of the outbreak. They are at various stages of this “first wave”, and handling it more or less well. Here we find Russia, most of Latin and Central America, India, Indonesia, The Philippines, probably a large part of Africa, etc.

Group 3 COVID-19 – Under first fire – Selection of Countries

Les Philippines


Russie


Brésil

Indonésie


Inde

Afrique du Sud


ÉTATS-UNIS

The U.S. is also part of this category. Indeed, if it was part of the first countries to experience the COVID-19, it is still grappling with the challenges of the epidemic 6 months later. The situation of each American state differs, and some are faring better than others and are at varying stages. Nonetheless, the epidemic appears to worsen, as new cases and new hospitalisations spike in many states (Lisa Shumaker, “Des pics records de nouveaux cas de coronavirus, des hospitalisations dans certaines régions des États-Unis.“, Reuters, 14 June 2020). According to a Reuters tally, “Alabama reported a record number of new cases for the fourth day in a row on Sunday. Alaska, Arizona, Arkansas, California, Florida, North Carolina, Oklahoma and South Carolina had record numbers of new cases in the past three days… Arkansas, North Carolina, Texas and Utah all had a record number of patients enter the hospital on Saturday” (Ibid.).

La disparité même de la situation, et des politiques mises en œuvre pour chaque État, peut également être considérée comme une fragilité croissante propre au système fédéral américain. En effet, d'autres systèmes fédéraux, ou régionaux, n'ont pas connu les difficultés auxquelles les États-Unis sont évidemment confrontés. Ici aussi, les conséquences potentielles sont extrêmement élevées en termes d'ordre international. En effet, alors que les États-Unis se battent pour conserver leur position de superpuissance et qu'ils se perçoivent comme la première puissance du monde, avec une mission quasi-divine (voir notre série Quel déclin américain ? Le point de vue du Conseil national du renseignement américain), puis le fait d'être incapable de gérer la pandémie COVID-19 met en évidence un manque de pouvoir (dans l'idée de mach, de pouvoir, de capacité à faire quelque chose) et l'échec de sa mission. Sur le plan international, cela ne peut que signifier une perte d'influence internationale car elle est jusqu'à présent incapable d'offrir un modèle pour résoudre un problème.

Il est vrai que les capacités, notamment en termes d'économie, de recherche et de puissance militaire, des États-Unis restent très importantes, mais la pandémie COVID-19 est un danger supplémentaire pour le statut international des États-Unis.

Nous commençons donc à voir un ordre international peut-être très différent émerger de la pandémie COVID-19. Le sort des pays reste pour l'instant fluide et peut changer rapidement. De nouveaux moyens d'interaction entre des pays qui n'existaient pas auparavant, fondés sur la sécurité et la capacité à contrôler la COVID-19, apparaissent. En attendant, la position des États-Unis en tant que superpuissance semble de plus en plus précaire. Ces changements en gestation vont interagir avec la manière dont les pays gèrent la pandémie et donc, à leur tour, influer sur la pandémie elle-même. Nous n'en sommes qu'au début des changements.


Image en vedette : Carte du monde de Cas COVID-19 confirmés quotidiennement, 15 juin 2020Notre monde en données


Publié par Dr Helene Lavoix (MSc PhD Lond)

Dr Hélène Lavoix, PhD Lond (relations internationales), est le président/CEO de la Red Team Analysis Society. Elle est spécialisée en prospective et alerte précoce stratégiques (S&W) pour les questions de sécurité nationale et internationale. Elle se concentre actuellement sur la montée en puissance de la Chine, la pandémie de COVID-19, la méthodologie du SF&W, la radicalisation, les environnements extrêmes ainsi que sur les problématiques des nouvelles technologies (IA, QIS, monde virtuel) du point de vue de la sécurité internationale.

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