FSA, rebelles, AK47, Syrie, guerre civileLa guerre civile syrienne a plus de deux ans et, selon le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, aurait coûté la vie à plus de 60.000 personnes (jusqu'en novembre 2012), tandis que 1,2 million de personnes ont fui vers les pays voisins et 4 millions ont été déplacées à l'intérieur du pays (AFP, 4 avril 2013). La guerre syrienne est un problème difficile pour la prévision et l'alerte stratégiques car, outre la catastrophe humanitaire, les risques pour la paix et la stabilité régionales et mondiales ne cessent d'augmenter, car le conflit redéfinit la perspective stratégique de la région tout en participant à la changement de paradigme mondialet, enfin, parce que le brouillard de la guerre rend notre tâche d'anticipation plus difficile et plus complexe. Nous aborderons ces questions dans une série d'articles sur le la guerre en Syrie et les futurs potentiels émergents.

Nous sommes confrontés à trois séries de problèmes - liés entre eux. Premièrement, nous devons nous occuper de la guerre elle-même, où trois, quatre ou cinq types d'acteurs syriens et leurs "bailleurs de fonds internationaux" - ou même plus selon les typologies, comme nous le verrons plus loin - et non deux, se battent pour le pouvoir. Deuxièmement, nous devons nous préparer à la paix qui s'ensuivra et, troisièmement, évaluer et prendre en compte l'environnement stratégique encore en cours de redéfinition. Leurs caractéristiques spécifiques dépendront de la durée de la guerre, de la façon dont elle est menée et de sa fin. La paix doit être préparée pour être rendue constructive, positive et durable, et l'environnement stratégique favorable aux intérêts.* La préparation de la deuxième période et sa réussite commencent par les actions prises pendant la guerre et par le sort de la guerre elle-même, selon trois scénarios principaux (conduisant à dix sous-scénarios) fondés sur l'état actuel des choses.

Pour pouvoir utiliser ces scénarios à des fins d'alerte, les révisions régulières doivent inclure ce qui se passe sur le terrain. Sur le plan méthodologique, le suivi continu de la situation et la mise à jour des scénarios qui s'ensuit peuvent être la seule façon de faire face au brouillard de la guerre.

Comprendre l'état des lieux et les acteurs

Avant de présenter les acteurs (cliquez ici), il est nécessaire de faire deux remarques préliminaires.

1- Il est intéressant de noter que dans de nombreuses analyses et rapports sur la guerre en Syrie, on ne trouve mention que de deux ou trois groupes d'acteurs : le régime de Bachar al-Assad et l'insurrection, auxquels s'ajoutent parfois les Kurdes de Syrie, qui se trouvaient initialement dans une position presque neutre. Hormis quelques études plus détaillées, qui montrent combien la situation est plus complexe, "l'insurrection" tend à être prise soit comme une large étiquette générale, soit, plus inquiétant, comme un bloc monolithique. Quelques facteurs d'interaction sont probablement à l'œuvre ici pour expliquer cette approche :

  • Nous sommes confrontés à des biais cognitifs, ou plus précisément au problème de la pérennité des modèles cognitifs face à de nouvelles preuves, alors que le modèle initial a été créé tôt et avec très peu de preuves disponibles (Anderson, Lepper et Ross, 1980). La tendance de notre cerveau humain à surestimer également "la direction et la planification centralisées intentionnelles" (Heuer, chapitre 11, biais 2) est probablement aussi en jeu.
  • La difficulté d'obtenir des informations sur le terrain rend encore plus complexe l'obtention de preuves fiables qui faciliteraient notre compréhension de la situation sur le champ de bataille. Il convient néanmoins de souligner, comme l'a fait remarquer un récent Article d'EAworldviewLa guerre civile en Syrie redéfinit la façon dont nous apprenons à savoir ce qui se passe en cas de guerre, et c'est grâce au dévouement de beaucoup, à un véritable effort de crowdsourcing, et aux technologies du web et de la communication que la connaissance de la situation émerge. Comparez, par exemple, avec notre cécité dans des situations passées comme au Cambodge. Cependant, cela place également chacun dans un rôle de collecteur d'informations et d'analyste (rôles de renseignement et de recherche scientifique), pour lequel il n'a pas été formé et qui doit être appris par essais et erreurs.
  • Très probablement, les observateurs et les analystes doivent faire face à la tromperie et à la manipulation consciente et inconsciente des acteurs combattants sur le terrain. Chaque groupe de combattants a un objectif, ainsi que ses propres préjugés inconscients et sa vision et sa compréhension partielles de la situation. L'histoire de chaque groupe, de chaque combat, qu'elle soit racontée par écrit, par vidéo ou par le biais d'interviews, reflétera des perceptions et des objectifs spécifiques, qui doivent également être pris en compte. La difficulté est très bien soulignée dans les paragraphes introductifs d'un article récent de Matthew Barber sur l'excellent Commentaire sur la Syrie de Joshua Landis lorsqu'il utilise la nouvelle installation Syria Video pour analyser "L'histoire de Raqqa : Structure des rebelles, planification et éventuels crimes de guerre.”
  • Par conséquent, les analystes sont également des acteurs de la guerre en Syrie.
  • Syrie, guerre civile, carteDe plus, la plupart du temps, les cartes disponibles en open source - aussi impressionnante que soit la quantité de détails qu'on y trouve, qui est d'ailleurs régulièrement mise à jour (comme la carte Wikipedia présentée ici qui décrit la situation en Syrie au 23 mars 2013) - ne communiquent qu'une partie du tableau et pourraient conduire à des conclusions partielles. Ils sont néanmoins non seulement informatifs (et incroyablement le plus souvent) mais aussi utiles, tant que la réalité de la situation n'est pas oubliée, et on pourrait s'en inspirer pour inclure les différents grands types d'opposition combattante.

2- Suite Aymenn Jawad Al-Tamimi dans son "Jihad en Syrieet Phillip SmithIl faut garder à l'esprit une idée centrale concernant la guerre civile syrienne - et généralement la plupart des guerres civiles : la situation est fluide, changeante et beaucoup plus complexe à décrire que ne le permet toute catégorisation.

Le champ de bataille syrien implique plus de 1000 factions et groupes (Smith), certains plus puissants que d'autres. Il semblerait que nous soyons à ce stade où la durée de la guerre a créé suffisamment de ravages et de chaos pour permettre à chaque clan qui le souhaite de créer son propre groupe de guérilla localisé (Lund, 2013: 10), alors que la dynamique de l'insurrection syrienne n'a pas - ou pas encore ou pas complètement - permis à quelques groupes de prendre une réelle prééminence. Ainsi, toutes les classifications doivent être prises avec la plus grande prudence et ce qui est vrai un jour peut bien changer le lendemain. Les alliances et la participation à l'un ou l'autre groupe doivent également être considérées comme temporaires. Ces dynamiques guerrières doivent cependant être observées et comprises, car c'est finalement sur le champ de bataille que se joue le destin de la Syrie, tandis que les interactions entre les acteurs internationaux et ce champ de bataille ont un impact progressif et graduel sur la région et façonnent les futurs potentiels. (Auteur : Dr Hélène Lavoix - pour l'analyse rouge (équipe) - posté le 15 avril 2013).

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* Les intérêts varieront selon les acteurs, chacun essayant d'influencer la situation générale pour atteindre au mieux ses objectifs.

Image en vedette : Soldat de l'armée syrienne libre marchant parmi les décombres à Alep pendant la guerre civile syrienne. 6 octobre 2012. Par Voice of America News : Scott Bobb fait un reportage à Alep, Syrie [domaine public], via Wikimedia Commons

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Bibliographie détaillée et liste des sources primaires à venir

Publié par Dr Helene Lavoix (MSc PhD Lond)

Dr Hélène Lavoix, PhD Lond (relations internationales), est le président/CEO de la Red Team Analysis Society. Elle est spécialisée en prospective et alerte précoce stratégiques (S&W) pour les questions de sécurité nationale et internationale. Elle se concentre actuellement sur la montée en puissance de la Chine, la pandémie de COVID-19, la méthodologie du SF&W, la radicalisation, les environnements extrêmes ainsi que sur les problématiques des nouvelles technologies (IA, QIS, monde virtuel) du point de vue de la sécurité internationale.

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