En 2015, à la veille de sa première visite d'État au Royaume-Uni, le président chinois Xi Jinping a salué le "choix visionnaire et stratégique" du gouvernement britannique et sa volonté de construire un "âge d'or" des relations sino-britanniques ("Visite de Xi Jinping : Les liens entre le Royaume-Uni et la Chine vont prendre une nouvelle dimension”, BBC News20 octobre 2015). Le premier train de marchandises chinois à destination du Royaume-Uni a été lancé le 1er janvier 2017 ; puis le 1er mai 2017, un train de marchandises en provenance de Londres est arrivé dans la ville chinoise de Yiwu, après un voyage "rapide" de 11 000 kilomètres, qui n'a duré que deux semaines (Louise Moon, "La Chine lance un train de marchandises vers la Grande-Bretagne”, Le télégraphe2 janvier 2017, et Will Worley, "Le premier train direct du Royaume-Uni vers la Chine arrive dans la ville de Yiwu, au nord-est du pays, après un voyage de 7 500 miles”, L'indépendant2 mai 2017). Six mois plus tard, le 28 janvier 2018, la première ministre britannique Theresa May s'est rendue en Chine pour une visite d'État de trois jours, au cours de laquelle les gouvernements chinois et britannique ont signé des accords portant sur plus de 13 milliards de dollars, allant de l'agriculture aux technologies innovantes, aux projets nucléaires et aux énergies propres.

Carte de localisation de l'Eurasie - Physique

Ces accords ont été accompagnés de déclarations du Premier ministre Theresa May et du Président Xi Jinping concernant la manière dont le Royaume-Uni pourrait s'impliquer davantage dans l'initiative chinoise de ceinture et de route inter-continentale et dans la gouvernance mondiale. Il convient de noter que ces déclarations officielles sont soutenues par des décisions politiques et financières majeures, qui s'accumulent rapidement, surtout depuis 2015, lorsque le Premier ministre David Cameron a déclaré le début d'un "âge d'or" des relations entre la Chine et le Royaume-Uni ("La "Chine Grande-Bretagne" va profiter de l'"âge d'or" des relations”, Reutersle 18 octobre 2015).

En d'autres termes, les relations entre la Chine et le Royaume-Uni font de la Grande-Bretagne une énorme "plaque tournante" pour le développement international chinois, au moment même où la Grande-Bretagne négocie son "Brexit" avec l'Union européenne. Dans la même dynamique et dans le même temps, la Chine, c'est-à-dire l'une des grandes puissances mondiales actuelles (Martin Jacques, Quand la Chine domine le monde(2012), devient un partenaire politique et économique important du Royaume-Uni. Cela signifie qu'un changement de pouvoir crucial est en train de se produire grâce à la nouvelle relation "en or" entre le Royaume-Uni et la Chine, à une époque de transformations géopolitiques.

Dans une première partie, nous montrerons comment les principes, les voies et les moyens de l'initiative "Belt and Road" sont profondément compatibles avec la façon dont le Royaume-Uni définit sa politique chinoise. Dans une deuxième partie, nous verrons comment et pourquoi le Royaume-Uni développe cette "relation en or". Dans une troisième partie, nous soulignerons le changement géopolitique massif qu'implique cette nouvelle connexion "Chine-Royaume-Uni".

La longue marche du Royaume-Uni sur la ceinture et la route chinoises

Depuis 2015, le Royaume-Uni est assez proactif en ce qui concerne l'initiative chinoise "Belt & Road". Par exemple, la Grande-Bretagne a été l'un des premiers pays à devenir un "membre fondateur" de l'initiative "Belt & Road" menée par la Chine. Banque asiatique d'investissement et d'infrastructures (AIIB). Il faut rappeler que l'AIIB est un acteur majeur de la "Belt & Road" ou nouvelle route de la soie chinoise, précédemment connue sous le nom de "One Belt, One Road" (OBOR). Le gouvernement britannique a annoncé son intention de rejoindre l'AIIB en mars 2015, et l'a officiellement rejoint le 29 juin 2015 ("Le Royaume-Uni ratifie les articles de l'accord de la Banque asiatique d'investissement et d'infrastructure”, GOV.UK3 décembre 2015).

Siège de l'AIIB, Pékin

L'AIIB finance ou cofinance le développement d'infrastructures multinationales dans les pays asiatiques, parmi lesquelles le segment kazakh de l'autoroute Chine occidentale - Europe occidentale ("AIIB et OBOR”, OBOReurope One Belt one Road Europe). Le développement de ces infrastructures de transport joue un rôle fondamental dans l'initiative chinoise "Nouvelle route de la soie / ceinture et route" (BRI). Ainsi, l'action de l'AIIB est profondément complémentaire à celle de la BRI. En effet, l'IRB est une stratégie économique et d'infrastructures visant à assurer le flux constant de ressources énergétiques, de marchandises, de produits, d'argent et de données nécessaires au développement et à l'enrichissement industriel et capitaliste actuel de l'"Empire du Milieu", fort de 1,4 milliard d'habitants (Jean-Michel Valantin, "La Chine et la nouvelle route de la soie - Des puits de pétrole à la lune ... et au-delà”, The Red Team Analysis Society6 juillet 2015). Depuis 2013, la Chine déploie l'initiative NSR/ BRI, qui suscite l'intérêt et l'engagement de nombreux pays d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient.

Une seule ceinture, une seule route

Comme nous l'avons expliqué précédemment, l'initiative "Ceinture et route" est une nouvelle expression de la pensée philosophique et stratégique chinoise (Valantin, "La Chine et la nouvelle route de la soie : la stratégie pakistanaise”, L'analyse de la Red Teamle 18 mai 2015). Il est fondé sur une compréhension de la dimension spatiale de la Chine, au sens géographique, ainsi que sur une compréhension des différents pays qui sont impliqués dans le déploiement du NSR. L'espace est conçu comme un support pour étendre l'influence et le pouvoir chinois à l'"extérieur", mais aussi pour permettre à l'Empire du Milieu d'"aspirer" ce dont il a besoin de l'"extérieur" à l'"intérieur" (Quynh Delaunay, Naissance de la Chine moderne, L'Empire du Milieu dans la globalisation, 2014). C'est pourquoi nous qualifions certains espaces comme étant "utiles" au déploiement de l'OBOR, et pourquoi chaque "espace utile" est lié, et "utile", à d'autres "espaces utiles".

Ainsi, le Royaume-Uni, en choisissant activement de faire partie de l'IRB, semble devenir un "espace géographique utile" fondamental pour la Chine, tandis que la Chine semble devenir un très fort attracteur pour le Royaume-Uni.

Une "relation en or" en train de naître ?

Il est intéressant de noter qu'en mai 2015, lors d'une visite du ministre chinois des affaires étrangères Wang à Londres, le Premier ministre de l'époque, David Cameron, a annoncé que

"La Grande-Bretagne s'est engagée à développer des relations avec la Chine et est prête à devenir son partenaire le plus ouvert".

Le ministre Wang a répondu que

"Les deux nations pourraient explorer de nouveaux espaces de croissance dans le cadre du partenariat stratégique global Chine-Bretagne, et donner un nouvel élan à leur coopération en matière de productivité internationale, de finance mondiale, de croissance et d'innovation, et de gouvernance mondiale et de développement".

Il est important de noter que cet échange résume la principale préoccupation économique structurelle des États modernes, à savoir la croissance économique et le développement dans un monde multipolaire ("Le Premier ministre britannique salue l'"année en or" des relations entre le Royaume-Uni et la ChineXinhuanet2015-06-10 et Giovanni Arrighi, Adam Smith à Pékin, 2007).

Visite d'État en Chine

Depuis cette visite, suivie en octobre 2015 par la visite d'État du président Xi Jinping au Royaume-Uni, les deux gouvernements ont lancé de nombreuses initiatives politiques. Par exemple, depuis le début de décembre 2017, les sociétés financières étrangères sont autorisées à détenir jusqu'à 51% de gestionnaires de fonds, de sociétés de placement et de courtage en Chine, au lieu d'être limitées à 49%. En d'autres termes, cette décision ouvre le marché financier chinois à la City de Londres, au moment où les entreprises britanniques cherchent des moyens d'accéder à de nouveaux marchés après le Brexit, d'autant plus qu'elles pourraient ainsi accéder à la très large base de l'épargne chinoise (Cecily Liu, "Le marché chinois va attirer les services financiers britanniques”, ChinaDaily, 2017-11-26 et Huang Ge, "Les opportunités abondent dans les liens économiques et commerciaux sino-britanniques : Chef du Business Club Chine - Grande-Bretagne", Global Times, 2018-1-28). Cette thématique d'une coopération financière renforcée entre les deux pays a également été au centre des échanges entre le Chancelier de l'Échiquier Philip Hammond et le Premier ministre chinois Li Keqiang en décembre 2017 ("Le Premier ministre Li rencontre le Chancelier de l'Echiquier britannique”, Le Conseil d'État, la République populaire de Chinele 16 décembre 2017).

Cependant, l'aspect financier de la "relation sino-britannique en or" fait partie du tableau plus large du projet politique commun tissé par les deux parties. Cette image plus large intègre les développements dans le domaine nucléaire, dans l'énergie propre, dans le train à grande vitesse, dans le commerce de haute technologie, qui sont intégrés au cadre de la ceinture et de la route (Josh Hallyday, "Les relations entre le Royaume-Uni et la Chine restent "dorées", selon le Premier ministre, alors que les investissements parlent d'eux-mêmes”, The Guardian10 novembre 2016). En d'autres termes, la "relation d'or" permet à la Chine de développer une relation stratégique avec la cinquième puissance économique du monde, qui est en outre un acteur crucial dans l'une des situations les plus chargées géopolitiquement au monde : en effet, le Royaume-Uni est à la fois une puissance européenne et une puissance atlantique, avec des liens profonds et historiques en Asie, en particulier avec la Chine, notamment à travers sa "propriété" passée de Hong Kong jusqu'en 1997 (John King Fairbanks, Merle Goldman, La Chine, une nouvelle histoire, 2006).

Pour le Royaume-Uni, le déploiement de l'initiative "Belt and Road" ouvre un nouveau paysage géo-économique et politique. En effet, l'adhésion à l'initiative Belt and Road signifie littéralement pour la Grande-Bretagne qu'elle développe des liens profonds avec la plus importante puissance asiatique, à un moment où l'économie mondiale est de plus en plus centrée sur l'Asie, qui est d'ailleurs actuellement en tête de la croissance mondiale ("Les économies dynamiques de l'Asie continuent de mener la croissance mondiale”, Fonds monétaire international9 mai 2017). Cette "connexion" se construit par des interconnexions ferroviaires, le développement de la coopération financière, les échanges technologiques. De plus, entre aujourd'hui et 2020, cette "relation d'or" pourrait également devenir une "interconnexion d'or", étant donné le projet de construction d'un câble sous-marin à fibres optiques de 10 500 km qui pourrait, ou va, relier la Russie, le Japon, la Russie et la Norvège et la Finlande. Cette liaison transarctique sera destinée à se connecter au réseau sous-marin de fibres optiques de la mer Baltique et de la mer du Nord qui, entre autres, sont reliés au Royaume-Uni. Cette connexion renforcera les échanges de données entre la Grande-Bretagne et la Chine (Jean-Michel Valantin, "L'Arctique russe, le développement (numérique) de la Chine et l'Europe du Nord”, La société d'analyse rouge (équipe)le 29 janvier 2018).

Un changement géopolitique historique ?

Il est difficile de ne pas comprendre l'expression britannique de "golden relationship", inventée pour qualifier la nouvelle dimension de l'ensemble des relations entre la Chine et le Royaume-Uni, comme une allusion à la "relation spéciale" qui a défini les relations denses, compliquées et embrouillées entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. L'expression même - la "relation spéciale" - a été créée par Winston Churchill en 1946, lors de son célèbre "discours du rideau de fer", pour saluer la façon dont les deux pays avaient combattu côte à côte contre l'Allemagne nazie et le Japon impérial, tout en ayant un nouvel ennemi commun, l'Union soviétique (Daniel Yergin, La paix brisée : les origines de la guerre froide et de l'État de sécurité nationale, 1977).

Theresa May

Ainsi, la nouvelle notion de "golden relationship" exprime un changement majeur par rapport à l'histoire géopolitique britannique du XXe siècle et du début du XXIe siècle, y compris, plus récemment, l'alliance forgée avec les États-Unis pour la "guerre contre le terrorisme" et la lutte contre les réseaux terroristes islamiques ainsi que pour la guerre en Irak. Elle signale le "pivot" de la Grande-Bretagne vers la Chine, l'Empire du Milieu étant perçu comme le nouveau siège de la puissance internationale ("La Grande-Bretagne envisage une coopération plus étroite avec China Belt and Road”, Global Times, 2018/2/1).

Réciproquement, pour la Chine, l'intégration du Royaume-Uni dans le B&R est d'une importance géopolitique majeure, car elle permet aux entreprises chinoises, entre autres, de bénéficier des connaissances, des capacités et de la portée mondiale de la City ("TL'ère d'or" des relations sino-britanniques s'annonce plus brillante”, Global Times, 2018-1-31). Elle fait du Royaume-Uni une "source" de ressources financières pour la Chine tout en transformant la B&R en une boucle eurasienne potentielle de transport, électronique et politique allant de la Chine à l'"Extrême Europe" jusqu'à l'Atlantique Nord.

Ainsi, l'initiative "Belt and Road" pourrait déboucher sur une "Grande-Bretagne asiatique" et une "Chine atlantique".

Le monde est en train de changer.

À propos de l'auteurJean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Géopolitique de la Société d'analyse (équipe) rouge. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense, avec un accent sur la géostratégie environnementale.

Image en vedette : La ville de Londres vue depuis la rive sud de la Tamise à Londres, Royaume-Uni, par By 0x010C (Own work) [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons.

Publié par Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris)

Le Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Sécurité du Red Team Analysis Society. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense avec un accent sur la géostratégie environnementale. Il est l'auteur de "Menace climatique sur l'ordre mondial", "Ecologie et gouvernance mondiale", "Guerre et Nature, l'Amérique prépare la guerre du climat" et de "Hollywood, le Pentagone et Washington".

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