Les Émirats arabes unis (EAU) et la Chine négocient, au plus haut niveau, l'intégration des EAU dans l'initiative chinoise de la Nouvelle route de la soie (NSR), également appelée initiative "One Belt, One Road" (OBOR) (Sarah Townsend, "Les Émirats arabes unis et la Chine "travaillent à la restauration de la route de la soie".””, Arabian Business.com, 13 décembre 2015). Cette démarche correspond à la convergence des grandes stratégies chinoise et émirienne. Cette confluence s'appuie sur une relation déjà florissante entre la Chine et les EAU, qui représente un cinquième du commerce sino-arabe pour les pays du Golfe, la Chine étant le deuxième partenaire importateur des EAU après l'Inde (Muhammad Zulfikar Rakhmat, "Le partenariat florissant entre les EAU et la Chine”, Rapport mensuel de l'Observatoire, un rapport de Gulf States Analytics, juin 2015).

Au-delà de ces relations plus " classiques ", les spécificités de la NSR chinoise et de la nouvelle grande stratégie élaborée par les EAU créent et approfondissent l'existence de stratégies convergentes pour les deux pays, comme nous allons l'explorer dans cet article.

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Nous allons nous concentrer sur la raison pour laquelle et la manière dont la Nouvelle route de la soie chinoise et la grande stratégie des Émirats arabes unis convergent, ainsi que sur la signification géopolitique de cette convergence. Nous examinerons également la manière dont cette confluence favorise l'émergence d'un nouveau type de sécurité durable pour les deux pays.

La convergence des stratégies sino-émiraties

Depuis 1984, les liens politiques et commerciaux entre la Chine et les EAU n'ont cessé de se développer. Alors que les sociétés bancaires, commerciales et financières chinoises ont investi dans les EAU et y ont ouvert des bureaux, les sociétés émiraties ont également investi en Chine et ont ouvert des bureaux à Pékin, Shanghai, Hong Kong, entre autres (Rakhmat, ibid).

Afin d'approfondir ces liens et de permettre ensuite de bénéficier davantage de la croissance de l'économie chinoise, les EAU et la Chine ont même signé en 2013 un échange de devises pour 35 milliards de yuans, qui permet d'utiliser la monnaie chinoise dans les transactions pétrolières (April A. Herlevi, "La Chine et les Émirats arabes unis : Un partenariat durable sur la Route de la Soie ? », La Fondation Jamestown, volume "China Brief, 25 janvier 2016). C'est un sacré changement pour le Golfe Persique, où le pétrodollar a littéralement été inventé (Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté, 2012).

Dans le même temps, les Émirats arabes unis sont conscients que leur modèle de développement actuel nécessite trop d'eau et d'énergie pour être durable à long terme, alors que leurs réserves pétrolières sont Sh5-zayed-roadlimitée et disparaîtra au cours des quarante prochaines années ("Le cheikh Mohammed bin Zayed : une vision inspirée de l'après-pétrole aux EAU”, Le National, 10 février 2015). Pour répondre à ces défis, les EAU conçoivent ainsi une grande stratégie nationale, fondée sur le développement industriel et financier des énergies renouvelables et sur la politique nucléaire et spatiale, au niveau national et international (Jean-Michel Valantin, "La grande stratégie des EAU pour l'avenir - De la terre à l'espace", La société d'analyse (de l'équipe) rouge, 4 juillet 2016.

Du côté chinois, la Nouvelle route de la soie, également connue sous le nom de "one belt, one road", est une stratégie visant à assurer le flux constant de ressources énergétiques, de marchandises et de produits nécessaires au développement industriel et capitaliste actuel de l'"Empire du Milieu", fort de 1,4 milliard d'habitants (Jean-Michel Valantin, "...").La Chine et la nouvelle route de la soie - Des puits de pétrole à la lune ... et au-delà”, The Red Team Analysis Society, 6 juillet 2015.

Par exemple, les technologies et les capacités en matière d'énergie et d'eau développées par les EAU présentent un grand intérêt pour la Chine, étant donné les besoins de ce pays dans ces domaines, ce qui renforce la convergence stratégique entre les deux pays, car le développement des EAU bénéficie également de la dynamique chinoise.

Depuis 2013, la Chine déploie l'initiative NSR, qui suscite l'intérêt et l'engagement de nombreux pays d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient.

Comme nous l'avons expliqué précédemment, la nouvelle route de la soie est une nouvelle expression de la pensée philosophique et stratégique chinoise (Valantin, "La Chine et la nouvelle route de la soie : la stratégie pakistanaise”, L'analyse de la Red Teamle 18 mai 2015). Il est fondé sur une compréhension de la dimension spatiale de la Chine, au sens géographique, ainsi que sur une compréhension des différents pays qui sont impliqués dans le déploiement du NSR. L'espace est conçu comme un support pour étendre l'influence et le pouvoir chinois à l'"extérieur", mais aussi pour permettre à l'Empire du Milieu d'"aspirer" ce dont il a besoin de l'"extérieur" à l'"intérieur" (Quynh Delaunay, Naissance de la Chine moderne, L'Empire du Milieu dans la globalisation, 2014). C'est pourquoi nous qualifions certains espaces d'"utiles" au déploiement de l'OBOR, et que chaque "espace utile" est lié, et "utile", à d'autres "espaces utiles". Un "espace utile géographique" fondamental pour la Chine est le Golfe Persique et ses Etats membres. C'est pourquoi les Émirats arabes unis sont de facto d'un grand intérêt pour l'initiative de la nouvelle route de la soie.

En outre, comme indiqué plus haut, la grande stratégie des Émirats arabes unis repose sur l'interaction entre la durabilité et la sécurité par le biais de la transition du pétrole et du gaz vers les énergies renouvelables. Barakah 2013-01-29 1au développement d'une base industrielle d'énergie renouvelable et nucléaire. Cette stratégie est liée à la question de la rareté de l'eau dans un pays aride dont la population et l'infrastructure urbaine augmentent rapidement (Nick Carter, "Même si nous produisons davantage aux EAU, nous devons protéger notre approvisionnement en eau et en électricité”, Le National, 3 août 2014). Cela signifie également que les Émirats arabes unis deviennent un moteur principal de la transformation de la notion même de lien entre durabilité, sécurité et géopolitique (Jean-Michel Valantin, " " ".Les Émirats arabes unis, la montée d'un empire industriel durable ?”, The Red Team Analysis Society, 13 juin 2016.

Par conséquent, les ressources pétrolières et gazières actuelles des Émirats arabes unis, leur développement d'une puissante industrie des énergies renouvelables, ajoutés à leur situation géographique sur la côte sud du golfe Persique, font des Émirats arabes unis un partenaire stratégique pour la nouvelle route de la soie chinoise.

En effet, la stratégie chinoise vise à créer un "système d'attraction" planétaire de l'extérieur vers la Chine. Il s'agit de canaliser les ressources minérales, énergétiques et alimentaires dont la Chine a besoin pour continuer à se développer, tout en assurant la cohésion sociale de sa population forte de 1,400 milliard d'habitants (Loretta Napoleoni, Maonomics2011 et Dambisa Moyo, La course aux ressources de la Chine et ce qu'elle signifie pour nous, 2012). Ce besoin énergétique chinois transforme le pétrole et le gaz des EAU en un puissant attracteur afin de répondre à leurs besoins actuels et garantit ainsi l'accès des EAU au marché chinois et soutient ainsi son développement actuel et sa stratégie de transition énergétique propre.

La signification géopolitique de la convergence entre les Émirats et la nouvelle route de la soie.

Du point de vue de l'initiative chinoise "One Belt, One Road", les Émirats arabes unis constituent un atout géopolitique majeur, en raison de leur situation et de leurs capacités portuaires. En effet, le projet " One Belt, One Road " vise aussi à créer un réseau d'espaces nationaux et régionaux liés aux différents points d'entrée maritimes et terrestres chinois (Jean-Michel Valantin, "Militarisation de la nouvelle route de la soie chinoise (1ère partie)”, The Red Team Analysis Society, 13 mars 2017). Cependant, l'intérêt n'est pas unilatéral, au contraire. Les deux pays deviennent liés à la fois par leur intérêt commun à soutenir le développement de la Chine et par les relations qu'ils peuvent développer entre eux (Deng Yaqing, "Un cheminement commun”, L'examen de Pékin10 juillet 2014).

Cette convergence des EAU et du NSR ne constitue pas une simple nouvelle couche politique dans les relations entre les EAU et la Chine. En fait, elle les réoriente de manière significative, car elle fait des Émirats arabes unis une nouvelle partie de ce système international chinois de soutien à la vie économique. Cela signifie que ce nouveau "segment des EAU" va interagir non seulement avec la Chine, mais aussi avec d'autres parties, c'est-à-dire avec d'autres "espaces utiles" de ce système (Jean-Michel Valantin, "Militarisation de la nouvelle route de la soie maritime (2)- en mer d'Arabie”, The Red Team Analysis Society, 3 avril 2017).

Situés dans le golfe Persique, producteurs et exportateurs importants de pétrole et de gaz, et disposant d'importantes installations portuaires, les EAU deviennent de facto un espace utile de la Nouvelle route de la soie maritime qui se raccorde au port pakistanais de Gwadar, acheté par la Chine sur la mer d'Arabie, (Valantin, "La Chine et la nouvelle route de la soie : la stratégie pakistanaise”, L'analyse de la Red Team, 18 mai 2015), ainsi qu'avec le port de Djibouti où des entreprises et des militaires chinois construisent une base navale (Shannon Tiezzi, "La "route maritime de la soie" en Chine : n'oubliez pas l'Afrique”, Le diplomatele 29 janvier 2015).

Pour les EAU, être membre du NSR signifie également bénéficier des capacités diplomatiques de la Chine dans le cadre de ses relations avec ses puissants voisins iraniens et européens. Ali Khamenei reçoit Xi Jinping dans sa maison (6)voisins proches saoudiens. En effet, il faut noter que l'Iran est intégré à la NSR, et développe des relations commerciales, énergétiques et militaires avec la Chine ainsi qu'avec le Pakistan. Pour la Chine, la philosophie même de la NSR est d'aider ces pays à entretenir des relations constructives pour leur bénéfice mutuel, afin qu'ils soient durablement en mesure de soutenir le développement de la Chine (Jean-Michel Valantin, "L'Iran, la Chine et la nouvelle route de la soie”, L'analyse rouge (équipe), le 4 janvier 2016 et ("L'Iran et la Chine signent un accord sur la nouvelle route de la soie”, Press TV, 31 octobre 2016).

Ainsi, une nouvelle géopolitique émerge, basée sur le besoin de la Chine comme fondement d'un partenariat international entre l'intérêt national des EAU et l'intérêt national de la Chine, qui est actuellement défini par les immenses besoins qui alimentent la croissance chinoise. Ce partenariat est hautement politique, car les deux gouvernements imbriquent leur avenir et leur légitimité à travers ce partenariat stratégique.

Durabilité et sécurité

Autre élément stratégique, l'adhésion au NSR soutient la stratégie des EAU en matière de diversification économique et de développement d'une industrie des énergies renouvelables, influente à l'échelle internationale. La diversification économique est de la plus haute importance pour les EAU, afin de préparer le pays au prochain pic pétrolier, tout en maintenant une économie florissante. Les autorités politiques des EAU étant profondément conscientes de la fin prochaine de leurs réserves de pétrole au cours des prochaines décennies, la coopération avec la Chine soutient à la fois leur industrie pétrolière et gazière actuelle, tout en soutenant la préparation de leur transition énergétique, ainsi que leur diversification économique (Dania Saadi, "La diversification économique et l'Expo 2020 protégeront Dubaï de la chute des prix du pétrole », Le National, 26 juin 2016).

Les EAU s'efforcent de devenir un géant de l'énergie propre, en accueillant par exemple l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), tandis que la Chine libère une capacité d'investissement de 360 milliards de dollars pour des projets d'énergie propre en Chine et dans le monde entier (éditeurs Fortune et Reuters, "Voici combien d'argent la Chine consacre aux énergies renouvelables“, Fortune, le 5 janvier 2017. En d'autres termes, la Chine et les EAU travaillent tous deux ensemble à la redéfinition de la géopolitique en termes de transition énergétique, en tant que nouveau pilier de la sécurité nationale.

Réciproquement, la demande énergétique chinoise est telle que la Chine est devenue le leader mondial sur le marché des énergies renouvelables (Marlow Hood, "La Chine prend la tête du classement mondial des énergies propres : rapport“, Phys.org, 7 janvier 2017).

L'intérêt commun chinois et émirati converge ainsi et crée une relation stratégique à travers des actions visant à sécuriser le développement futur des deux pays, comme par exemple la création en 2016 du Fonds d'investissement stratégique conjoint. Ce fonds a pour objectif de soutenir le codéveloppement de l'exploration et de l'exploitation du pétrole et du gaz. Il soutiendra également la construction d'infrastructures de transport le long de la nouvelle route de la soie et le développement d'énergies propres ("L'initiative "la Ceinture et la Route" stimule l'énergie verte le long de la Nouvelle Route de la Soie », Xinhua, 2017-01-18).

Cette dynamique est particulièrement Ruwais(EAU) avec des châteaux d'eau bleussoutenue et illustrée par Dubaï, qui prévoit de produire 25% de sa production énergétique à partir de sources renouvelables en 2025 et 75% en 2050. C'est pourquoi, par exemple, l'agence de l'électricité et de l'eau de Dubaï (DEWA) développe des liens étroits avec des entreprises chinoises de premier plan dans ce domaine ("DEWA se rend en Chine pour stimuler les projets énergétiques aux EAU et à Dubaï”, Gouvernement de Dubaï, 1er mai 2016).

La question du lien entre l'énergie et l'eau et ses défis technologiques est particulièrement importante pour un pays qui est une puissance régionale et qui doit garantir son avenir après le pétrole dans une région dominée par le pétrole et, de plus en plus, par l'attraction créée par le "pouvoir du besoin" chinois. Elle est également importante pour la Chine qui cherche des moyens de garantir sa nouvelle phase de développement économique et social dans un monde où les ressources pétrolières bon marché sont limitées. Ainsi, l'intégration des EAU à la Nouvelle route de la soie chinoise n'est rien d'autre que la convergence de deux grandes stratégies de développement dans un monde aux ressources limitées (Dennis et Donnella Meadows), Les limites de la croissance - le point sur 30 ans2004, Michael Klare, Une planète qui se rétrécit, 2008, et La course à la survie, la lutte mondiale pour les dernières ressources du monde, 2012).

Toutefois, en intégrant la Nouvelle route de la soie, les EAU s'impliquent également dans les réactions négatives que le système d'attraction chinois commence, lui aussi, à déclencher.

Nous examinerons ces réactions et leurs effets non seulement sur la Chine, mais aussi sur le réseau de la nouvelle route de la soie dans les prochains articles.

À propos de l'auteur: Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Géopolitique de la Société d'analyse (équipe) rouge. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense, avec un accent sur la géostratégie environnementale.

Image en vedette : Abu Dhabi 2013 par Валерий Дед [CC BY 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0)], via Wikimedia Commons.

Publié par Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris)

Le Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Sécurité du Red Team Analysis Society. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense avec un accent sur la géostratégie environnementale. Il est l'auteur de "Menace climatique sur l'ordre mondial", "Ecologie et gouvernance mondiale", "Guerre et Nature, l'Amérique prépare la guerre du climat" et de "Hollywood, le Pentagone et Washington".

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