L'été 2016 a été un pivot majeur dans l'histoire de l'humanité. En effet, le 30 août, la définition de l'époque géologique actuelle comme "l'ère anthropocène" a été officiellement validée, au cours de la 35th Congrès géologique international, au Cap, Afrique du Sud (Noel Castree, "Un accueil officiel à l'époque de l'Anthropocène”, RD Mag, O8/31/2016).

Notre nouvelle période géologique est donc définie comme étant "anthropos” (signifiant "humain"), parce que l'humanité est devenue la principale force géologique et biologique sur Terre. Cela s'est produit Le maïs montre les effets de la sécheresse au Texas le 20 août 2013. Photo USDA par Bob Nichols. Département de l'agriculture des États-Unis. Attribution 2.0 Générique (CC BY 2.0)par la combinaison de l'utilisation de l'énergie du carbone, de l'industrie, de l'agriculture, de l'urbanisation, des transports modernes et du développement nucléaire, qui modifient tous profondément les conditions géophysiques et biologiques du système terrestre (Waters, Zalasiewicz et al., "L'Anthropocène est fonctionnellement et stratigraphiquement distinct de l'Holocène”, Science8 janvier 2016).

L'énorme problème stratégique lié à cette nouvelle époque est que le présent et le futur de la planète sont désormais dominés par la dynamique complexe du changement global. Le rythme de l'évolution planétaire est désormais en phase avec le couplage chaotique des cycles du système terrestre avec les formes actuelles de développement technologique, industriel et urbain de l'homme (Jean-Michel Valantin, "Les règles de la crise planétairePartie. 1 et 2", The Red Team Analysis Society25 janvier 2016 et 15 février 2016).

Les formes actuelles de développement économique sont aujourd'hui fondamentalement menacées.

Nous devons comprendre que nos sociétés modernes sont loin d'être adaptées à cette nouvelle réalité planétaire, dans lequel l'atmosphère, le climat, l'eau, les sols et les cycles biologiques sont modifiés (James Howard Kunstler, La longue urgence, 2005). Par exemple, le changement climatique anthropique actuel est un signal important de l'Anthropocène.

 

Elle découle de cette nouvelle 5 juillet 2011 Une super tempête de sable, rapportée par certaines chaînes de médias de Phoenix comme "La plus grande tempête de sable de l'histoire de l'Arizona" par Roxy Lopez (Œuvre personnelle) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0) ou GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)], via Wikimedia Commonsréalité géophysique que, Dans notre période d'économie mondialisée, le tournant de l'Anthropocène revêt une signification profonde : les formes actuelles de développement économique sont aujourd'hui fondamentalement menacées de perturbation.

Dans le premier article de cette série, nous verrons d'abord, à travers quelques événements extrêmes liés au climat, comment l'économie est menacée. Ensuite, nous approfondirons notre compréhension naissante en soulignant davantage les perturbations économiques provoquées par la dimension climatique de l'Anthropocène. Enfin, nous passerons en revue le besoin émergent d'adaptation économique à cette nouvelle situation.

Changement climatique contre économie

L'Anthropocène est en train de devenir rapidement la nouvelle réalité planétaire. Et cette nouvelle réalité est très dangereuse pour l'état actuel de l'économie mondiale, car celle-ci s'est développée dans un ensemble donné de conditions planétaires, qui sont rapidement et profondément transformées (Thomas Homer Dixon, Le revers de la médaille, la catastrophe, la créativité et le renouvellement de la civilisation, 2006).

Ce danger s'exprime, entre autres, par la pression croissante exercée par les nombreux impacts du changement climatique sur le contexte économique. Par exemple, la période comprise entre mai et septembre 2016 a été un cauchemar climatique pour les économies américaine et canadienne.

En mai 2016, un méga incendie s'est propagé dans toute l'Alberta et a dévasté la région de Fort vue_du_paysage_de_l'incendie_proche_de_l'autoroute_63_dans_le_sud_de_la_mcmurrayMcMurray (Bryan Alary, "Selon un chercheur, l'incendie de Fort Mc Murray est l'un des plus extrêmes des feux de forêt”, Phys.org9 mai 2016). Cet énorme incendie s'est produit directement au cœur des exploitations de sables bitumineux mondialement connues, qui ont fait du Canada un exportateur de produits pétroliers (Andrew Nikiforuk, Sables bitumineux : le pétrole sale et l'avenir d'un continent, 2010).

En juillet, le Bureau d'assurance du Canada a publié une enquête établissant que cette catastrophe coûterait près de 3,6 milliards de dollars au secteur de l'assurance. Il s'agit de la deuxième plus grave catastrophe naturelle en Alberta depuis les inondations catastrophiques qui se sont produites ... en 2013, dans une région qui n'était pas définie comme une zone inondable.

A ces coûts s'ajoutent ceux des interruptions des opérations sur les sites d'exploitation des sables bitumineux, et des magasins publics suite à l'intervention des pompiers, résultant également de l'évacuation de la population de Fort McMurray (Jean-Michel Valantin, "Les méga-feux de l'Alberta et la sécurité des Émirats arabes unis”, La sécurité de l'analyse rouge (équipe)le 23 mai 2016).

Ce n'était que le début.

En août, un déluge de proportions bibliques, dû à des pluies extrêmement abondantes, a englouti louisiana_national_guard_convoy_in_flooded_denham_springs_15_august_2016plus de vingt paroisses en Louisiane, touchant plus de 60 000 foyers, 80% n'étant pas assuré contre les risques d'inondation, et 6 000 entreprises. Les coûts associés pourraient atteindre plus de 2,2 milliards de dollars, et s'ajouter aux 1,3 milliard de pertes générées par une autre inondation géante, qui s'est produite en mars 2016 (Holly Yan, "Inondations en Louisiane : les chiffres”, CNNle 22 août 2016).

Pire encore, les pertes totales de l'économie américaine liées aux inondations du mois d'août pourraient atteindre entre 10 et 15 milliards de dollars, si l'on tient compte des dommages directs, des pertes de valeur des biens et de recettes fiscales des entreprises, ainsi que des dommages directs et indirects aux activités agricoles ("Les inondations USA-Louisiane vont coûter 10 à 15 milliards de dollars à l'économie américaine, selon AON Benfield”, Actualités sur la liste des inondations dans le secteur des assurances aux États-Unis9 septembre 2016). En attendant, les impacts humains, tels que la perte d'emploi, la combinaison de l'insécurité sanitaire et financière et l'épuisement devraient également être pris en compte.

Il est intéressant de noter que les inondations de la Louisiane semblent de plus en plus liées au changement climatique. Étant donné que le changement climatique ne cesse de s'intensifier, cela soulève des questions importantes en termes d'anticipation, d'alerte et d'adaptation. (“Le changement climatique a augmenté les chances de pluies record en Louisiane d'au moins 40%”, Agence nationale des océans et de l'atmosphère,  16 septembre 2016).

Pendant ce temps, sur la côte ouest, la Californie a brûlé. Plus de 27 incendies se sont produits entre mai et fin août, certains d'entre eux étant terriblement puissants.

"Il pleuvait du feu du ciel" étaient les mots mêmes utilisés par un évacué pour décrire le tristement célèbre "Sand Fire", ou le terrible "Blue Cut fire" (Madison Park, "Les évacués de Californie : Il pleuvait du feu du ciel”, CNNle 27 juillet 2016 et Steve Visser, "L'incendie de la coupe bleue de Californie a été maîtrisé, d'autres sont menaçants", CNN22 août 2016).

320px-los_angeles_2009_firesA un niveau plus profond, les agglomérations californiennes sont de plus en plus menacées. En effet, d'immenses étendues urbaines californiennes ont été construites sur des couloirs de feu naturels. La probabilité que ces zones densément urbanisées puissent interagir avec les feux de forêt en raison du changement climatique est maintenant croissante (Mike Davis, L'écologie de la peur, 1998).

L'état chronique de sécheresse qui touche la Californie, et la combinaison d'un puissant El Nino avec le changement climatique ont alimenté ces feux de forêt (Justin Worland "Ne qualifiez pas les incendies de forêt en Californie de "catastrophes naturelles”, Time Magazinele 17 août 2016). Les coûts des incendies résultent de la flambée des budgets consacrés à la lutte contre les incendies, de la destruction des biens, de l'interruption des activités commerciales, de la perturbation du système de transport, blue_cut_fire_4_2016et les coûts d'assurance et de réhabilitation y afférents (Western Forestry Leadership Coalition, Le coût réel des incendies dans l'ouest des États-Unis, 2010).

Dans le cas de la Californie, ces coûts doivent être ajoutés à ceux associés à la série déjà longue de coûts dus aux dommages croissants causés par les incendies, en particulier depuis 2000 ("Graphique : 13 des 20 plus grands feux de forêt de Californie ont brûlé depuis 2000”, Signaux climatiques).

Ce nouveau climat contre l'insécurité économique prend également d'autres formes. Par exemple, la longue sécheresse de l'été 2012 a eu un impact sur plus de 80% de terres agricoles américaines. Si les effets ont été moins graves que prévu, ils se sont néanmoins fait sentir sur les prix des aliments pour le bétail au cours du dernier trimestre 2012 et par des hausses légères mais largement réparties des prix de différents types de produits agricoles (céréales, produits laitiers, volaille, fruits) sur les marchés américain et international (USDA : Sécheresse 2012 aux États-Unis, Impacts sur l'agriculture et l'alimentation, 26 juillet 2013.

Changement climatique et perturbations économiques

De façon très étrange et inquiétante, l'époque de l'Anthropocène allait ainsi apparaître comme un nouveau type de force perturbatrice économique. Ses impacts sont tout à fait analogues à une sorte d'offensive géoéconomique permanente, car l'Anthropocène crée un état de risque permanent de perte, pour les personnes privées, les propriétaires, les acteurs commerciaux et financiers, le secteur des assurances, entre autres (Eric Reguly, "Le secteur de la réassurance n'a pas à nier l'existence du changement climatique“, The Globe and Maille 28 novembre 2013).

Une sorte d'offensive géoéconomique permanente croissante, ... un état de risque permanent de perte ...

Selon Ceres en 2014, les coûts annuels cumulés de toutes les catastrophes naturelles survenues aux États-Unis au cours des années 1980 ont atteint environ 3 milliards de dollars par an. Au cours de la première décennie du XXIe siècle, ce total annuel s'est élevé à 20 milliards de dollars par an (avec des pics, par exemple en 2005, en raison de la dévastation de la Nouvelle-Orléans par l'ouragan Katrina).

En 2011 et 2012, ces coûts supportés par les entreprises, les propriétaires immobiliers, grands et petits, les territoires, les industries et les acteurs agricoles, ont explosé, en raison de la saison des tornades très intense et précoce, et de la dévastation qu'elle a entraînée dans le Midwest. 320px-katrina-noaagoes12La situation semblait suffisamment grave pour que Frank Nutter, le président de la Reassurance Association of America (RAA), pour témoigner devant la commission du Sénat américain sur l'environnement et les travaux publics le 18 juillet 2013 (Franklyn Nutter, Le changement climatique : c'est maintenant qu'il se produit, 18 juillet 2013).

Ce témoignage a été l'occasion d'expliquer comment le nombre d'événements climatiques et météorologiques extrêmes, tels que les tornades, les ouragans, les inondations, était lié, feux de forêtet les tempêtes, se développe rapidement, tout en martelant des espaces densément peuplés, comme les régions côtières du littoral, où vivent plus de 123 millions de personnes (soit 39% de la population américaine). Ce que Frank Nutter met en évidence, c'est la façon dont les personnes, les foyers, les communautés et les infrastructures sont de plus en plus exposés à la multiplication des chocs liés aux conditions météorologiques, alors que les moyens d'action fédéraux risquent de faire défaut face à cette évolution socioclimatique.

Autre exemple, en 2012, l'ouragan Sandy a infligé plus de 50 milliards de dollars des dommages aux habitations et aux infrastructures à New York et dans le New Jersey, tandis que 116 personnes ont été tuées (Chris Isidore, "Sandy's cost to economy : up to 50 Billion dollars", CNN Money2 novembre 2012).

amr_ambulances_durant_l'ouragan_sandyCette nouvelle situation plonge les différents acteurs de l'économie dans une situation de danger permanent (présidence de Lord Nicholas Stern, L'économie du changement climatique2006 et Une meilleure croissance, un meilleur climat, Le rapport sur la nouvelle économie climatique, 2014).

Et il est fort probable que l'expérience sera bien pire, car il faut aussi se rappeler qu'en raison du réchauffement climatique, le niveau des mers augmente plus vite qu'on ne le pensait il y a quelques années (L'IndépendantLe niveau de la mer monte plus vite que prévu, selon les scientifiques de la guerre, 28 novembre 2012 ; Jean-Michel Valantin, "L'Antarctique contre Dubaï - Les règles de la crise planétaire, partie 5", The Red Team Analysis Society2 mai 2016).

En outre, le changement climatique a un impact sur l'activité économique américaine, par le biais d'événements météorologiques semi-continentaux, qui peuvent également ralentir ou perturber la façon dont les gens travaillent ou vont travailler, comme on l'a vu lors des différentes "vortex polaire" au cours des hivers 2013-2014, 2015 et 2016 (Recherche atmosphérique et environnementale, "Analyse et prévisions de l'oscillation arctique”).

En d'autres termes, le tissu même de la société et de l'économie est mis en danger par l'actualisation des nouvelles conditions environnementales.

Le bouleversement de l'Anthropocène et l'adaptation nécessaire

Nous sommes entrés dans une période définie par l'installation dans la vie sociale et économique quotidienne d'une série d'événements environnementaux extrêmes perturbateurs. Leur nombre s'accroît rapidement en nature, en nombre et en intensité, surtout au cours des vingt dernières années. Cela génère un état de perturbation profond et permanent.

Comme le montrent souvent les La Société d'analyse (d'équipe) rouge (voir portail sur l'environnement et la sécuritéy)et comme rappelé ci-dessus, cette perturbation constante est profondément dangereuse pour l'économie, par la multiplication de différentes formes de destructions et de coûts inattendus qui doivent être absorbés par le système économique.

De plus, contrairement à la "destruction créative" théorisée par Joseph Schumpeter comme étant un moteur important de l'économie moderne, l'Anthropocène "fait par l'homme" et la perturbation constante est signalée par la propagation de ce que nous pourrions appeler "destruction destructive”.

www.nasa.gov/earthrightnowCette "destruction destructrice" est à l'œuvre dans la combinaison d'un cumul continu des coûts des dommages directs et indirects au cours des dernières années, comme nous l'avons vu avec les événements extrêmes de l'Alberta, de la Louisiane et de la Californie en 2016, causés par la nature violente, répétitive et intensifiée de ces événements, qui interagissent avec les multiples vulnérabilités des sociétés et des économies modernes (Thomas Homer-Dixon, Le bon côté des choses, 2007).

Ces séries d'événements destructeurs extrêmes à grande échelle sont également des symptômes de la perturbation mondiale rapide qui accompagne l'émergence de l'Anthropocène. D'un point de vue économique, cela implique une nécessaire adaptation rapide et profonde, afin de survivre à la "multi-tempête" à venir.

Afin de trouver les principes d'adaptation économique à un état de perturbation en constante évolution, la Red (Team) Analysis Society se concentrera, avec le prochain article de cette série, sur les moyens de combiner l'économie mondialisée avec les principes de l'économie de guerre et sa résilience intrinsèque.

À propos de l'auteur: Jean-Michel Valantin (PhD Paris) est le directeur de l'analyse de l'environnement et de la sécurité à la Red (Team) Analysis Society. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense, avec un accent sur la géostratégie environnementale.

 

Publié par Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris)

Le Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et sécurité de la Société d'analyse (équipe) rouge. Il est spécialisé dans les études stratégiques et la sociologie de la défense, avec un accent sur la géostratégie environnementale. Il est l'auteur de "Menace climatique sur l'ordre mondial", "Ecologie et gouvernance mondiale", "Guerre et Nature, l'Amérique prépare la guerre du climat" et de "Hollywood, le Pentagone et Washington".

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

FR