(Conception artistique : Jean-Dominique Lavoix-Carli
Image : USS Abraham Lincoln, domaine public)
Crise en Iran
Alors que le régime des mollahs se livre à une répression d'une violence effroyable contre sa propre population, les autorités politiques et militaires américaines prépositionnent dans le golfe Persique une force militaire maritime, aérienne et terrestre d'une ampleur historique.
- Le 23 janvier 2026, le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe de combat, composé de trois destroyers à missiles guidés et d'un sous-marin, seront déployés. Cependant, même si ce déploiement change radicalement l'ampleur de la présence militaire américaine dans la région du Moyen-Orient et du golfe Persique, il comporte également un risque militaire et géostratégique de très grande ampleur.
- En outre, en juin 2025, l'US Air Force a participé à la “guerre des douze jours”, qui a opposé Israël à l'Iran, dans le but de détruire le programme nucléaire iranien, qui n'a cependant été que dégradé. Cependant, l'Iran possède des capacités militaires de haut niveau et joue un rôle majeur dans la grande stratégie chinoise de l'initiative “la Ceinture et la Route”.”
- En l'état actuel des choses, le 26 janvier 2026, il est donc essentiel de saisir les enjeux liés à l'interaction entre la crise profonde du régime des mollahs et sa répression effroyable des manifestants iraniens, et la mobilisation militaire américaine, israélienne et britannique.
- Par ailleurs, il est important de rappeler que le Golfe Persique exporte 20 millions de tonnes de pétrole par jour, soit 20% de la production mondiale. Cinquante pour cent du pétrole iranien est exporté vers la Chine.
- L'expertise de RTAS mise en avant sur la chaîne de télévision italienne LA7

- Les Houthis, Bab el-Mandeb et le transport maritime

- L'étrange mystère des réserves de lithium de la Bolivie

- Au-delà de la géopolitique : Comprendre les pressions critiques qui remodèlent notre monde.

- VIGILANCE - La guerre en Iran, l'Arabie Saudite et les Houthis

- Chroniques de l'hyperwar - AI : L'IA, nouvelle frontière énergétique (1)

- SIGNAL - Le dôme d'or, une nouvelle frontière technologique

Ainsi, la confrontation entre l'armée américaine et l'Iran s'inscrit dans l'escalade des tensions entre Washington et Pékin.
Nous soutenons ici que l'ampleur phénoménale de la mobilisation militaire américaine indique la volonté politique de Washington de déstabiliser le régime. Mais par sa nature même, cette stratégie implique d'accepter la déstabilisation de l'initiative chinoise Belt and Road et une augmentation des tensions avec Pékin.
1. “L'aide arrive”
Le 28 décembre 2026, en raison d'une inflation catastrophique, d'une crise de l'eau massive et d'une détérioration générale des conditions de vie, les manifestations contre le régime des mollahs se multiplient en Iran. Ces mouvements de protestation se sont rapidement propagés à grande échelle. Le régime des mollahs a réagi avec une immense violence.
Les gardiens de la révolution, soutenus par des escadrons du Hezbollah libanais, ont réprimé, massacré, arrêté, violé et torturé des dizaines de milliers de personnes. Près de 35 000 personnes auraient été tuées en trois semaines. L'internet a été bloqué et les connexions Starlink ont été brouillées.1Jean-Michel Valantin, Chroniques de l'hyperwar / AI : Elon, le mollah et les satellites, 19 janvier 2026.
Chroniques de l'hyperwar/AI (1) : Elon, le Mollah et les Satellites
Face à cette situation, le 11 janvier 2026, le président Donald Trump encourage publiquement les Iraniens à continuer à protester et annonce : “L'aide est en route.”
Masse militaire américaine
Un nouveau chapitre s'ouvre alors, passant de la scène politique iranienne ultra-violente à la géostratégie internationale.
En effet, l'aide annoncée par le président Trump est représentée par le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe de frappe, composé de trois destroyers à missiles guidés et d'un sous-marin.
L'expérience des États-Unis en matière de puissance maritime et de combat
Le choix de ce porte-avions est significatif en soi, étant donné que ce navire a passé plusieurs mois en mer Rouge en 2024 pendant la longue guerre navale contre les Houthis soutenus par l'Iran, un conflit qui a opposé la milice yéménite à la marine américaine pendant plus de deux ans.
Cette guerre a notamment été dominée par l'interception de drones et de missiles balistiques lancés par la milice yéménite contre Israël, et par de nombreuses frappes aériennes contre les flottilles navales yéménites et leurs positions terrestres.
Apocalypse dans la mer Rouge - Guerres de l'Anthropocène (9)
L'USS Lincoln et son équipage sont donc rompus à la forme la plus contemporaine de la guerre aéronavale, qui repose sur la coordination par intelligence artificielle (IA) de satellites, de radars, d'avions de combat, de missiles, d'avions de chasse et d'essaims de drones lance-missiles pour atteindre ses objectifs tout en protégeant les navires et les équipages. Cette “hyper-guerre maritime” serait - ou sera - la forme de guerre appropriée pour une intervention dans le golfe Persique.2Ibid.
Expérience de la puissance aérienne et du combat aux États-Unis
En outre, le Pentagone a déployé plus de 12 chasseurs-bombardiers F-15 dans la région. Ces avions font partie du 494e escadron de chasseurs, basé en Angleterre.
En 2024, ce groupe de combat aérien a participé à l'interception de la vague de drones et de missiles lancés par l'Iran contre Israël et à l'opération Midnight Hammer, menée en juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes.
D'autres groupes de combat aérien et de bombardiers, ainsi que des unités de guerre électronique et de ravitaillement en vol, sont déployés dans le golfe Persique, certains étant retirés des unités présentes dans les Caraïbes en raison de l'opération au Venezuela le 3 janvier 2026. Ces appareils s'ajoutent aux 418 chasseurs et chasseurs-bombardiers placés sous le commandement direct du Central Command et de l'Eurocommand, ainsi qu'aux 70 chasseurs-bombardiers et avions de guerre électronique embarqués à bord de l'USS Lincoln.
La taille et la puissance militaire de l'USS Lincoln et de son groupe d'attaque sont intégrées à la présence militaire existante dans le golfe Persique, y compris la base du commandement central à Doha.
Le commandement central américain est le commandement opérationnel qui coordonne toutes les forces terrestres, maritimes, aériennes, spatiales et cybernétiques des États-Unis dans la région du Moyen-Orient, du golfe Persique et de l'Asie centrale. Il représente une force de plus de 20 000 personnes, ainsi que les équipements et les systèmes d'armes nécessaires à toute forme de projection de force dans la région.
L'IA en guerre (5) - Israël, l'Iran et le nouveau mode de guerre (IA)
Par conséquent, un tel déploiement de capacités militaires, dans un délai aussi court, exerce sa propre pression politique, à la fois sur l'adversaire potentiel et sur ses propres dirigeants militaires et politiques, ce qui pourrait conduire à une intervention.
Toutefois, le régime des mollahs a l'expérience de la guerre et lutte pour sa survie, ce qui le rend particulièrement dangereux.
2. Guerre pour la survie et brutalisation du régime
L'extrême violence de la répression lancée depuis le 28 décembre 2025 révèle le degré de brutalité atteint par le régime des mollahs, qui mène une véritable “guerre interne” contre sa propre population. Cette répression est menée par les Gardiens de la Révolution et leurs alliés. Les Gardiens de la Révolution sont une organisation paramilitaire placée sous l'autorité directe du Guide Suprême de la Révolution, l'Ayatollah Khameiney.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est à la fois un service de renseignement intérieur et extérieur, une force de police et une force de répression. Il possède ses propres forces terrestres, maritimes et aériennes et contrôle la plupart des centres économiques et financiers du pays. Alors que l'armée protège le pays, le CGRI protège le régime.3Ashley Lane, Les mandataires islamistes de l'Iran au Moyen-Orient, Centre Wilson
A ce titre, leurs unités ont été impliquées dans toutes les guerres de l'Iran depuis 1980 : la guerre Iran-Irak, les guerres secrètes contre Israël, le soutien au Hezbollah au Liban et au Hamas à Gaza, le soutien au régime de Bachar el-Assad en Syrie, et la guerre clandestine en Irak contre les Américains entre 2003 et 2010. Ils jouent également un rôle central dans la protection du programme nucléaire iranien. Leurs forces comptent environ 125 000 hommes.4Ibid.
Dans la situation géostratégique actuelle, le CGRI lutte pour sa survie. Si le régime tombe, ils sont physiquement condamnés. Cependant, alors que l'Iran est pris dans une spirale d'effondrement monétaire, financier et économique, exacerbée par l'escalade des sanctions américaines, les capacités militaires des Gardiens de la révolution et de l'armée iranienne sont importantes, et les unités iraniennes ont une grande expérience de la guerre.
C'est le cas des guerres hybrides, des guérillas et des guerres de haute technologie, comme l'a démontré la guerre contre Israël.
Enfin, l'Iran possède l'arme énergétique ultime : la fermeture du détroit d'Ormuz. Bloquer 20% du trafic pétrolier mondial serait suicidaire en raison des répercussions qui en résulteraient, mais aurait d'énormes conséquences financières au niveau mondial.
Enfin, les Iraniens ont acquis une flotte de vedettes rapides conçues pour le combat naval et armées de missiles légers surface-surface. A cela s'ajoutent les capacités de missiles et de drones, qui ont fait leurs preuves en Ukraine depuis 2022 et qui ont été achetés par les Russes.
Dans un environnement aussi confiné que le golfe Persique, dont la largeur maximale ne dépasse pas 300 km, des échanges de frappes entre les forces américaines et iraniennes feraient courir des risques extrêmes à tous les belligérants.
Cependant, les gardiens de la révolution (Pasdaran) possèdent un état d'esprit inhérent au concept de “brutalisation”. Cela signifie que plus les hommes vont au combat, plus la situation qui leur est imposée devient brutale. Les survivants n'en sont que plus brutaux, et leurs nouveaux niveaux de brutalité alimentent l'escalade de la violence et de la brutalité. Lorenzo Benadusi, la brutalisation et le processus de civilisation
Les massacres de civils qui se poursuivent depuis le 28 décembre témoignent de cette dynamique. Les Gardiens de la Révolution sont donc dans une situation où ils se sentent directement et physiquement menacés par leur propre peuple, par Israël et par les Etats-Unis.
Cependant, ils sont très bien équipés, très bien entraînés et capables de recourir à des mesures extrêmes. Enfin, cet énorme potentiel de violence armée s'inscrit dans le contexte du conflit de plus en plus important entre les États-Unis et la Chine.
3. L'USS Lincoln et la nouvelle route de la soie
Plusieurs informations concordantes, mais non vérifiées, indiquent que, depuis le 16 ou le 17 janvier, des Y-20, les avions de transport lourds de l'armée chinoise, ont effectué 16 atterrissages à Téhéran en 5 jours. Si la nature de ces livraisons n'est pas connue, elles s'inscrivent dans un double contexte politique et opérationnel.
1/ Depuis la fin de la “guerre des 12 jours” en juin 2025, marquée par la destruction de près de la moitié des défenses aériennes iraniennes, la Chine vend à l'Iran un nombre important de batteries de missiles antiaériens HQ-9.. Ces missiles sont basés sur les excellents systèmes de missiles russes S-300 et S-400. Par ailleurs, la Chine a réalisé des progrès considérables dans le domaine des drones de combat autonomes.
L'énorme capacité d'emport du Y-20 suggère donc que des systèmes d'armes chinois particulièrement puissants sont transportés et installés en Iran avec le soutien des autorités politiques et militaires chinoises.
2/ Ce soutien s'inscrit dans le cadre du renforcement continu des liens entre l'Iran et la Chine.
- Alors que la Chine et l'Iran commercent depuis l'Antiquité, en 2016, l'Iran a officiellement rejoint l'initiative "la Ceinture et la Route", menée par la Chine.
- En 2021, les deux pays ont signé un “partenariat stratégique global” de 25 ans, basé notamment sur des échanges de technologies chinoises, de produits industriels et d'équipements civils et militaires en échange de pétrole. 50% de la production pétrolière iranienne est ainsi exportée vers la Chine.
Enfin, depuis 2024, l'Iran est membre du groupe BRICS+, codirigé par Moscou et Pékin.
L'intégration infrastructurelle, économique, politique et militaire entre l'Iran et la Chine est donc profonde.
Par conséquent, si la répression infâme des Iraniens par le régime des mollahs devait déclencher une intervention américaine, même limitée, elle se déroulerait dans un contexte stratégique extrêmement tendu.
Le maintien du contrôle nécessaire pour maintenir le niveau de conflit à un niveau suffisamment bas pour éviter toute forme d'escalade “au-delà” de l'Iran constituera donc un défi stratégique majeur.
D'autant plus que le soutien de Pékin à Téhéran est également suivi de près par les alliés de la Chine et ceux qui sont sous son contrôle, qui mettent ainsi en jeu une partie de leur crédibilité stratégique, sans nécessairement vouloir être entraînés dans une escalade potentielle.
La dernière semaine de janvier 2026, et le mois de février 2026, sont donc déjà marqués par un prodigieux “retour du refoulé” en termes stratégiques.
Pourquoi est-ce important pour les entreprises françaises et européennes ?
- Comme l'ensemble des acteurs économiques mondiaux, les entreprises françaises devront anticiper les risques liés à une éventuelle flambée des prix du pétrole en cas d'affrontements dans le golfe Persique.
- Depuis août 2025 et la préparation de l'opération Southern Spear et de l'intervention au Venezuela, les flottes navales et aériennes ont été sollicitées à un rythme et à une échelle inégalés depuis la guerre “chaude” de la guerre froide. Cela implique une mobilisation tout aussi forte des industries de défense américaines et de leurs partenaires et sous-traitants, ce qui se traduit par des marchés pour les entreprises françaises de l'électronique.
- En outre, les effets de ces tensions croisées entre les États-Unis et la Chine pourraient également entraîner un risque de sanctions pour les entreprises occidentales impliquées dans l'un ou l'autre de ces pays, voire dans les deux.
Notes
- 1Jean-Michel Valantin, Chroniques de l'hyperwar / AI : Elon, le mollah et les satellites, 19 janvier 2026. ↩︎
- 2Ibid. ↩︎
- 3Ashley Lane, Les mandataires islamistes de l'Iran au Moyen-Orient, Centre Wilson ↩︎
- 4Ibid. ↩︎
