Sommes-nous au début d'une cinquième vague de la pandémie de COVID-19 ? Si oui, est-elle dangereuse et devons-nous nous en inquiéter ? Sinon, la pandémie de COVID-19 est-elle terminée ? Ou, a-t-elle évolué vers une maladie endémique qui n'est pas plus dangereuse que la grippe saisonnière ? En attendant, avons-nous simplement accepté les décès liés au COVID-19 comme une fatalité, ne méritant pas qu'on s'en préoccupe ?

La façon dont nous "vivrons avec le COVID-19", avec des politiques différentes selon les pays, variera en fonction des réponses que nous donnerons à ces questions. Le succès dépendra de la manière dont nos réponses seront adaptées à la réalité de la pandémie COVID-19 et à son évolution dans le futur.

Ce premier article porte sur une cinquième vague mondiale de la pandémie de COVID-19. Nous estimons qu'il est probable que la cinquième vague vienne de commencer. Nous donnons des estimations possibles quant à sa durée et examinons les facteurs qui façonneront cette vague, à savoir les restrictions anti-Covid-19 et les politiques de voyage, la vaccination et la durée de l'immunité, et enfin l'émergence de variants. les restrictions anti COVID-19 et les politiques de voyage, la vaccination et la durée de l'immunité, et enfin l'émergence de variants.

Le prochain article portera sur les impacts et les conséquences possibles de cette vague.

L'aube d'une cinquième vague : l'émergence d'une périodicité globale

Des indices convergent pour nous avertir du début très probable d'une cinquième vague de COVID-19, au niveau mondial.

Si nous observons les tendances statistiques globales de la pandémie, en utilisant une moyenne sur sept jours (la ligne jaune), nous obtenons le graphique suivant.

Infections et décès dus au COVID-19 dans le monde entre janvier 2020 et le 24 octobre 2021 (source : Reuters COVID-19 Global tracker).

La première vague ou une hausse de la contamination mondiale - décembre 2019 au 9 octobre 2020.

La première vague ressemble en fait à une très grande et longue vague qui ne s'est pas retirée. Plus qu'une vague, nous pouvons prendre l'analogie d'une élévation globale du niveau de la mer. Elle correspond au temps qu'il a fallu au virus pour se propager à l'échelle mondiale et couvrir le monde d'un certain nombre d'infections et de décès. Cette période a duré du début de la pandémie jusqu'au début du mois d'octobre 2020.

Des vagues de quatre mois

Puis, vers le 10 octobre 2020, une deuxième vague a commencé avec une forte augmentation des cas (et des décès) et un sommet atteint vers le 14 janvier 2021. Cette vague a duré jusqu'au 18 février environ, date à laquelle nous avons atteint un creux pour les contagions. À ce moment-là, nous avons vu une inversion de tendance et les infections ont recommencé à augmenter. La deuxième vague a donc duré environ 4 mois.

La vague suivante a commencé le 18 février 2021, a été à son sommet approximativement le 29 avril, puis a diminué jusqu'au 20 juin 2021. Là encore, la vague a duré presqu' exactement 4 mois.

La quatrième vague a commencé le 20 juin 2021, a atteint un pic le 18 août 2021, et a diminué depuis, jusqu'au 20 octobre 2021 environ. (Nota 3 novembre 2021 : avec les mises à jour statistiques, à ce jour, les infections ont atteint un plus bas le 17 octobre 2021 à 300.399 et ont ensuite recommencé à augmenter).

Même si deux, voire trois, cas sont insuffisants pour faire des déductions certaines, nous pouvons néanmoins émettre l'hypothèse que, globalement, une vague pandémique COVID-19 dure quatre mois. Compte tenu des variations constatées dans les différents pays, il est étonnant d'observer une périodicité aussi régulière au niveau mondial. Une fois de plus, comme pour d'autres phénomènes, cela plaide pour l'adoption d'une perspective globale et systémique sur la pandémie, son évolution et ses dynamiques.

Cette périodicité globale varierait en fonction des mesures mécanistiques simples contre le virus (masques, quarantaines, éloignement social, fermeture des frontières et entrave aux déplacements), de la vaccination et de son efficacité - et à l'avenir éventuellement des traitements, de la force et de la durée de l'immunité induite, et finalement de la virulence et du pouvoir d'infection des variants.

La cinquième vague devrait durer du 20 octobre 2021 au 20 février 2022.

Si l'hypothèse des quatre mois est correcte, alors nous devrions avoir vu le début de la cinquième vague vers le 20 octobre 2021. Nous sommes actuellement à ce moment où le nombre d'infections dans le monde est au plus bas, mais où il a néanmoins recommencé à augmenter.

En supposant qu'aucune des conditions actuelles ne change, la cinquième vague atteindrait un sommet entre le 20 décembre 2021 (forme de la 4ème vague) et le 20 janvier 2022 (forme de la seconde vague), puis diminuerait jusqu'aux environs du 20 février 2022.

Les principaux facteurs influençant la forme globale de la vague pandémique

Voyons maintenant comment les différents facteurs influençant les vagues de pandémie sont susceptibles de jouer.

Un assouplissement mondial des restrictions anti COVID-19 ?

Des mesures restrictives flexibles plutôt que des assouplissements

Globalement, nous constatons une tendance à assouplir autant que possible les différentes mesures anti COVID-19, appelées "interventions non pharmaceutiques".

Les pays tentent de se débarrasser des masques, promettent de ne plus mettre en place de confinement, de mettre fin aux quarantaines et aux restrictions de voyage pour les personnes vaccinées.

À titre d'exemple, l'Australie a modifié sa politique en vue d'alléger les restrictions (Frances Mao, "Why has Australia switched tack on Covid zero?", BBC News, 3 septembre 2021).

Pour sa part, le gouvernement britannique souligne qu'à présent, l'économie passe avant tout. En effet, selon The Times:

"Le ministre britannique des finances, Rishi Sunak, a déclaré qu'il ne fallait pas revenir à des "restrictions économiques importantes" malgré une augmentation récente des cas de COVID-19 dans le pays."

Reuters, citant The Times, “UK’s Sunak rules out return to major COVID restrictions -The Times", 23 octobre 2021

Le gouvernement britannique réaffirme en effet sa politique en matière de COVID-19 malgré les demandes des scientifiques de revenir aussi vite que possible à des restrictions anti-Covid-19 (par exemple Associated Press, "Scientists urge UK to prep rapid return of COVID measures“, Euronews, 22 octobre 2021 ; Skynews, "UK ‘dilly-dallying into lockdown’ – take Plan B action now, warns government adviser", 23 octobre 2020).

De même, la Corée du Sud, qui a vacciné 70 % de sa population, a pour objectif de supprimer la plupart des contraintes, à l'exception des masques, d'ici à février 2022 (Sangmi Cha, "South Korea plots course to scrapping COVID curbs by early 2022“, Reuters, 26 octobre 2021).

Les restrictions aux voyages sont supprimées ou assouplies autant que possible, par exemple à Singapour, en Malaisie et en Thaïlande ou au Canada, qui "abandonne certaines politiques à destination des voyageurs” (The Hill, 24 octobre 2021 ; voir aussi "Malaysia and Singapore ease international travel restrictions in pivot to living with Covid“, CNN, 11 octobre 2021 ; "Singapore launches quarantine-free travel to 10 countries“, Financial Times, 19 octobre, 2021 ; Reuters, “Thailand announces reopening rules for tourism reboot", 22 octobre 2022, etc.)

À partir du 8 novembre 2021, les États-Unis imposent " des exigences en matière de vaccins pour la plupart des voyageurs aériens de nationalité étrangère " tout en " levant les sévères restrictions de voyage en ce qui concerne la Chine, l'Inde et une grande partie de l'Europe " (David Shepardson, "Biden imposes new international travel vaccine rules, lifts existing restrictions“, Reuters, 26 octobre 2022)

Cela dit, cette tendance vers un assouplissement des interventions non pharmaceutiques peut, en fait, être un sentiment subjectif généré par une propension des médias occidentaux à se concentrer sur les changements et la nouveauté.

Pour évaluer plus objectivement la situation, examinons l'indice de "Stringency", "une mesure composite basée sur neuf indicateurs de réponse" au COVID-19 développée par "Our World in Data" et basée sur le Oxford COVID-19 Government Response.

Vidéo de l'évolution de l'indice de rigueur COVID-19, "une mesure composite basée sur neuf indicateurs de réponse" au COVID-19 développé par "Our World in Data"et basé sur le Oxford COVID-19 Government Response Tracker.

La vidéo ci-dessus montre que nous sommes encore loin du monde tel qu'il était avant la pandémie. Les politiques de lutte contre le COVID-19 sont moins strictes qu'elles n'ont pu l'être, notamment au cours du premier semestre 2020 après le début de la pandémie, mais elles sont toujours en vigueur.

Il apparaît également que même si les pays tentent d'assouplir leurs mesures anti-COVID-19, ils les rétablissent relativement rapidement lorsque le COVID-19 recommence à se propager et que les hospitalisations et les décès augmentent. Ce fut le cas en Israël lorsque la quatrième vague a commencé (Israel to reinstate indoor mask mandate next week as COVID-19 cases keep rising, 24 June 20211; Statement by PM Bennett, 22 July 2020.

C'est désormais le cas en Allemagne, pour certains voyages : "Travel Restrictions Tighten Up for Arrivals From Bulgaria, Croatia, Singapore, Cameroon & Congo" (22 octobre 2021).

C'est également le cas aux Pays-Bas où le gouvernement prévoit de nouvelles restrictions pour faire face à une augmentation des infections et des hospitalisations, principalement jusqu'à présent chez les personnes non vaccinées (Reuters, "Dutch consider new coronavirus curbs as infections soar", 25 octobre 2021).

La vaccination actuelle comme chèque en blanc : une porte ouverte à l'augmentation de la circulation mondiale du virus ?

Fondamentalement, une vaccination complète avec les vaccins les plus efficaces tend à être considérée comme la condition, nécessaire et suffisante, pour un retour à la normale. Le nouvel ordre relatif aux restrictions de voyage que le président Biden a signé le 25 octobre 2021 illustre parfaitement cette conviction (Maison Blanche, "A Proclamation on Advancing the Safe Resumption of Global Travel During the COVID-⁠19 Pandemic"). Les vaccins autorisés à entrer aux États-Unis sont ceux que les régulateurs américains ou l'Organisation mondiale de la santé reconnaissent, ce qui signifie que les vaccins chinois Sinopharm et Sinovac sont acceptés, tandis que le vaccin russe Sputnik et d'autres vaccins chinois sont toujours en cours d'examen ("Statut des vaccins COVID-19 dans le processus d'évaluation EUL/PQ de l'OMS", 20 octobre 2021). Les vaccins à dose mixte contre le coronavirus seront également acceptés (Reuters, Ibid.).

Pourtant, notre compréhension de la contagion et de la transmission du virus chez les personnes vaccinées est encore imparfaite et peu concluante, comme l'explique en détail le CDC américain dans "Infections in fully vaccinated persons : clinical implications and transmission", Science Brief : COVID-19 Vaccins et Vaccination - mise à jour 15 septembre 2021. Notamment, même si la force du potentiel de contagion chez les personnes vaccinées n'est pas parfaitement connue, les études montrent que la transmission et la contagion continuent (Ibid.). L'efficacité des vaccins est surtout évaluée pour les formes sévères de COVID-19 - dans le but d'éviter que les hôpitaux soient débordés - et les décès. Les données sont plus rares et montrent une moindre efficacité des vaccins contre la " maladie symptomatique " en général ou " l'infection " (ex : étude du Qatar : 80% d'efficacité de la vaccination COVID-19 contre l'infection asymptomatique SARS-CoV-2, variante Delta, pour Moderna, mais 36% pour Pfizer-BioNTech, Ibid.).

Par conséquent, considérer la vaccination comme un Le chèque en blanc, si aucune autre mesure n'est appliquée, favorise en fait la circulation mondiale du virus au lieu de la restreindre.

La vaccination et son efficacité

Le cas d'Israël

Examinons maintenant le schéma des vagues de pandémie en Israël, comme étude de cas. Ayant atteint très tôt un niveau élevé d'immunisation de sa population, Israël est en avance sur les autres pays et nous prévient de ce qui pourrait se passer ailleurs.

Vagues pandémiques en Israël de janvier 2020 au 24 octobre 2021 - Infections et décès. De Reuters Graphics

Sur le graphique ci-dessus, on voit qu'en Israël, la vaccination a allongé le temps pendant lequel les infections étaient à un niveau bas. Au lieu d'avoir un creux de quelques jours entre la troisième et la quatrième vague, on a un plateau de très bas niveau qui dure du 9 avril au 2 juillet, soit 3 mois.

Ce plateau de bas niveau résulte de la rencontre et des dynamiques de différentes forces : vaccination et durée de l'immunité induite, relâchement des mesures non médicales et dynamique du virus.

Avant la fin de la quatrième vague, Israël a lancé une campagne agressive de vaccination pour une troisième dose ("Over 1 million Israelis who haven’t had 3rd dose to lose Green Pass on Sunday“, Times of Israel28 septembre 2021). Il est prévu de ne rouvrir les frontières que sous des conditions relativement strictes, notamment un schéma de vaccination complet (deux doses ou une en fonction du vaccin) datant de moins de six mois, ou une vaccination complète avec une troisième dose ("Hoteliers doubt eased tourist rules will make a difference“, Times of Israel, 24 octobre 2021).

Au cours de la quatrième vague, le nombre de décès a diminué par rapport aux vagues précédentes, mais seulement de moitié environ. Entre le 20 juin et le 25 octobre 2021, le nombre de décès cumulés est passé de 6427 à 8049, c'est-à-dire que 1622 personnes sont mortes au cours de la quatrième vague.

Le début de la quatrième vague en Israël découle de deux facteurs majeurs liés à la vaccination. Tout d'abord, l'immunité induite par la vaccination commence à s'affaiblir après 4 mois pour les formes légères de la maladie, même si l'efficacité reste forte pour les formes les plus graves de la maladie pendant probablement six mois (par exemple, Matthew Loh et Hilary Brueck, "Pfizer’s COVID-19 protection against infection may wane in months, but it still prevents hospitalization and death for at least 6, new studies suggest“, Insider, 8 octobre 2021). Après six mois, les données d'une étude israélienne montrent que l'immunité est "substantiellement" diminuée (Ibid.). Par ailleurs, la vaccination n'arrête pas la contagion, mais ne fait que la réduire, comme on l'a vu. L'ensemble de ces facteurs fait que dès que l'immunité diminue, puisque le virus est présent et circule, on a un nouveau pic de contagions, avec un nouveau pic d'hospitalisations et de décès, ces derniers, il est vrai, à un niveau plus faible que sans vaccination.

Vaccination mondiale : insuffisante pour avoir un impact sur le schéma de la vague pandémique de COVID-19

Sachant qu'au niveau mondial, 3,758 milliards de personnes ont reçu une dose de vaccin, que 2,825 milliards de personnes sont totalement vaccinées (Tableau de bord OMS COVID-19), et que nous sommes environ 7,9 milliards, cela signifie que 47 56% de la population mondiale seulement a reçu au moins une dose de vaccin, et que 35 76% est entièrement vaccinée.

Par conséquent, étant donné qu'une dose de vaccin est tout à fait inefficace contre le virus, en particulier contre le variant Delta - ou une souche plus grave - et que l'immunité de la population entièrement vaccinée a commencé à diminuer, comme le montre le cas d'Israël, il est difficile d'envisager que la vaccination ait actuellement un effet très marqué sur la forme et le profil des vagues pandémiques.

Un effort mondial majeur, comme l'a souligné à maintes reprises l'OMS, doit être consenti à l'échelle planétaire si l'on veut espérer réduire ou, plus audacieusement, maîtriser le COVID-19 (voir, par exemple, AFP/Reuters,Pandemic will end when world chooses to end it’ – WHO chief, RTE, 25 octobre 2021).

Pour l'instant, si l'on considère l'impact des mesures anti-COVID prises notamment en matière de voyages, et la détente opérée se focalisant autour de la vaccination, on peut s'attendre à ce que le virus ait commencé à circuler davantage sur la planète et que sa circulation augmente dans les semaines ou mois à venir (en fait tant que l'approche actuelle se poursuivra). Par conséquent, tout d'abord, les personnes non vaccinées seront plus exposées. Puis, lorsque l'immunité liée à la vaccination s'affaiblira, comme en Israël, nous assisterons à une résurgence et probablement à une augmentation rapide des cas (nous examinerons les perspectives de létalité dans le prochain article).

Globalement, il est donc très probable (entre 70% et 85%) que la vague à venir sera aussi grave, sinon plus, que les vagues précédentes.

Nous devons également tenir compte du fait que la deuxième, la troisième et la quatrième vague ont eu lieu alors que les frontières étaient plus fermées et les voyages internationaux plus restreints que ce qui pourrait se produire compte tenu des nouvelles politiques. Ainsi, nous devrions également envisager qu'il est possible de voir une nouvelle vague ressemblant à la première " vague ", c'est-à-dire qu'il ne s'agirait pas d'une vague mais d'une nouvelle "augmentation de la contamination globale". Dans ce cas, la contamination mondiale minimale atteinte entre les vagues pourrait être beaucoup plus élevée que ce que nous avons connu, et les sommets pourraient être plus élevés aussi. En d'autres termes, si nous imaginons la masse de la contamination et la forme de la pandémie comme un iceberg, la hauteur de la masse de l'iceberg pourrait être beaucoup plus élevée avec des sommets s'élevant donc beaucoup plus haut au-dessus de la masse principale.

En outre, une circulation et une contagion mondiales favorisent l'émergence puis la propagation des variants.

L'émergence et la montée en puissance des variants préoccupants

Notre principale source pour cette partie est GISAID, qui gère une base de données mondiale des séquences génétiques du coronavirus pandémique, EpiCoV, et "emploie des outils pour attribuer des clades et des lignées phylogénétiques à" ces séquences génétiques (site web). A noter que les données pour la Russie, à la date de rédaction, ont été mises à jour pour la dernière fois le 1er octobre 2021 et ne tiennent donc pas compte de la hausse des cas d'octobre 2021.

Les variants de la première montée en puissance de la pandémie de COVID-19

La première période de "montée en puissance de la pandémie" correspond à la propagation du virus original, de ses variants de type européen ainsi que d'autres variants préoccupants (varant of Concern - VoC) selon les continents et les pays.

La phylogénie des variants du SRAS-CoV-2 est présentée dans la figure ci-dessous, telle qu'elle a été créée par GISAID (accéder à l'image interactive sur GISAID en cliquant sur l'image ci-dessous). Nous avons choisi d'utiliser les clades de GISAID, désormais obsolètes, afin de pouvoir observer la diversité des variants passés. La "souche Wuhan" originale est le point orange en bas à gauche de l'arbre.

Phylogénie du SRAS-CoV-2, selon les clades GISAID, entre le 23 décembre 2019 et le 25 octobre 2021. (Source GISAID et Nextstrain).

La deuxième vague de la pandémie de COVID-19 et ses variants

La deuxième vague correspondait à la diffusion continue des VOC de la période précédente, auxquels il faut ajouter les variants Alpha, Beta (Afrique du Sud) et Gamma (Amérique du Sud/Brésil). Le variant Alpha est apparu probablement le 1er septembre 2020 au Royaume-Uni et a notamment conduit la deuxième vague en Europe. Le variant Beta est apparu probablement le 30 septembre 2020 et le variant Gamma le 10 novembre 2020.

Phylogénie du SRAS-CoV-2, selon la classification "emerging lineage". Les anciens variants sont en gris (Source GISAID et Nextstrain).

Les troisième et quatrième vagues de la pandémie de COVID-19 et le variant Delta

La troisième vague correspond à l'essor et à la diffusion du variant Delta. Le variant Delta est apparu probablement le 5 octobre 2020 en Inde. Il a fortement stimulé la troisième vague et est devenu prééminent.

Phylogénie du variant Delta du SRAS-CoV-2, selon la classification "emerging lineage" (Source GISAID et Nextstrain).

La quatrième vague coïncide également avec le variant Delta qui a atteint la prédominance. L'image suivante montre la part mondiale des variants du SRAS-CoV-2 dans le monde le 22 octobre 2021.

Part mondiale des variantes du SRAS-CoV-2 dans le monde le 22 octobre 2021 (Source GISAID et Nextstrain).

Des variants pour la cinquième vague ?

Jusqu'à présent, de nombreux variants ont été observés et surveillés, mais aucun n'est apparu comme capable de remplacer le variant Delta (voir, par exemple, Tableau de bord de la VoC de l'ECDC).

Delta AY.4.2, alias "Delta plus".

Le Royaume-Uni a signalé une augmentation de la nouvelle mutation du variant Delta, AY.4.2 ou VUI-21OCT-01, surnommée "Delta Plus" (incluse dans le variant Delta de GISAID et sans nom plus précis au moment de la rédaction).

Le gouvernement britannique, a produit le 22 octobre 2021 un briefing “to provide information on the new Variant Under Investigation VUI-21OCT-01, AY.4.2” (Briefing technique 26Analyse officielle française utilisant principalement le briefing technique britannique : "Analyse de risque sur les variants émergents du SARS-CoV-2 réalisée conjointement par Santé publique France et le CNR des virus des infections respiratoires Analyse partielle du 21/10/2021 concernant le sous-lignage AY.4.2" - 21 octobre 2021).

Selon les données les plus récentes et complètes, le " VUI-21OCT-01 représente 3,8%, 5,2% et 5,9% des cas de Delta en Angleterre au cours des semaines commençant respectivement le 19 septembre, le 26 septembre et le 3 octobre 2021 (Ibid.).

Le AY.4.2/VUI-21OCT-01 serait également présent en Russie, alors que le pays fait face à des infections et des décès records, et quelques cas ont été observés au Danemark et aux États-Unis (Reuters, Russia puts onus on regional leaders to step up COVID fightle 27 octobre 2021 ; "Covid-19: New mutation of Delta variant under close watch in UK“, BBC News, 19 octobre 2021). Il a également été détecté en Inde et serait présent à ce jour dans une trentaine de pays (Malathy Iyer, "Classification of AY.4.2 forces Indian scientists into a huddle …, Times of India, 27 octobre 2021).

Pour anticiper sur le prochain article, il est trop tôt pour se soucier de ce variant. Cependant le AY.4.2/VUI-21OCT-01 est étroitement surveillé. L'évolution de la gravité et de la létalité ne peut pas encore être évaluée. (Briefing technique 26). Le nouveau variant semble être légèrement plus contagieux que le variant Delta original, mais les différences ne semblent pas être très significatives jusqu'à présent. (Ibid.). L'évaluation évoluera avec le temps.

Et l'avenir ?

Notre compréhension des variants, compte tenu du fait que c'est la première fois dans l'histoire qu'un virus peut circuler aussi loin et aussi rapidement, est encore insuffisante pour pouvoir faire des projections valables.

Ce que nous savons, c'est que plus un virus se réplique, plus les chances de voir apparaître un variant qui serait également plus efficace, du point de vue du virus, sont élevées (voir, par exemple, S.A. Rella et al, “Rates of SARS-CoV-2 transmission and vaccination impact the fate of vaccine-resistant strains“, Sci Rep 11, 15729, 2021 ; Sarah P. Otto, et al., “The origins and potential future of SARS-CoV-2 variants of concern in the evolving COVID-19 pandemic“, Current Biology, Volume 31, numéro 14, 2021 ; Jessica A Plante et al. "The variant gambit: COVID-19’s next move.” Cell host & microbe vol. 29,4 2021 ; Vaughn Cooper et Lee Harrison, "Massive numbers of new COVID–19 infections, not vaccines, are the main driver of new coronavirus variants“, The Conversation, 9 septembre 2021).

Ainsi, un premier facteur fondamental que nous devons considérer est la contagion (Ibid.). La durée pendant laquelle le virus reste dans un individu a également de l'importance (voir, par exemple, S.A. Rella et al, “Rates of SARS-CoV-2 transmission, …).

Il existe également diverses perspectives, à l'heure actuelle, sur les dangers que constitue une population imparfaitement vaccinée quant à l'émergence de variants qui échapperaient à l'immunité induite par les vaccins (par ex. S.A. Rella et al, “Rates of SARS-CoV-2 transmission et Cooper et Harrison, "Massive numbers of new COVID–19 infections).

Certains scientifiques soulignent qu'aujourd'hui, compte tenu du faible taux de vaccination dans le monde, les nouveaux variants préoccupants sont plus susceptibles d'apparaître au sein de la population non vaccinée (Cooper et Harrison, "Massive numbers of new COVID–19 infections). Par conséquent, la population vaccinée n'est pas fondamentalement menacée, et les nouveaux variants peuvent ou non être capables d'échapper aux vaccins (Ibid.).

Toutefois, un modèle intéressant met également en évidence le résultat suivant :

"Le résultat contre-intuitif de notre analyse est que le risque le plus élevé d'établissement de souches résistantes se produit lorsqu'une grande fraction de la population a déjà été vaccinée alors que la transmission n'est pas contrôlée."

Rella, S.A., Kulikova, Y.A., Dermitzakis, E.T. et al. Rates of SARS-CoV-2 transmission and vaccination impact the fate of vaccine-resistant strainsSci Rep 11, 15729 (2021). https://doi.org/10.1038/s41598-021-95025-3

En supposant que ce résultat obtenu par modélisation soit correct et valable dans la réalité, cela signifie que l'abandon des interventions non pharmaceutiques au sein des populations largement vaccinées, comme cela se fait actuellement, est une mauvaise idée. Cela pourrait en effet favoriser l'émergence de VoCs échappant aux vaccins actuels.

Ainsi, à ce jour, nos connaissances sont trop imparfaites pour anticiper l'émergence de variants préoccupants. En conséquence, nous ne pouvons que suivre par séquençage l'évolution de ces variants.

En attendant, nous devons aussi agir de manière préventive en essayant de limiter la contagion et la durée de l'infection, donc le développement de variants, notamment ceux qui pourraient échapper à l'immunité vaccinale.

Malheureusement, cela ne semble pas être la direction que prennent les politiques actuelles.

Par conséquent, il est probable que nous verrons apparaître d'autres variants préoccupants. Le pire scénario serait d'assister à l'émergence d'un ou plusieurs variants échappant aux vaccins actuels. La capacité à créer "rapidement" de nouveaux vaccins à l'aide de technologies telles que l'ARN messager (ARNm) n'aiderait que partiellement à gérer la menace, compte tenu de facteurs tels que les tests, la fabrication, la livraison des vaccins, puis la campagne de vaccination.

Conclusion

L'ensemble de ces facteurs suggère que nous sommes certainement, au niveau mondial, au début d'une nouvelle vague de la pandémie de COVID-19. Le début exact de cette vague et sa forme varieront selon les pays.

Si les mesures concernant les voyages continuent à être assouplies et sont définies principalement en fonction d'une compréhension simpliste de la vaccination, sans se soucier de l'immunité associée aux vaccins et de la propagation continue de l'infection parmi et par les personnes vaccinées, et si des mesures simples telles que la quarantaine, notamment à l'arrivée dans les pays, et les masques efficaces sont abandonnées, alors la vague à venir pourrait être pire que la précédente. Dans une telle configuration, les chances de voir apparaître de nouveaux variants inquiétants semblent également augmenter.

La souplesse dont font preuve les différents gouvernements pour rétablir rapidement des mesures plus fortes et plus adaptées pourrait nous laisser espérer que la cinquième vague sera maîtrisée.

Une approche planifiée globale doit impérativement être conçue et mise en œuvre si nous voulons nous diriger vers un avenir que nous pourrions véritablement qualifier de "post-COVID-19".

Image en vedette : Image par Roger Mosley de Pixabay - Domaine public

Publié par Dr Helene Lavoix (MSc PhD Lond)

Dr Hélène Lavoix, PhD Lond (relations internationales), est le président/CEO de la Red Team Analysis Society. Elle est spécialisée en prospective et alerte précoce stratégiques (S&W) pour les questions de sécurité nationale et internationale. Elle se concentre actuellement sur la montée en puissance de la Chine, la pandémie de COVID-19, la méthodologie du SF&W, la radicalisation, les environnements extrêmes ainsi que sur les problématiques des nouvelles technologies (IA, QIS, monde virtuel) du point de vue de la sécurité internationale.

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