Le design : Jean-Dominique Lavoix-Carli

Onze mois après le début de la pandémie de COVID-19, la deuxième vague se propage. Plus de 50 millions de personnes ont été contaminées dans le monde au 9 novembre 2020 (Tableau de bord COVID-19 par le Center for Systems Science and Engineering (CSSE) de l'université Johns Hopkins). A la même date, le nombre de morts dépasse 1,25 million (ibid.).

Le 10 novembre, l'Europe a franchi le seuil des 300.000 décès quotidiens, soit près d'un quart des décès quotidiens mondiaux, alors qu'elle ne représente que 10% de la population mondiale (Reuters, COVID-19 Suivi global). Sur une moyenne de 7 jours, l'Europe représente un peu plus de 50% des infections mondiales et un peu moins de 50% des décès dûs au COVID-19 dans le monde (Reuters, COVID-19 Suivi global).

La "répartition géographique du nombre cumulé sur 14 jours des cas de COVID-19 signalés pour 100 000 habitants, dans le monde entier" pour le 10 novembre 2020, telle qu'elle est donnée par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies montre également que l'Europe, avec les États-Unis, sont les régions les plus touchées au monde.

Avant la pandémie, la France, membre du G7 ayant un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, se classait au 7e rang mondial en termes de PIB ("Base de données des Perspectives de l'économie mondiale, octobre 2020", Fonds monétaire international).

La France est également dans le top des classements en ce qui concerne les conséquences de la pandémie sur le pays.

En novembre 2020, la France doit faire face à des chiffres records. Le 10 novembre, elle a le deuxième taux quotidien d'infection le plus élevé au monde, après les États-Unis (moyenne de 7 jours - Reuters). Elle a également le troisième nombre quotidien de décès le plus élevé au monde, après les États-Unis et l'Inde, malgré une population beaucoup plus faible.

Toutefois, par rapport à sa population, la France se situe dans la moyenne des pays tant en termes de contamination que de mortalité, comme le montre le graphique comparatif de Reuters.

Compte tenu de la place de la France dans le monde en termes de puissance et d'influence politique, géopolitique et économique, comment de tels chiffres sont-ils possibles? A quoi faut-il nous attendre dans les mois à venir ?

Parmi les facteurs essentiels pour évaluer les multiples impacts de la pandémie à l'avenir et ainsi réduire l'incertitude, on peut citer les pertes en termes de décès, la capacité du système de soins à résister à l'assaut, ainsi que la souffrance et les impacts à long terme des personnes ayant contracté la maladie. Ainsi, cette évaluation du futur proche pour la France se concentre sur les victimes et la pression sur le système hospitalier. Elle s'appuie sur les statistiques officielles.

Nous présentons d'abord brièvement la situation de la pandémie en France et expliquons comment nous avons construit les prévisions statistiques.

Nous nous concentrons ensuite sur trois scénarios. Dans le premier scénario, la pandémie est contrôlée et la contagion est progressivement réduite. Le deuxième scénario considère que les mesures sont moins efficaces que prévu et que la contagion stagne à un niveau relativement élevé. Enfin, un dernier scénario envisage une situation où la contagion n'augmente que de 2% par jour. Nous avons ajouté ce scénario pour souligner ce qui pourrait se passer si les choses n'allaient que légèrement mal.

Dans une dernière partie, nous présentons trois autres points et réflexions qui sont ressortis de ce travail et qui méritent d'être soulignés. Nous signalons, premièrement, des divergences dans les séries statistiques et les impacts que ces différences pourraient avoir. Nous soulignons ensuite deux points qui méritent d'être approfondis et qui peuvent conduire à des débats éthiques ainsi qu'à des tensions futures. Tout d'abord, il semblerait possible que les patients hospitalisés soient de plus en plus triés avant de pouvoir accéder à la réanimation, sans que la population ne soit pleinement consciente de ce phénomène. Enfin, il faudrait peut-être débattre du sort des personnes âgées dans leurs derniers jours, alors qu'elles subissent les souffrances générées par la COVID-19.

La France fait face à la deuxième vague de COVID-19

Du déni à la mobilisation ou à l'explosion ?

Comme nous l'avons vu avec les chiffres comparatifs ci-dessus, la France est loin de maîtriser la pandémie et encore plus loin d'être exemplaire dans sa gestion du COVID-19. Comme tant d'autres pays, elle se débrouille.

Pourtant, en France, les efforts abondent pour minimiser la gravité de la pandémie, pour nier toute gravité à la maladie, ainsi que pour refuser les mesures tentant de contrôler le COVID-19, parfois violemment (par exemple France 3 Auvergne Rhône-Alpes, “C'est ça la réalité, si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici" : le coup de gueule d'Olivier Véran à l'Assemblée", le 4 novembre 2020 ; "Nicolas Bedos remonté contre Olivier Véran : "J'ai envie de le buter“, Femmes Actuelles8 novembre 2020).

L'économie continue d'être opposée à la sécurité sanitaire, alors que les deux doivent aller de pair (par exemple franceinfo, “André Comte-Sponville : "Par souci de justice, on ne peut pas sacrifier toute l'économie pour des raisons sanitaires", 10 novembre 2020 ; Valentin Deleforterie et AFP, "Reconfinement : qui plaide pour la mesure et qui s'y oppose ?“, RTL28 octobre 2020).

Compte tenu de l'accélération de la deuxième vague, le président français Emmanuel Macron et son gouvernement ont joué leur rôle d'autorités politiques avec comme mission première la sécurité des gouvernants. Ils ont imposé un second lock-out le 30 octobre 2020, toutefois plus doux que le précédent (le président français Emmanuel Macron, Adresse aux Français28 octobre 2020).

Près de deux semaines après le début de la fermeture, les décideurs politiques français, ainsi que les médias, semblent enfin commencer à essayer de trouver un juste milieu entre être trop rassurant et être trop effrayant (par exemple Franceinfo, “Covid-19 : "Le pic de l'épidémie est devant nous", prévient Jérôme Salomon", 9 novembre 2020 ; Le Figaro avec AFP, “Covid-19 en France : il y a un "frémissement" dans les chiffres", 8 novembre 2020 ; FranceInter, “Olivier Véran constate un "ralentissement de la progression de l'épidémie", bilan en fin de semaine, 8 novembre 2020). Trop rassurer les gens favoriserait des comportements imprudents et dangereux. Trop effrayer les gens créerait le désespoir et engendrerait ainsi le défaitisme collectif et la dépression.

En effet, comme nous l'avons expliqué fin mars, les autorités politiques doivent pleinement assurer la sécurité, qu'elle soit sanitaire, économique, ou liée aux désordres civils, aux attentats terroristes et aux risques de politique étrangère (Hélène Lavoix, Traitements et scénarios antiviraux COVID-19, The Red Team Analysis Society30 mars 2020). Ce n'est pas un choix. Une situation de choix n'est pas une option. On ne peut pas demander aux gens de choisir entre l'un ou l'autre type de sécurité. L'incapacité à agir sur tous les fronts ne fera qu'affaiblir la légitimité des autorités politiques et rendra la sécurité encore plus difficile à assurer. Il est donc crucial de trouver la bonne manière de mobiliser les gens en ces temps difficiles.

Pour être en mesure de tenir ses promesses et de se mobiliser, il est essentiel de savoir ce qui nous attend. Cela vaut en fait pour tous les acteurs, car chacun doit également élaborer sa propre réponse à la pandémie, tout en évaluant les décisions et les actions prises par les autorités politiques. C'est là, dans cet espace, que se développe la mobilisation.

Ainsi, voit-on vraiment les premiers signes d'amélioration en France ? Le verrouillage prendra-t-il vraiment fin avant Noël ? Quelles décisions le gouvernement français devrait-il prendre pour la période des fêtes de fin d'année ? Vont-elles conduire à une amélioration de la situation et donc renforcer la légitimité ou, au contraire, contribuer à dégrader à la fois les perspectives générales de sécurité et la légitimité ?

Tendances statistiques et prévisions

En utilisant les statistiques officielles quotidiennes fournies par l'autorité sanitaire française (Prime Minsitre bureau et les données révisées au fil du temps de Santé publique France et son observatoire GEODES), nous avons construit un modèle simple qui nous permet de suivre les données dans le temps et de prévoir les tendances à venir.

Il ne s'agit pas d'un modèle épidémiologique prenant en compte tous les facteurs. Nous avons seulement cherché à nous concentrer sur les cas les plus graves de la maladie et sur les décès, ainsi que sur l'impact sur le système de soins français, tout en préparant le terrain pour examiner l'impact possible de ce que l'on appelle maintenant le syndrome de Long Covid.

Nous avons construit notre modèle à partir des cas COVID19 positifs, auxquels nous appliquons d'abord un taux pour différencier les cas asymptomatiques des cas symptomatiques. Ensuite, nous appliquons le délai d'incubation que nous avons identifié dans la littérature scientifique dans un article précédent (voir Dynamiques de contagion et seconde vague de COVID-19). Cela nous donne le nombre quotidien de cas symptomatiques. Ensuite, nous appliquons des taux que nous calculons à partir des séries historiques communiquées par GEODES. Nous obtenons d'abord les cas graves de COVID-19, c'est-à-dire ceux qui nécessitent une hospitalisation, ce qui nous donne le nombre quotidien d'hospitalisations. En utilisant le même système, nous calculons le nombre quotidien d'unités de soins intensifs (USI), ainsi que les décès quotidiens. En ce qui concerne les décès en dehors du système hospitalier, c'est-à-dire dans les maisons de retraite (EHPAD et EMS), nous nous appuyons entièrement sur les statistiques du Bureau du Premier ministre et nous ne faisons que projeter les taux de mortalité réels dans le futur.

Ce modèle de prévision nous permet de saisir les grandes tendances. Nous l'avons utilisé pour créer trois scénarios.

Trois scénarios pour la France, la deuxième vague COVID19 et Noël 2020

Le vrai sens de Noël - Scénario 1

Le premier scénario, le plus favorable, serait un monde où un nouvel esprit s'installerait dans la population et où la lutte contre le COVID-19 deviendrait un objectif commun. En attendant, on recherche activement l'innovation en tenant compte de tous les aspects de la sécurité. Dans ce cas, pendant un mois, nous aurions une diminution quotidienne de la contagion de 5%. En voyant les résultats positifs de leurs efforts, la population se sentirait justifiée de faire encore plus d'efforts pour réduire davantage la contagion. En conséquence, le mois suivant, nous aurions une diminution quotidienne de 10% du nombre de cas positifs.

Les résultats de ce scénario sont présentés dans les trois tableaux suivants.

La masse de personnes infectées et devenant ensuite symptomatiques serait encore très importante.

Le pic de la deuxième vague, en termes quotidiens, serait atteint entre le 13 et le 19 novembre. Notez que le pic du 13 novembre provient d'un taux de contagion très élevé le 7 novembre (plus de 86.000 cas), mais est incertain. En effet, nous ne savons pas si ce taux résulte de problèmes de flux de données ou s'il reflète la réalité.

En termes cumulés, les hospitalisations culmineraient vers le 19 novembre à environ 38 500 lits et les unités de soins intensifs vers le 21 novembre à 5 846. Le nombre total de décès cumulés attendus atteindrait 64 734 le 29 décembre 2020.

Le système hospitalier français serait ainsi, d'une manière générale, en mesure de faire face. Néanmoins, ces estimations nationales cachent des situations très différentes selon les régions, ce qui peut avoir un impact négatif sur la situation globale, comme le montre le graphique animé ci-dessous de BFMTV.

Dans ce premier scénario, et en supposant qu'il n'y ait pas d'aggravation de la situation dans les hôpitaux, ni d'augmentation de la gravité de la maladie, il semble possible d'assouplir légèrement le verrouillage avant Noël. Cependant, la population française devrait continuer à être extrêmement prudente. En effet, elle ne doit pas risquer de voir à nouveau une aggravation de la situation. Compte tenu des caractéristiques de notre scénario en termes de nouvelle compréhension collective de la pandémie et des comportements associés, cela ne devrait pas poser de problème.

Les hôpitaux devront néanmoins faire face à une charge relativement lourde.

De nombreuses familles seront en deuil à Noël. En attendant, il convient d'évaluer les perspectives d'une longue maladie de la vache folle. Cependant, la prise de conscience d'avoir une fois de plus surmonté une vague de pandémie, d'avoir réussi en tant qu'organisme collectif crée les conditions propices à la mobilisation. La société française peut donc désormais travailler avec audace pour innover véritablement pour vivre avec la COVID-19, avec d'autres pandémies et même avec les impacts du changement climatique.

Une lutte morne et sans fin - Scénario 2

Le second scénario considère que le verrouillage n'est que partiellement efficace compte tenu de l'ampleur du déni et de l'opposition dans le pays. En d'autres termes, si une grande majorité de personnes respecte le verrouillage et les différentes mesures sanitaires, trop de personnes ne le font pas. Cette minorité détruit donc les efforts de la majorité.

Pour illustrer ces comportements, nous avons estimé le niveau d'infections continues comme étant égal au nombre moyen de cas positifs entre le 28 octobre et le 10 novembre 2020. Comme nous sommes dans le cas d'une pandémie où la croissance naturelle de la contagion - c'est-à-dire sans aucune mesure - est exponentielle, ce scénario montre tout de même une certaine réussite ainsi que les efforts de la population.

Ces efforts ne sont malheureusement pas suffisants, comme le montrent les trois graphiques ci-dessous.

La masse de personnes infectées et devenant ensuite symptomatiques serait très importante et se stabiliserait à un niveau élevé.

Ici, nous n'avons pas de pic pour la deuxième vague même si les oscillations des hospitalisations, des soins intensifs et des décès sont réduites au fil du temps autour de lignes continues à des niveaux élevés. Chaque jour, tant que la contagion se poursuit, nous devons nous attendre à ces niveaux élevés d'hospitalisations, d'unités de soins intensifs et de décès.

En termes cumulés, en tenant compte des sorties, les hospitalisations se stabiliseraient autour d'environ 35 000 à 36 000 lits, utilisés en permanence pour les patients COVID-19. Entre 5.000 et 5.200 lits d'USI seraient utilisés en permanence pour les patients COVID-19.

Le système serait étiré au maximum mais aucune explosion n'aurait lieu pendant la période considérée. Néanmoins, le nombre total de décès cumulé prévu augmenterait et atteindrait 72 368 le 29 décembre 2020. Ce qu'il importe de comprendre ici, par rapport au scénario précédent, c'est que les décès ne s'arrêteraient pas mais continueraient à augmenter avec le temps, pour atteindre environ plus de 80 000 décès à la mi-janvier.

Dans ce cas, le verrouillage ne pouvait pas être assoupli avant Noël. Il ne pouvait pas non plus être assoupli après Noël. En effet, la forte pression constante sur les hôpitaux, en termes d'unités de soins intensifs, rendrait très dangereux tout assouplissement supplémentaire de quelque mesure que ce soit.

Ce scénario n'est peut-être pas improbable. Il s'agit également d'un scénario très dangereux.

En effet, tant une grande partie de la population que le personnel médical devraient consentir un effort long et soutenu, sans fin en vue. En attendant, la seule récompense serait des décès et encore plus de décès. Davantage de familles seraient endeuillées avec le temps, tandis que de plus en plus de personnes connaîtraient et seraient entourées de personnes en deuil.

Il est fort probable que la tension, le chagrin et la déception qui en résulteraient rendraient également de plus en plus impossible de maintenir le type d'efforts demandés. Au bout d'un certain temps, il est probable que les gens renonceront à faire des efforts, ou deviendront violents contre ceux qui n'en font pas. Le personnel médical deviendrait de plus en plus incapable de faire face à la situation. En conséquence, la contagion se répandrait à nouveau tandis que le système de soins commencerait à montrer des signes d'effondrement. Nous glisserions vers une situation ressemblant de plus en plus au troisième scénario.

Le soja vert* - Scénario 3

Ce scénario envisage une situation où la contagion n'augmente que de 2% par jour. Là, ceux qui s'opposent aux mesures contre le COVID-19 - quelle que soit leur raison - ont commencé à prendre le dessus. Les autorités politiques sont soit trop faibles pour s'opposer à la désobéissance rampante, soit décident finalement de suivre les lobbies intéressés à court terme avec une politique de laissez-faire. Les mesures de protection sont toujours appliquées, mais de moins en moins rigoureusement. En conséquence, la contagion augmente lentement par ce que l'on pense être au départ quelque chose d'insignifiant, 2% par jour.

Cependant, avec le temps, 2% par jour conduit à un niveau quotidien élevé de nouveaux cas positifs.

La masse de personnes infectées et devenant ensuite symptomatiques serait très importante et continuerait à augmenter.

Là encore, il est évident que nous n'avons pas de pic pour la deuxième vague. La vague se gonfle et s'allonge, devenant une marée sans fin. Les hospitalisations quotidiennes augmentent en conséquence, tout comme le nombre d'unités de soins intensifs et de décès, tant que les gens refusent de considérer la pandémie et la nécessité de mesures de protection continues.

En termes cumulés, les hospitalisations ne se stabilisent jamais, mais grimpent de plus en plus haut. Fin décembre, environ 70.000 lits sont utilisés pour les patients COVID-19, ce qui représente 18% de l'ensemble des lits d'hôpitaux en France (OCDE (2020)), Lits d'hôpitaux (indicateur). doi : 10.1787/0191328-fr - consulté le 11 novembre 2020). Et les chiffres ne cessent d'augmenter.

Plus de 8.400 unités de soins intensifs sont occupées par des patients COVID-19. Les hôpitaux luttent et tentent désespérément de trouver de nouveaux lits, alors que d'autres pathologies ne peuvent plus être prises en charge. Tout le monde sait qu'il ne reste plus que quelques semaines avant l'effondrement de l'ensemble du système. Des mesures sévères et draconiennes doivent être prises, mais, même dans ce cas, les dégâts seront terribles et le système de soins risque de ne pas survivre.

Le nombre total cumulé de décès pour le COVID-19 devrait atteindre 78 724 le 29 décembre 2020. Cependant, cela ne dit qu'une partie de l'histoire car les décès dus à toutes les autres pathologies doivent maintenant être ajoutés au compte. Ce qu'il importe de comprendre ici, par rapport aux deux scénarios précédents, c'est que, dans un premier temps, les décès liés à la COVID-19 ne s'arrêteraient pas mais continueraient à augmenter avec le temps, tandis que, dans un deuxième temps, les pathologies qui avaient été soignées jusqu'à présent redeviendraient mortelles, ce qui augmenterait le nombre total de décès.

Dans ce cas, en raison du choix fait par les gens et les groupes d'élite, Noël ne serait probablement pas passé sous clé. Il serait cependant tout sauf une célébration de l'espoir, de la joie et de l'amour.

Espérons que ce scénario est peu probable. Il est néanmoins utile en tant que scénario pour rappeler aux gens pourquoi le verrouillage et d'autres mesures contre le COVID-19 sont nécessaires et doivent être adoptés.

Autres réflexions et questions

Mises à jour statistiques et écarts sur le nombre de cas positifs COVID19

En travaillant sur les statistiques, nous avons constaté un écart entre les chiffres donnés quotidiennement par les fonctionnaires français, dont le Prime Minsitre bureau et les données révisées au fil du temps par Santé publique France et Géodes.

C'est notamment le cas le dimanche, où les chiffres donnés par les géodes sont généralement beaucoup plus petits que ceux donnés par le bureau du Premier ministre. Nous avons conservé les données des géodes par souci de logique, car nous ne savons pas comment ni pourquoi les données sont modifiées d'un bureau à l'autre.

Plus intéressant encore en termes de politiques de pilotage, nous avons remarqué que Geodes révise ses données pour les cas positifs de COVID19 avec le temps, probablement au fur et à mesure qu'elle obtient les résultats des tests. Les données sont mises à jour parfois sur plus d'un mois.

Si les changements sont minimes, comme par exemple l'ajout de dix cas positifs supplémentaires un jour donné, cela n'a pas vraiment d'importance en termes de politique.

Cependant, si les changements sont importants, l'écart peut créer des problèmes tout aussi importants.

Nous avons découvert un exemple de ce type. Le 26 octobre 2020, 66.866 cas COVID positifs ont été signalés par les géodes, ce qui montre une forte augmentation (+23.28%) par rapport à la semaine précédente, où le nombre de cas le plus élevé était de 54.238 (le 23 octobre). Après des mises à jour régulières, ces 66.866 cas sont devenus, le 9 novembre 2020, 68.453 cas.

Pourtant, sur le site du PM, le nombre de cas positifs donnés pour le 26 octobre 2020 est de 26.771.

La différence entre 66.866 et 26.771 cas est immense. Un tel écart entre les chiffres rend très difficile pour les acteurs extérieurs de piloter leurs propres politiques.

Si jamais de telles divergences sont également intégrées dans les données fournies au plus haut niveau du gouvernement français, les politiques peuvent alors devenir inadéquates.

Espérons qu'il ne s'agit que d'un problème de communication des données, mais il crée des doutes, qui sont inutiles en ces temps difficiles.

Les patients COVID19 meurent lorsqu'ils ne sont pas dans les unités de soins intensifs

Au fur et à mesure que nous établissions nos prévisions, en tenant compte de ce que les articles scientifiques, l'OMS et les médecins décrivaient sur l'évolution de la maladie, nous nous attendions à ce que le nombre quotidien de décès à l'hôpital soit plus ou moins corrélé avec le nombre de patients devant être réanimés. Nous nous attendions également à ce que le nombre de décès soit inférieur au nombre de patients dans les unités de soins intensifs. Nous savions, compte tenu des variations en termes de durée des soins intensifs, que la corrélation serait très probablement imparfaite.

Cependant, en tenant compte d'un décalage de 8 jours entre le nombre de patients par jour dans les USI et le nombre de décès par jour, nous avons constaté que les taux de décès par rapport au nombre de patients par jour dans les USI étaient beaucoup plus élevés que prévu et aussi relativement irréguliers.

Par conséquent, pour les besoins d'une première observation statistique brute, nous avons tenté de supprimer les décalages entre les différents événements cliniques pour lesquels nous disposions de statistiques. Cela nous a permis de voir pour un temps hypothétique le nombre d'infections, les hospitalisations, les réanimations et les décès correspondants. Nous obtenons le graphique suivant :

Ce que nous constatons, c'est qu'avec le temps, à mesure que de plus en plus de patients entrent dans les unités de soins intensifs, vers le début du mois d'octobre, la courbe des décès commence à correspondre de plus en plus à celle des unités de soins intensifs.

Cela signifierait que tous les patients entrant en réanimation meurent. Comme ce n'est pas censé être le cas, une explication que nous voyons à ce phénomène est que les patients meurent car ils ne sont pas dans les unités de soins intensifs.

Cela signifie que les patients ne sont pas transférés à temps dans les unités de soins intensifs ou qu'ils sont triés pour avoir accès à la réanimation. Comme le système hospitalier français n'est, dans l'ensemble, pas censé s'être effondré, l'explication probable est que les patients sont triés.

Pourtant, malgré les considérations éthiques en jeu, il n'y a pas de débat connexe dans la société française. Pourtant, le phénomène a été encore plus prononcé pour la première vague.

Les retraités meurent dans les maisons de retraite

Comme pour le point précédent, il s'agit d'une préoccupation éthique que nous nous sentons obligés de souligner.

Dans tous les pays, le décès de pensionnés dans les maisons de retraite à cause de la COVID-19 est un problème.

Cependant, en examinant les statistiques, les délais, l'évolution de la maladie et les souffrances qu'elle entraîne, on ne peut que s'interroger sur la manière dont les souffrances physiques des retraités sont allégées dans les maisons de retraite, alors que ces établissements n'ont pas été conçus pour traiter des cas qui, dans les hôpitaux, exigent un traitement lourd.

La France, comme la plupart des pays occidentaux, défend les droits de l'homme comme des valeurs constitutives. Certes, s'interroger et agir avec justice sur les souffrances de ses aînés confrontés à une maladie grave fait partie des droits de l'homme.

Dans l'un des premiers articles que nous avons écrits sur le COVID-19, nous avons souligné qu'une pandémie ne concernait pas seulement un virus, mais aussi les personnes et la façon dont elles agissent et réagissent à la pandémie (Hélène Lavoix, "L'épidémie de coronavirus COVID-19 ne concerne pas seulement un nouveau virus“, The Red Team Analysis Society12 février 2020). Ce qui ressort de plus en plus, c'est qu'une pandémie nous oblige également à faire face à ce que nous sommes et à ce que nous voulons être en tant qu'individus et, collectivement, en tant que société. Ce n'est que si nous sommes fiers de nous-mêmes et de la justesse de nos actions et de nos choix que nous pourrons trouver la force de vivre avec la COVID-19.


*Le soja vert est un film américain dystopique de 1973 réalisé par Richard Fleischer, produit par Walter Seltzer et Russell Thacher, avec Charlton Heston et Leigh Taylor-Young et distribué par Metro-Goldwyn-Mayer.


Publié par Dr Helene Lavoix (MSc PhD Lond)

Dr Hélène Lavoix, PhD Lond (relations internationales), est le président/CEO de la Red Team Analysis Society. Elle est spécialisée en prospective et alerte précoce stratégiques (S&W) pour les questions de sécurité nationale et internationale. Elle se concentre actuellement sur la montée en puissance de la Chine, la pandémie de COVID-19, la méthodologie du SF&W, la radicalisation, les environnements extrêmes ainsi que sur les problématiques des nouvelles technologies (IA, QIS, monde virtuel) du point de vue de la sécurité internationale.

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2 commentaires

  1. C'est une couverture étonnante de la pandémie et de la façon dont elle se propage en Europe et bien sûr en France. L'article envisage la pandémie dans une perspective plus large et à un horizon plus lointain. Il traite de la diplomatie en matière de pandémie. Je pense aussi que les pays et les nations qui gèrent, contrôlent et apaisent la pandémie, le plus rapidement et le plus obstinément, sont les pays qui survivent et restent en tête du classement pour le reste du siècle.
    Merci Dr Lavoix

    1. Merci Fereydoun pour votre lectorat constant, pour vos commentaires perspicaces et pour votre appréciation ! Je partage tout à fait votre évaluation pour l'avenir, d'autant plus que cette pandémie ne sera probablement pas la dernière à laquelle nous aurons à faire face.

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