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L'étrange mystère des réserves de lithium de la Bolivie

(Direction artistique et conception ; illustration
créés avec l'IA : Jean-Dominique Lavoix-Carli)

Pour examiner comment la géopolitique et les chaînes d’approvisionnement en minéraux stratégiques — en l’occurrence, le lithium — peuvent interagir et s’influencer mutuellement, la première chose à faire est de déterminer où se trouvent les gisements d’un minéral stratégique, quelle est la quantité estimée de ressources contenues dans ces gisements et, enfin, quelle partie de ces ressources peut être considérée comme des réserves. Il s’agit là du fondement même de l’analyse.

Or, si l'on souhaite obtenir l'évaluation la plus récente des ressources et réserves mondiales de lithium, en se basant sur les données fournies par la Commission européenne RMIS – Système d'information sur les matières premières, on apprend que le pays disposant des plus grandes réserves de lithium au monde serait la Bolivie, avec 39 millions de tonnes (chiffres de 2023 — dernières données disponibles).

Cela représenterait 57% des réserves mondiales selon le RMIS, soit 1,9 fois l'ensemble des réserves mondiales de 2023 selon le Service géologique des États-Unis (USGS), Synthèses sur les matières premières minérales, 2024, “ Lithium ” (pp. 110-111, données pour 2023), considéré au niveau international comme la “ référence absolue ” en la matière, et 1,05 fois l'ensemble des réserves mondiales de 2025, selon l'USGS 2026.

Nous sommes donc confrontés à un étrange mystère. Quelle est la quantité réelle de lithium que la Bolivie détient en réserves ? Ces réserves atteignent-elles véritablement 39 millions de tonnes, ou faut-il plutôt se fier à l’USGS ? Comment et pourquoi l’EC-RMIS arrive-t-il à un tel chiffre pour un minerai essentiel à l’UE, notamment utilisé dans les batteries au lithium indispensables aux véhicules électriques et à l’électrification ? Tous les acteurs impliqués dans la chaîne d’approvisionnement en lithium devraient-ils se précipiter en Bolivie ? Ou bien les réserves avancées par l’EC-RMIS sont-elles simplement une erreur ?

C'est ce que nous allons examiner dans cet article. Dans la première partie, nous expliquons pourquoi il est important, d'un point de vue géopolitique, de savoir quels acteurs produisent quelles connaissances et quel statut ces connaissances revêtent dans le monde. Ce faisant, nous présenterons l’USGS, principal acteur dans la production de connaissances sur les ressources et réserves minérales à l’échelle mondiale (et donc sur le lithium), ainsi que le RMIS (Raw Materials Information System) de la Commission européenne, aux côtés d’autres acteurs européens.

Dans cette deuxième partie, nous nous concentrons sur le mystère lui-même — à savoir les divergences entre les chiffres officiels fournis par la Commission européenne et ceux de l’USGS — et nous cherchons à expliquer d’où pourrait provenir cette différence. Ce faisant, nous mettons en évidence les aspects qu’il conviendrait de renforcer afin de garantir aux décideurs l’accès à de meilleures informations sur ce minéral essentiel.

Géopolitique du lithium à l'horizon 2040 : Huit scénarios pour la chaîne d'approvisionnement en amont

Art © Jean-Dominique Lavoix-Carli [2026] -
jdlavoixcarli.com

La plupart des rapports consacrés aux minéraux critiques reconnaissent l'importance de la géopolitique. Le présent rapport s'attache à en analyser les implications concrètes, à travers huit scénarios élaborés à partir d'un modèle causal comprenant 383 variables et 1 528 relations, en recourant à l'analyse structurelle (modèle de Godet, révisé à l'aide de mesures de centralité des réseaux). Pour en savoir plus:...

Sources officielles, production de connaissances et géopolitique

Pourquoi la source du savoir est-elle importante ?

En tant que politologues, nous ne nous transformons pas en géologues ni en spécialistes des ressources et des réserves. Nous nous appuyons sur des évaluations sérieuses fournies par des sources officielles et des experts reconnus.

Les réserves de lithium — ou de tout autre minéral ou ressource stratégique, d'ailleurs — dont dispose un pays constituent un élément clé de toute analyse politique et géopolitique relative à la chaîne d'approvisionnement en lithium.

Le niveau des réserves dont dispose notre pays, par rapport à celles des autres pays, dans un contexte de demande et de concurrence internationale pour cette ressource, revêt une importance cruciale pour un gouvernement, car il détermine sa stratégie en matière de lithium et de son exploitation, tant par le biais d'acteurs nationaux qu'internationaux.

Connaître les réserves existantes dans le monde, ainsi que l'état de notre influence et de nos relations diplomatiques avec chaque pays détenant ces réserves — par rapport à l'influence et aux relations d'autres pays également à la recherche de lithium — est essentiel pour tout État ayant besoin de lithium.

Ces calculs sont ensuite compliqués par la situation internationale, la géologie, la technologie, les capitaux nécessaires à l'exploitation minière et à l'extraction, les spécificités de la chaîne d'approvisionnement, etc. Pourtant, pour les responsables gouvernementaux et les stratèges, se faire une première idée de qui détient quoi constitue la base de leur réflexion.

Comme cette vision déterminera l'action des gouvernements en matière de lithium, les analystes des relations internationales, les stratèges d'entreprise et les sociétés impliquées dans la chaîne d'approvisionnement — de l'exploitation minière aux investissements en capital — doivent également la comprendre.

Cela signifie que nous devons comprendre qui s'exprime officiellement et qui définit les normes en matière de savoir.

L'architecture du concours sur les minéraux critiques : Cartographie des risques géopolitiques

Art © Jean-Dominique Lavoix-Carli [2026] -
jdlavoixcarli.com

Ce rapport de prospective stratégique, fondé sur un modèle de graphe causal comportant 161 variables, utilise des mesures de centralité pour mettre en évidence les leviers qui façonnent l'avenir de la chaîne d'approvisionnement et la manière dont le système peut évoluer sur le plan structurel. Pour en savoir plus:...

L'AIE, l'USGS et la construction du savoir normatif

En ce qui concerne le lithium, les deux premières sources officielles à consulter sont l’USGS pour les réserves et la production, et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour l’offre et la demande. Pour un autre minéral tel que l’uranium, par exemple, il faudrait également tenir compte de la “ référence mondiale reconnue en matière d’uranium ”, élaborée conjointement par l’ L'Agence pour l'énergie nucléaire (AEN) et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) — le “ Livre rouge ”.”

En ce qui concerne les réserves de minéraux critiques, l'AIE s'appuie sur les chiffres de l'USGS (voir par exemple, AIE, Perspectives mondiales sur les minéraux critiques à l'horizon 2025 p. 211), ainsi que pour ses perspectives régionales, aux côtés de l’USGS, de S&P Global (2025) et de la Commission européenne (2025), RMIS – Profils des matières premières (AIE, ibid., p. 259). Nous ne savons toutefois pas quelle source correspond à quelle information.

L'AIE, en tant que organisation internationale, représente un corpus de connaissances consensuel partagé par l'ordre international des États et détient ainsi un pouvoir normatif. Ce pouvoir normatif est à son tour conféré aux sources auxquelles il fait appel, puisque ce recours équivaut à une forme de validation internationale.

De ce fait, les connaissances de l'USGS deviennent la référence et la norme, acceptées et reconnues même par les agences internationales. Par ailleurs, l’USGS fait également partie de l’administration américaine. Ainsi, quelles que soient la qualité et la validité de ses travaux, lorsque l’USGS partage ses connaissances avec le monde entier, il s’agit de connaissances détenues par les États-Unis — qui restent, pour l’instant, la puissance la plus influente au monde.

Connaissance, souveraineté et intérêt national

Si nous nous en tenons aux niveaux international et national qui nous intéressent ici en premier lieu sur le plan géopolitique, les acteurs producteurs de connaissances devraient fonder celles-ci sur leurs propres capacités : leurs experts, leurs services géologiques, des entreprises réputées de leur propre nationalité et, idéalement, sans liens avec l’étranger. Si un pays souhaite être souverain et indépendant, il ne peut pas dépendre uniquement et exclusivement des connaissances produites par d’autres pays ou par des entités issues d’autres pays. L’absence de liens avec des territoires, des capitaux ou, plus largement, des intérêts étrangers est essentielle pour garantir que les connaissances produites — fondement de toute politique — ne soient pas entachées, même involontairement, par les intérêts nationaux d’autrui. Ces connaissances doivent rester indépendantes de toute influence extérieure.

Ainsi, lorsque l'on utilise les données de l'USGS, malgré la réputation de cet organisme, il faut garder à l'esprit leur origine. Bien sûr, une grande puissance comme les États-Unis se doit de produire des données aussi précises que possible, sous peine de perdre de son influence dans la production internationale de connaissances. Il est néanmoins toujours utile de garder à l'esprit d'où proviennent ces connaissances.

Par exemple, l'USGS se définit comme suit :

Créé par une loi du Congrès en 1879, l'USGS fournit des données scientifiques adaptées à un monde en mutation, qui reflètent les besoins en constante évolution de la société et y répondent. En tant que branche scientifique du ministère de l'Intérieur, l'USGS met à disposition un large éventail de données et d'expertise dans les domaines de la géologie, de l'hydrologie, de la biologie et de la cartographie afin d'étayer la prise de décision sur les questions liées à l'environnement, aux ressources et à la sécurité publique.

Elle fournit notamment les données sur lesquelles repose l’ensemble de la politique américaine en matière de ressources minérales — depuis la liste des minéraux stratégiques jusqu’à toutes les mesures américaines connexes, tant nationales qu’internationales, en passant par le commerce et la diplomatie, voire des initiatives potentiellement plus agressives telles que la vision de Trump concernant le Groenland, et peut-être un jour une invasion visant à s’assurer l’accès à ces ressources.1par exemple, Hélène Lavoix, “La menace américaine contre le Groenland : Quand aurions-nous dû commencer à la surveiller ?“, le Red Team Analysis Society, 21 janvier 2026. Si l'USGS venait un jour à se tromper, l'ensemble de la stratégie et de la politique des États-Unis s'en trouverait faussé et, en fin de compte, les États-Unis ne parviendraient pas à préserver leurs intérêts nationaux.

Ainsi, même si les autres États doivent, pour des raisons d'intérêt national et d'État, toujours garder à l'esprit l'origine des données communiquées par l'USGS, les obligations nationales et internationales qui incombent à cet organisme font que son processus de production de connaissances peut lui-même être considéré comme une référence, ou du moins comme un exemple utile.

Par exemple, à l'USGS Synthèses sur les matières premières minérales annexe, où tous les termes sont définis et les sources des données sont indiquées — par exemple dans la “ Partie B — Sources des données sur les réserves ” —, on trouve :

“ Les données nationales sur les réserves de la plupart des matières premières minérales figurant dans le présent rapport, y compris celles des États-Unis, proviennent de diverses sources. La source idéale de ces informations serait des évaluations exhaustives appliquant les mêmes critères aux gisements situés dans différentes zones géographiques et présentant les résultats par pays. En l’absence de telles évaluations, les estimations des réserves nationales établies par les pays pour certaines matières premières minérales constituent la principale source d’informations sur les réserves nationales. En l’absence d’informations issues d’évaluations nationales réalisées par les gouvernements, des sources telles que des articles universitaires, des rapports d’entreprises, des présentations de représentants d’entreprises et des articles de revues spécialisées, ou une combinaison de celles-ci, servent de base aux informations nationales sur les réserves présentées dans les sections consacrées aux matières premières minérales de la présente publication… ”

Synthèses sur les matières premières minérales 2024, annexe ,”, Partie B — Sources des données sur les réserves ”, p. 210.

Nous disposons désormais d'une vue d'ensemble de la production normative des connaissances sur les ressources et les réserves de minéraux critiques, ainsi que d'une vision idéale de ce à quoi cela pourrait, ou devrait, ressembler pour un État pris isolément.

La production fragmentée de connaissances au sein de l'UE concernant les minéraux critiques

En ce qui concerne l'Union européenne, une liste de Matières premières essentielles et l'un des Matériaux stratégiques ont été fixés par le 2024 Loi sur les matières premières critiques. Un réexamen de ces listes doit avoir lieu avant le 24 mai 2027, puis tous les trois ans par la suite. La Commission européenne RMIS – Système d'information sur les matières premières, dirigé et géré par le Centre commun de recherche (CCR), est chargé de ces listes et élabore notamment des profils des matières premières, des profils par pays et des fiches d'information.

Par ailleurs, on constate une autre initiative, ÉCRAN 3, coordonné par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), un consortium européen composé de “ 16 partenaires et 8 entités affiliées issues de 12 pays ”, financé par le programme de recherche et d’innovation “ Horizon Europe ” de l’Union européenne au titre de la convention de subvention n° 101138060, qui soutient l’examen et la validation des données relatives aux matières premières critiques. Il « se déroulera de janvier 2024 à décembre 2027, avec un budget de 2,99 millions d’euros ».2Appel à candidatures d'experts pour le 2e atelier de validation SCRREEN3.

À titre indicatif – bien qu’une comparaison directe soit impossible, car il faudrait prendre en compte la part du budget du CCR consacrée aux minéraux ainsi que, éventuellement, le budget de chaque organisme concerné dans chaque État membre – le président américain Trump a demandé $892,7 millions pour l’USGS pour l’exercice 2027, alors que le budget adopté pour cette agence en 2026 s’élevait à $1,420 milliard.3Le Service géologique des États-Unis (USGS) : demande de budget pour l'exercice 2027“, EveryCRSReport.com, 16 avril 2026.

SCRREEN participe – ou devrait participer – au Système d'information sur les matières premières (RMIS), comme expliqué lors d'une réunion du CCR en 2024 / Agence exécutive européenne pour la santé et le numérique (HaDEA) Technique Atelier “ Intégrer les connaissances issues des projets européens dans le Système d'information sur les matières premières (RMIS) ”, les 9 et 10 octobre 2024.

En effet, au plus haut niveau de la Page web de la fiche d'information RMIS consacrée au lithium, on trouve un lien permettant d'accéder à la Fiches d'information SCRREEN sur la criticité du lithium.

L'existence même de ce lien laisse supposer qu'il existe deux fiches d'information distinctes sur le lithium au sein de l'Union européenne. La manière dont les données de l'une alimentent l'autre, voire s'il y a un tel lien, n'est pas clairement précisée.

L'EC-RMIS pourrait être considéré comme un compilateur de données, mais pas comme un producteur de connaissances au même titre que l'USGS. À l'avenir, une partie de ce rôle pourrait incomber à l' Service géologique pour l'Europe (GSEU), ou une structure similaire — mais il ne s'agit là “ que ” de projets, “ financés par l'Union européenne ”, qui n'ont donc aucun caractère officiel.

On peut se demander si la multiplication des projets, des programmes, des réseaux et des consortiums regroupés sous l'égide de l“” Union européenne » favorise une utilisation optimale des ressources ou la mise en œuvre d'une stratégie optimale.

Penchons-nous maintenant sur notre première énigme : la déclaration officielle de la Commission européenne concernant les réserves de lithium de la Bolivie, et plus généralement les réserves mondiales de lithium, par rapport aux données de l'USGS.

Explication de l'écart entre les chiffres de l'EC-RMIS et ceux de l'USGS

Incohérences et données obsolètes

En ce qui concerne le lithium, selon Données publiques de l'USGS 2026, nous disposons des chiffres suivants, tels qu'ils apparaissent dans les graphiques ci-dessous :

Plus précisément, les ressources de la Bolivie s'élèvent à 23 millions de tonnes, et le pays ne dispose d'aucune réserve. On peut supposer que, lorsque l'USGS a recueilli ses données, la Bolivie n'exploitait encore aucune mine de lithium et ne disposait donc d'aucune réserve.

Maintenant, si l'on examine l'EC-RMIS Profil du lithium, le premier graphique présente les cinq premiers détenteurs de réserves de lithium au monde : la Bolivie (501 TP8T), l’Australie (121 TP8T), la Chine (101 TP8T), l’Argentine (81 TP8T) et les autres pays (201 TP8T). Les réserves de l’UE s’élèvent à 1,21 TP8T. Aucune année n’est indiquée pour ces données. Si l’on télécharge la section “ À propos des données – Tableau de bord ” et que l’on consulte le chapitre consacré au lithium, on peut lire : “ Année de référence : 2022… Dernière mise à jour du tableau de bord RMIS : novembre 2024. ” Comparons ces chiffres avec ceux de l’USGS pour 2025, issus des prévisions de 2026 :

Les chiffres sont radicalement différents, notamment pour la Bolivie. Les “ réserves ” du RMIS ne correspondent ni aux réserves de l’USGS ni à ses ressources. L’USGS précise que les ressources ont fait l’objet d’une révision considérable à l’échelle mondiale en 2025 ; une partie de cet écart pourrait donc provenir de cette révision, ainsi que de révisions antérieures. Par ailleurs, les premières données présentées par le RMIS datent de 2022 — elles sont donc difficilement comparables au « Critical Summary » de l’USGS de 2026, bien plus récent.

Cela suffit à démontrer que le cycle de révision triennal prévu dans le Loi européenne sur les matières premières critiques est bien trop long. Cela signifie, comme le montrent les graphiques, que les responsables politiques de l’UE et les autres décideurs qui s’appuient sur les données de l’UE travaillent à partir de chiffres obsolètes — ce qui pourrait avoir de graves conséquences lorsqu’il s’agit de matières premières critiques et stratégiques. Et si cet écart est déjà connu, que les données du RMIS sont écartées et que l’USGS est considéré comme la véritable référence, alors l’argent des contribuables européens est dépensé pour produire des données qui ne sont pas utilisées.

De son côté, SCRREEN 3 procède actuellement à une révision de ses fiches d'information sur les matières premières critiques, dont la dernière phase aura lieu au cours de l'été 2026.4Appel à candidatures d'experts pour le 2e atelier de validation SCRREEN3. Cependant, si l'on examine le version provisoire de la fiche d'information sur le lithium (SCRREEN/2025) indique que, pour les réserves et les ressources, il utilise Données de l'USGS publiées en 2025 – c'est-à-dire les chiffres de 2024. On peut y lire : “ Les ressources mondiales de lithium mesurées et indiquées ont atteint environ 115 millions de tonnes, selon les dernières données de l'USGS. ”5Ibid. Le plus récent USGS 2026 Le rapport précise en revanche : “ Grâce à la poursuite des travaux d'exploration, les ressources en lithium mesurées et indiquées ont considérablement augmenté à l'échelle mondiale et s'élèvent au total à environ 150 millions de tonnes. ”

Ainsi, malgré les efforts déployés, les connaissances nouvellement synthétisées sont déjà obsolètes avant même d'être publiées. À l'instar du tableau de bord EC-RMIS, cela met en évidence un problème grave pour les intérêts nationaux, la stratégie et l'élaboration des politiques.

Les réserves de la Bolivie sous la loupe : les données de 2023

Sous les premiers graphiques du tableau de bord RMIS, les réserves de lithium sont ventilées et représentées sous forme de bulles. Les réserves de la Bolivie apparaissent nettement supérieures à toutes les autres, comme le montre la première capture d'écran.

On y trouve enfin une date : 2023. Le téléchargement du fiche d'information spécifique à ce graphique, si l'on se réfère à la rubrique “ Lithium ”, l'année 2023 est en effet l'année de référence.

Il convient donc de comparer ces données de 2023 avec celles de l'USGS pour 2023, publiées dans le Rapport 2024:

Pour 2023, les écarts sont encore plus importants que ceux observés ci-dessus. En comparant les chiffres pays par pays, on obtient le résultat suivant :

Aucune tendance évidente ne se dégage : on ne constate ni surestimation ni sous-estimation systématique susceptible d'apporter une explication.

De son côté, SCRREEN3 utilise, dans ses différentes fiches d'information sur le lithium, les données de l'USGS concernant les ressources et les réserves. Le prochaine édition, d'après les données de l'USGS 2025, tout comme le Fiche d'information 2023 basée sur les données de l'USGS de 2022 (données de 2021), indique que la Bolivie dispose de 23 millions de tonnes de ressources et ne possède aucune réserve (tableaux 9 et 10).

Essayons d'analyser les données de l'EC-RMIS.

Que signifie le terme “ réserve ” dans le cadre de l'EC-RMIS ?

La définition exacte des ressources et des réserves est clairement codifiée dans le secteur minier, même si plusieurs systèmes coexistent. Les spécialistes qui travaillent avec ces différents systèmes connaissent leurs différences, précisent quel système ils utilisent et s'efforcent d'assurer la cohérence de leurs données d'un pays à l'autre.

Au niveau international, ce système est né des interactions entre trois cadres : le cadre américain Circulaire n° 831 de l'USGS, le Code australasien de communication des résultats d'exploration, des ressources minérales et des réserves de minerai (le JORC Code), et le Normes de définition du CIM relatives aux ressources minérales et aux réserves minérales (Les lecteurs intéressés trouveront des informations détaillées sur la contribution historique de chacun ici).

Le commun qui en résulte CRIRSCO Cette norme a désormais été adoptée par les représentants du secteur minier de nombreux pays, ce qui ne revient pas à dire qu’elle a été adoptée par les entités publiques de ces pays. Cette norme est définie comme suit :

Il convient de noter que le passage du statut de “ ressources ” à celui de « réserves » nécessite que plusieurs critères soient remplis, ce qui exige une évaluation et l’expertise d’une « personne compétente ». Ces facteurs déterminants comprennent : l’exploitation minière et la métallurgie (dispose-t-on de la technologie nécessaire pour séparer le lithium du magnésium ?), les infrastructures (y a-t-il des routes, de l’eau et de l’électricité pour faire fonctionner l’usine ?), le droit et l’environnement (l’entreprise détient-elle les autorisations environnementales nécessaires ?) ainsi que la société et les pouvoirs publics (la communauté locale ou l’État souverain autorise-t-il l’extraction ?).

En ce qui concerne l'USGS, les définitions des ressources et des réserves sont toujours régies par Circulaire n° 831 de l'USGS, qui diffère de la norme CRIRSCO :

Les ressources sont classées en deux catégories, “ mesurées ” et “ indiquées ”, et regroupées sous le terme “ prouvées ”. Les réserves sont explicitement définies comme la partie de ces ressources « prouvées » qui est économiquement exploitable au moment de l'évaluation.

Malheureusement, la notion d“” exploitabilité économique “ (USGS) ne correspond pas exactement aux ” facteurs de modification » de la norme CRIRSCO.

En ce qui concerne l’EU-RMIS, les deux fiches d’information disponibles indiquent que “ l’estimation des réserves minérales fournie par (S&P, 2024) repose principalement sur les normes de reporting du CRIRSCO (dernière mise à jour en mai 2024) ”. Le terme “ principalement ” est préoccupant, car il suggère qu’aucun effort réel de normalisation n’a été entrepris, contrairement à l’approche de l’USGS. Cela pourrait constituer une première source de divergence.

Quoi qu'il en soit, l'EC-RMIS porte sur les réserves, et non sur les ressources. Compte tenu de la logique différente des deux systèmes — CRIRSCO et USGS —, il faut s'attendre à certains écarts entre les chiffres. Mais comme l'USGS reste la référence absolue en matière de ressources et de réserves, nous devons tout de même effectuer la comparaison par rapport à ce système.

À première vue, les facteurs de correction du CRIRSCO devraient être plus stricts que le critère de “ viabilité économique ” de l’USGS. On pourrait donc s’attendre à ce que tous les chiffres des réserves RMIS soient inférieurs à ceux de l’USGS — ce qui n’est pas le cas, comme le montre le tableau ci-dessous (nous avons également conservé les chiffres des ressources de l’USGS à titre de référence ; dans ce cas, les chiffres RMIS devraient toujours être inférieurs et apparaître donc en valeur négative dans le tableau ci-dessous) :

L'incohérence la plus frappante concerne les réserves de la Bolivie. Celles-ci s'élèvent à 39 millions de tonnes selon l'EC-RMIS, alors qu'elles sont totalement inexistantes selon l'USGS (la production n'a pas encore commencé, ou est peut-être sur le point de démarrer, avec la participation d'une entreprise chinoise et d'une entreprise russe).6Muflih Hidayat, “Développement du secteur du lithium en Bolivie : des réserves colossales face aux défis de la production”, Alerte de découverte (Mining News), 24 octobre 2025. Si l'on compare les réserves boliviennes de RMIS aux ressources boliviennes de l'USGS (23 millions de tonnes), le chiffre avancé par RMIS dépasse celui de l'USGS de 15 millions de tonnes — ce qui n'est pas négligeable.

Si l'écart est particulièrement frappant dans le cas de la Bolivie, des divergences très importantes apparaissent également dans la plupart des autres chiffres. Comme aucune d'entre elles n'est expliquée, il devient de fait impossible de se fier au système EC-RMIS pour les réserves de lithium.

Il semble probable que le RMIS n'ait pas harmonisé les données qu'il a recueillies d'un pays à l'autre, ni vérifié la plausibilité de ses résultats par rapport à ceux de l'USGS.

À qui appartiennent ces données ? Les sources derrière l'EC-RMIS

Le RMIS s'appuie entièrement sur S&P 2024 pour ses données, c'est-à-dire sur la plateforme Global Mining Intelligence de S&P Global. (Nous avons contacté S&P Global pour leur demander s'ils pouvaient nous aider à expliquer ces différences, mais nous n'avions pas reçu de réponse à la date de publication.)

C'est un choix surprenant. Premièrement, comment une entité quasi-étatique peut-elle s'en remettre entièrement à une entité de marché ? Les logiques et les intérêts en jeu ne sont pas les mêmes. Deuxièmement, comment une entité représentant des États souverains et indépendants peut-elle s'en remettre à une entreprise privée américaine, compte tenu des diverses tensions entre l'UE et les États-Unis — tensions qui sont antérieures à l'élection du président Trump ?.

L'USGS, en revanche, ne s'appuie pas exclusivement sur les données fournies par une entreprise privée, aussi réputée soit-elle, même si celle-ci est américaine.

Confier la production des connaissances d'État à une entreprise étrangère revient à renoncer à sa souveraineté et à son indépendance.

On aurait pu s'attendre à ce que l'UE compile et harmonise les données mondiales sur les minéraux critiques provenant de ses propres États membres — à supposer que de telles données existent.

Conclusion

Il est impossible de se fier aux données EC-RMIS de 2024 concernant les réserves de lithium, même s'il s'agit des statistiques officielles de la Commission.

La difficulté à comprendre l'écart par rapport aux chiffres de l'USGS jette malheureusement le discrédit sur l'ensemble de la fiche d'information, qui apparaît alors comme potentiellement peu fiable — même si d'autres chiffres qu'elle contient pourraient très bien être corrects (nous ne les avons pas vérifiés). Aucun décideur ou chercheur sensé ne consacrera le temps nécessaire à la comparaison et à la vérification de chaque chiffre de cette fiche d'information, à moins d'en avoir reçu la mission expresse.

Pire encore, le problème mis en évidence ici concernant les réserves de lithium pourrait également jeter le doute sur l'ensemble du projet RMIS pour d'autres minéraux critiques, si d'autres incohérences majeures et inexpliquées venaient à être révélées.

Sur le plan de l'influence, cela jette le discrédit sur la Commission européenne et sur l'Union européenne dans son ensemble.

De plus, en ce qui concerne le lithium, si les décideurs fondent leurs stratégies, leurs politiques et leurs actions sur des données issues de systèmes d'information de gestion des ressources (RMIS), les conséquences pourraient être graves.

D'autres initiatives et projets financés par l'UE s'appuient, pour les données mondiales, sur l'USGS. Bien que cela puisse être la seule option réaliste, elle n'en reste pas moins risquée, au cas où les États-Unis décideraient un jour de se retirer ou de modifier les publications de l'USGS.

Recommandations politiques

L'Union européenne devrait veiller à l'exactitude des données officielles qu'elle fournit et allouer de manière permanente des ressources suffisantes à cette tâche.

Toutes les institutions européennes et tous les États membres devraient, dans les plus brefs délais, prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la validité des connaissances officielles produites.

Compte tenu de leur caractère essentiel, les données relatives aux minéraux critiques devraient être révisées chaque année, et non tous les trois ans.

Il convient de s'efforcer de rétablir l'indépendance de l'Europe en matière de production de connaissances, car cela est essentiel pour mener une action efficace.

Le Parlement européen (PE) – ainsi que les commissions concernées – devrait veiller à ce que le budget de l'UE pour 2024 Loi sur les matières premières critiques est mis à jour en conséquence.

Notes

Au-delà de la géopolitique : Comprendre les pressions critiques qui remodèlent notre monde.

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(Direction artistique et conception : Jean-Dominique Lavoix-Carli)

Publié à l'origine le 9 octobre 2023, sous le titre “Comment créer de nouvelles civilisations (1) ? Défis et pressions. Révisé et mis à jour significativement pour notre série Featured Insight.
Temps de lecture : 13 à 19 minutes

Les premières décennies du XXIe siècle placent les sociétés humaines devant de nombreux défis. Il semble parfois que nos civilisations mêmes soient en jeu. Pouvons-nous créer de nouvelles civilisations mieux adaptées ? Quelles sont les alternatives ? Que pouvons-nous apprendre des ouvrages qui ont examiné l'histoire des civilisations ?

Entre les deux guerres mondiales du XXe siècle, l'historien britannique Arnold Toynbee a écrit une magistrale histoire des civilisations en 12 volumes, publiés en 1934 et 1939 pour les 6 premiers volumes, puis entre 1954 et 1961 pour les derniers : Arnold Toynbee, A Study of History, Oxford University Press, 1934 [tomes 1-3], 1939 [tomes 4-6], 1954 [tomes 7-10], 1959 [tome 11], 1961 [tome 12]). En 1946, D. C. Somervell, également historien britannique, a publié une version abrégée des 6 premiers volumes (la seconde partie a été publiée en 1957). C'est cet ouvrage que nous utiliserons ici : D. C. Somervell, A Study of History: Abridgement of Vols I-VI, with a preface by Toynbee, Oxford University Press 1946.

L'œuvre de Toynbee a été acclamée lors de sa publication, puis est tombée dans un quasi oubli, alors qu'elle était aussi critiquée. Les étudiants et les chercheurs en parlent, mais peu l'ont lu, ne serait-ce que dans sa version abrégée. Et pourtant. 

Dans cette série d'articles, nous présentons l'argumentation de Toynbee sur la vie et la destinée des civilisations, allant de la pétrification à la genèse ou à la disparition, de la genèse à la croissance ou à l'effondrement, de l'effondrement à la pétrification ou à la désintégration, et enfin revenant à la genèse ou à la disparition. Nous mettons en évidence des exemples et des cas correspondant à notre monde du XXIe siècle et soulignons les leçons que nous pourrions tirer de Toynbee. 

Après avoir expliqué brièvement comment une nouvelle civilisation émerge, ce premier article se concentre sur l'une des deux séries de facteurs nécessaires à la genèse d'une civilisation : les défis.

Un bref aperçu de la genèse

Pour Toynbee, la meilleure unité d'analyse pour comprendre l'histoire est la "société", entendue comme un tout. Ce n'est ni la nation, ni l'État, ni l'État-nation. À titre d'exemple, Toynbee cite, entre autres, la société hellénique, les "sociétés chrétiennes orthodoxes, islamiques, hindoues et extrême-orientales", etc. (p. 567).

Selon lui, les "sociétés civilisées" ou civilisations naissent de "sociétés primitives" devenues statiques. Ces "civilisations supérieures" sont moins nombreuses mais généralement beaucoup plus grandes que leurs primitives ancêtres. Ensuite, certaines de ces "sociétés civilisées" sont devenues statiques à leur tour et ont évolué - ou non - vers des sociétés ou des civilisations plus récentes. Par exemple, la société chrétienne orthodoxe et la société chrétienne occidentale ont évolué à partir de la société gréco-romaine ou hellénique (ce qui n'exclut évidemment pas d'autres types d'apports). Autre exemple, la société hindoue a évolué à partir d'une société indo-européenne (pp. 35-36, 12-15, 20-21 ; pp. 567-568).

Toynbee affirme donc, qu'au cours de leur vie, les civilisations ont tendance à se pétrifier, à devenir statiques. Ensuite, pressions et défis peuvent fournir à la société statique un stimulus qui lui permet de surmonter la pétrification et de devenir dynamique à nouveau. Dans ce cas, nous assistons à la création d'une nouvelle civilisation, une genèse. Ce processus n'est cependant pas une fatalité. La civilisation initiale peut ne pas répondre correctement au défi auquel elle fait face et succomber (pp. 48-163).

Comme le souligne l'historien, le passage de la pétrification au dynamisme dépend de deux facteurs, ou plutôt d'un facteur et d'un processus (Ibid.).

Tout d'abord, un défi, qui crée une pression, doit être surmonté. L'existence de ce défi et sa force détermineront le résultat : la genèse d'une nouvelle civilisation ou la disparition de la civilisation pétrifiée (Ibid.).

Deuxième (article suivant), ce qui importe c'est le processus de réponse au défi. Son succès ou son échec dans l'obtention de la bonne réponse conduira à différents résultats.

Les défis et leur force

Le "juste milieu"

Tout d'abord, Toynbee souligne que défis et pressions ne doivent être ni trop faibles ni trop sévères, mais avoir une intensité moyenne qu'il appelle le "juste milieu" (pp. 140-163).

Par exemple, en laissant de côté pour l'instant une discussion approfondie sur l'état de notre civilisation, ou de nos civilisations, si l'on pense à l'immense défi que représente aujourd'hui le changement climatique, on peut imaginer que les impacts initiaux provoqués par les premiers 0,5°C d'augmentation de la température par rapport à la moyenne préindustrielle n'ont pas été suffisants pour constituer une pression de stimulation conduisant au changement.

Malheureusement, les effets, cumulés dans le temps, d'un certain niveau d'augmentation de la température - lequel reste à déterminer - pourraient également s'avérer trop importants.

Entre les deux, nous pouvons espérer qu'une augmentation de température du "juste milieu" sera atteinte, ce qui génèrera le stimulus idéal.

Quel "juste milieu" ?

L'une des difficultés réside dans l'évaluation de la force de la pression, lorsque l'on se projette dans l'avenir. Dans notre exemple, quel niveau d'augmentation de la température constituerait une pression trop forte et quel niveau serait le "juste milieu" ? 

Il semblerait logique que la force de la pression varie en fonction des réalisations antérieures d'une civilisation. Ce qui a pu être un défi parfait pour une civilisation ancienne peut ne plus l'être du tout pour les civilisations actuelles.

Par exemple, le fait d'être confronté à un climat tempéré avec quatre saisons oblige les habitants, entre autre, à anticiper et à planifier, à développer des installations de stockage pour pouvoir survivre pendant les mois d'hiver et le début du printemps. Cependant, pour les civilisations du début du 21e siècle, un climat tempéré ne constitue plus un défi avec un stimulus fort associé. Cela restera vrai tant que nous pourrons bénéficier des milliers d'années de réalisations dans tous les domaines qui nous ont permis de surmonter la pression découlant d'un climat tempéré. Néanmoins, nous ne devons ni écarter ni oublier le défi initial. En effet, les civilisations actuelles pourraient, en raison d'autres défis et processus, internes et externes, finir par perdre leurs acquis. Dans ce cas, le défi initial qui n'opérait plus redeviendrait d'actualité.

Ce qui a failli se produire en Europe au cours de l'hiver 2022-2023 pourrait constituer un exemple pour ce cas. Face à la montée en flèche des prix de l'électricité due à la guerre en Ukraine, la manière évidente et habituelle de gérer à la fois l'hiver et la production de biens est soudain devenue loin d'être évidente et a conduit à une série de défis oubliés depuis longtemps. De même, la guerre israélo-américaine contre l'Iran et le choc énergétique qui en découle peuvent entraîner le retour d'anciens défis.

Ce qui pourrait se passer avec les impacts du changement climatique, par exemple en termes d'événements météorologiques extrêmes, remettrait également en question la façon dont nous avons appris à gérer le climat tempéré grâce à des millénaires d'expérience. Tout d'abord, l'ancien climat tempéré pourrait avoir disparu, ce qui remettrait en question la pertinence de l'expérience et des acquis. Deuxièmement, l'habitude de "compter" sur une disponibilité permanente des biens de consommation dans les magasins et les supermarchés peut devenir obsolète si les chaînes d'approvisionnement s'effondrent, ou plus exactement quand elles sombreront. Dans ce cas, comme les consommateurs ont été tellement gâtés que la plupart d'entre eux ne savent faire qu'une chose, acheter, les modes de vie permettant de survivre devront être réinventés.

Comme autre exemple, après la fin de la Seconde Guerre mondiale puis de la Guerre froide, beaucoup ont cru qu'une guerre sur le territoire de l'Europe géographique était devenue impossible. La guerre en Ukraine nous a montré le contraire. La guerre ne disparaît pas parce que nous vivons une longue période de paix ou parce que l'idéologie le veut. La pandémie COVID 19 est également un autre exemple de pression passée connue, qui est initialement accueillie avec incrédulité: pour beaucoup il était impensable que notre monde du 21ème siècle connaisse une telle chose qu'une pandémie mondiale (par exemple, Hélène Lavoix, "1par exemple, Helene Lavoix, “L'épidémie de coronavirus COVID-19 ne concerne pas seulement un nouveau virus“, RTAS, 12 février 2020. Elle a néanmoins eu lieu.

On peut trouver de nombreux autres exemples de ce retour de l'impensable, avec un impact sur les défis rencontrés et leur niveau d'intensité : L'ordre international fondé sur l'ONU après 1945 pourrait-il disparaître ? Les actions du président américain Trump montrent que c'est effectivement possible. Des alliances que l'on croyait gravées dans la pierre peuvent-elles changer, évoluer, voire mourir ? Là encore, les actions du président américain Trump - de Groenland‘à insultes contre le prince héritier d'Arabie saoudite, ou contre l'Europe - montrent que c'est tout à fait possible.

Même si, pendant très longtemps, un défi et une pression ont existé à un niveau d'intensité extrêmement bas, cela ne signifie pas qu'ils ont disparu.

Par ailleurs, l'intensité du défi est dynamiquement liée aux réalisations d'une civilisation.

Finalement, nous pouvons déduire de l'argument de Toynbee que la série de défis et pressions qui s'abattent sur une société au même moment ne doit être cumulativement ni trop sévère ni trop faible. 

Par exemple, les civilisations du début du 21e siècle pourraient-elles faire face ensemble et en même temps aux impacts du changement climatique avec une hausse de température de 1,5°C, une guerre mondiale et une pandémie plus meurtrière que le COVID 19 ?

Cinq types de défis et pressions

Après avoir souligné l'importance de la force relative de la pression, Toynbee identifie cinq types de défis qui peuvent conduire à un stimulus capable de générer une réaction qui sorte une civilisation de sa pétrification. Le stimulus et la réponse qui en découle devraient alors permettre à la société de redevenir dynamique et de créer les plus grandes réalisations.

Les pays durs - le changement climatique à nouveau

Premièrement, nous avons des "pays difficiles", c'est-à-dire un environnement géographique et écologique qui est difficile et exigeant pour les êtres humains, tout en restant dans les limites du "juste milieu" (pp. 88-98).

Nous pouvons reprendre ici l'exemple du changement climatique cité plus haut. Dans cette optique, et en supposant que nous, en tant qu'espèce, survivions, le changement climatique et son impact sur notre environnement pourraient être considérés comme une opportunité. Cela exigerait toutefois que nous veillions à maintenir le défi de l'environnement résultant dans le "juste milieu". Dans ce cas, nous pourrions créer des civilisations nouvelles, meilleures ou plus élevées.

Les nouveaux terrains - le cas de l'espace

Deuxièmement, Toynbee souligne l'importance des "nouveaux terrains". Il entend par là que lorsqu'une société doit vivre ou voyager longuement dans de nouveaux environnements inconnus, dans de nouveaux espaces, cela génère des défis constructifs, si leur intensité se situe dans le "juste milieu" (pp. 99-107).

Pour le XXIe siècle, l'espace extra-atmosphérique pourrait être un exemple de ces "nouveaux terrains". Les efforts déployés par l'humanité pour découvrir et comprendre l'espace, puis pour s'y rendre quel que soit l'objectif, correspondent parfaitement au défi identifié par Toynbee.

Des exploits récents tels que le test des installations d'expérimentation scientifique à bord de la station spatiale Tiangong, achevée fin 2022, réussi par la Chine en août 2023, l'atterrissage de l'Inde sur le pôle sud de la Lune le 23 août 2023, le retour de la mission américaine OSIRIS-REx de la NASA avec des échantillons de l'astéroïde Bennu le 24 septembre 2023, et les plans dirigés par la Chine ou les États-Unis pour l'exploration et l'exploitation lunaires avec ou sans équipage sont des exemples concrets des efforts déployés sur ce "nouveau terrain" (Deng Xiaoci, ".2Deng Xiaoci, “China space station experiment facilities complete testing, ready to support large-scale research projects“, Global Times, 29 août 2023 ; Mariel Borowitz, "India’s Chandrayaan-3 landed on the south pole of the Moon − a space policy expert explains what this means for India and the global race to the Moon“, The Conversation, 24 août 2023 ; Reuters, “China offers to collaborate on lunar mission as deadlines loom“, le 3 octobre 2023.

Parallèlement à ces efforts concrets, nous trouvons des tentatives de réglementation des activités humaines dans l'espace ou dans une partie de celui-ci, à commencer par le traité sur l'espace extra-atmosphérique de 1967. Le 13 octobre 2020, les Américains ont lancé les Accords Artémis (“Principes de coopération pour l'exploration et l'utilisation civiles de la Lune, de Mars, des comètes et des astéroïdes à des fins pacifiques”). En septembre 2023, l'Allemagne est devenue le 29th nation à les signer. En mai 2025, 55 États avaient signé les accords.3Département d'État américain, le Accords Artémis. Percevant les accords d'Artémis comme un moyen de projeter la domination et l'ordre américains dans l'espace, la Chine a riposté par un projet global de “politique de l'espace".“Proposition de la République populaire de Chine sur la réforme et le développement de la gouvernance mondiale"“Il s'agit notamment d'empêcher la militarisation de nouvelles “nouvelles frontières‘ causée par la concurrence entre les grandes puissances.4Yang Sheng et Zhang Yuying, "China issues proposal on reform, devt of global governance", 13 septembre 2023, Global Times. Par ailleurs, les nouvelles frontières chinoises comprennent “les grands fonds marins, les régions polaires, l'espace extra-atmosphérique, le cyberespace, la technologie numérique et l'intelligence artificielle (IA)”.5Proposition de la République populaire de Chine sur la réforme et le développement de la gouvernance mondiale". Ils peuvent tous être considérés comme de “nouveaux terrains”. Il est à noter que les nouvelles frontières chinoises correspondent presque parfaitement à ce que nous appelons les environnements extrêmes (voir le portail de Sécurité des environnements extrêmes).

Les activités spatiales et les efforts de réglementation correspondants commencent à esquisser une réponse originale au défi que représente l'espace extra-atmosphérique pour les êtres humains. Cette dernière pourrait ouvrir la voie à une nouvelle civilisation, selon le type de défi "nouveaux territoires" de Toynbee.

Le coup soudain - L'autre face de la défaite militaire des ennemis

Selon Toynbee, une "défaite soudaine et écrasante" peut "générer un stimulus pour le parti vaincu". L'auteur fait référence à la guerre (pp. 108-111).

L'un des exemples cités par Toynbee est la montée en puissance de la Prusse. Après les défaites de Jena (1806) et notamment le Traités de Tilsit (1807) pendant les guerres napoléoniennes, la Prusse a trouvé l'énergie et le moyen de régénérer totalement son armée, son administration et son système éducatif. En conséquence, elle est devenue beaucoup plus forte et "le récipient choisi pour le vin nouveau du nationalisme allemand" (p.110).

A titre indicatif, un exemple potentiel pour le début du 21ème siècle d'une "défaite soudaine et écrasante" pourrait être, pour l'Arménie, la dissolution du gouvernement séparatiste du Haut-Karabakh selon un accord du 20 septembre 2023, et l'exode massif qui en résulte, après l'offensive éclair de l'Azerbaïdjan le 19 septembre 23 (par exemple, France 24 "6par exemple, France 24 “Le Nagorno-Karabakh annonce sa dissolution alors que plus de 75 000 personnes fuient l'enclave séparatiste", 28 septembre 2023 ; Masha Gessen, "The Violent End of Nagorno-Karabakh’s Fight for Independence“, Le New Yorker, 29 septembre 2023. Toutefois, sans recul, il est impossible de savoir si nous sommes effectivement dans un cas pertinent pour Toynbee. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il existe un potentiel, malgré la tragédie.

Comme autre exemple, en cas de guerre entre la Chine et les États-Unis, le pays victorieux pourrait bien donner à son ennemi une impulsion pour parvenir à une nouvelle civilisation bien meilleure. 

De même, si l'Ukraine et l'OTAN, ou l'Ukraine et l'UE, avaient vaincu la Russie en Ukraine, cela aurait pu inciter la Russie - en fonction de la force de la pression - à lancer une série de nouvelles réformes en profondeur qui l'auraient rendue beaucoup plus forte. L'alternative est également potentiellement vraie si la défaite de l'Ukraine et de l'UE face à la Russie est finalement reconnue dans un traité de paix. Cela pourrait inciter l'UE à entreprendre des réformes en profondeur (y compris en matière d'organisation politique) qui la rendraient plus forte.

Une pression extérieure continue - Un autre regard sur les itinéraires des migrants ?

Avec l'idée d'une "pression extérieure continue", Toynbee fait référence aux personnes qui habitent les marges ou les zones frontalières d'un territoire et qui, de ce fait, sont soumises à des pressions et des attaques constantes de la part d'autres peuples. Selon lui, ce type de pression constante génère le stimulus nécessaire à un meilleur développement (pp. 111-125).

A titre indicatif, même si les circonstances sont loin d'être similaires à celles décrites par Toynbee, on peut imaginer que les zones constamment confrontées à des flux de migrants peuvent constituer une sorte de zones frontalières du 21ème siècle. 

Dans le cas de la mer Méditerranée, les zones frontalières seraient en grande partie situées comme indiqué sur la carte Reliefweb/OCHA ci-dessous, non seulement aux points d'arrivée mais aussi aux points de départ :


Organisation internationale pour les migrations (OIM), 27 février 2026. DTM Europe - Flux migratoires mixtes vers l'Europe, aperçu annuel (2025). OIM, Europe et Asie centrale. - Carte 1 : Arrivées en Europe, janvier-décembre 2025, p.6

De même, dans les Amériques, les zones frontalières peuvent être trouvées le long des routes principales, de leurs villes et des points de frontière (voir les cartes ci-dessous de l'OIM), Tendances migratoires dans les Amériques, Pacte mondial pour les migrations, Fév. 2023 et Mars Juin 2023):

Flux migratoires récents dans les Amériques dans OIM l TENDANCES MIGRATOIRES DANS LES AMÉRIQUES | FÉVRIER 2023, p.21
Principaux itinéraires de la migration vénézuélienne dans les Amériques in TENDANCES MIGRATIONS DANS LES AMERIQUES BUREAUX DE L'OIM DANS LES AMERIQUES MARS-JUIN 2023 (pdf), p. 2

Les Pénalisations

Pour Toynbee, le facteur qu'il nomme "pénalisations" se réfère à des groupes de personnes qui ont subi des siècles d'exclusion de la part des autres. Il affirme que cette "pénalisation" peut conduire ceux qui la subissent à mettre une énergie et une créativité exceptionnelles dans les seules voies qui s'offrent à eux. En retour, cela peut conduire au développement de sociétés ou de civilisations nouvelles plus élevées (pp. 125-139). 

L'un des exemples fournis par Toynbee est celui des "hordes d'esclaves" importées par Rome au cours des deux derniers siècles avant J.-C., dont sont issus les "Affranchis" ainsi que le christianisme (pp. 126-128 ; p.572). 

Au XXIe siècle, toutes choses étant égales par ailleurs, on peut se demander si ceux qui ont été laissés pour compte pendant plus d'un siècle d'urbanisation consécutive à l'industrialisation ne peuvent pas être considérés comme "pénalisés" d'une manière ou d'une autre.Les migrants ruraux pourraient également être considérés comme "pénalisés" au sens de Toynbee. Toutefois, dans ce dernier cas, alors que les migrants ruraux s'adaptent et s'intègrent, la pénalisation peut ne pas avoir duré assez longtemps pour créer véritablement les conditions de pression nécessaires au stimulus décrites par Toynbee.

Comme autre exemple, les peuples qui n'ont pas encore été reconnus comme tels et qui n'ont pas réussi à se doter d'un Etat, comme par exemple les Kurdes, répartis sur quatre pays (Iran, Irak, Turquie, Syrie), pourraient également être des candidats, potentiellement, en ce qui concerne le facteur de pénalisation de Toynbee. La disparité des situations kurdes selon chacun des quatre pays où ils vivent montre la difficulté d'appliquer l'idée de " pénalisation " à un " peuple " sans une analyse approfondie. Au préalable, des analyses spécifiques devraient être menées, rendant compte notamment de la naissance et du développement d'une " communauté imaginée ", pour reprendre les termes de Benedict Anderson (Imagined Communities, Verso : 1991). Néanmoins, les idées intéressantes promues par les Kurdes syriens en termes de développement économique et politique sont un signal de la nouveauté et de l'énergie que la pression tragique peut générer.7H. Lavoix, “Les Kurdes en Syrie - Construction de l'État, nouveau modèle et guerre“, 22 mai 2017.


En résumé, Toynbee présente cinq types de défis qui, selon la force de la pression générée, peuvent créer un stimulus favorisant la création de nouvelles civilisations. Au cours des premières décennies du XXIe siècle, ces défis sont présents et souvent aigus, tant au niveau mondial que local.

Comment les populations peuvent-elles s'appuyer sur le stimulus déclenché et le transformer en une réponse adéquate, construisant ainsi de nouvelles civilisations ? C'est ce que nous allons explorer avec le deuxième article de cette série.


Notes

VIGILANCE - La guerre en Iran, l'Arabie Saudite et les Houthis

(Direction artistique et conception par IA : Jean-Dominique Lavoix-Carli)


Les notes d'alerte stratégique signalent les évolutions géopolitiques et sécuritaires susceptibles d'avoir d'importantes répercussions à long terme. Elles sont conçues pour favoriser une prise de conscience précoce et un suivi stratégique. Pour des analyses approfondies, cartographies structurées des risques, scénarios de prospective stratégique et alerte précoce, veuillez nous contacter.


Enjeux

L'Arabie saoudite, grâce à sa stratégie et à sa situation géographique, est un acteur clé dans la guerre opposant les États-Unis et Israël à l'Iran. Une fois le conflit achevé, l'Arabie saoudite pourrait voir son rôle d'acteur régional majeur renforcé. À court terme, la situation dépendra en grande partie des actions futures des Houthis.


Contenu


Faits et contexte

Rumeurs quant au soutien de l'Arabie saoudite à la guerre contre l'Iran

  • Contrairement aux déclarations officielles saoudiennes, des journaux américains réputés font état d'un soutien prétendu apporté par le Royaume d'Arabie saoudite (RAS) à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran :
  • Le problème lié à l'utilisation de rumeurs comme source est qu'il est impossible de vérifier la fiabilité de cette dernière ainsi que la qualité des informations.6Hélène Lavoix, "Comment lire une grande quantité d'informations et lutter contre les fausses nouvelles“, The Red Team Analysis Society, le 3 avril 2019. Cela va totalement à l'encontre de toute analyse sérieuse, rendant celle-ci bien plus difficile, voire impossible.
    Le système américain est familier de ce processus consistant à publier des rumeurs sous le couvert d'« informations privilégiées »: tout opposant politique mécontent peut utiliser les journaux pour divulguer des informations potentiellement véridiques dans le but d'obtenir quelque chose.
    La seule chose que l'on puisse sérieusement déduire de ces fuites, c'est qu'il existe des désaccords au sein du système américain. Cependant, il est impossible d’évaluer la véracité et la pertinence des informations divulguées, car nous ne disposons pas de retranscription mot pour mot de ce qui est affirmé. Il est impossible de savoir qui a dit quoi, pourquoi, quand et comment : les propos peuvent être rapportés hors contexte, la personne à l’origine de la fuite peut ne pas avoir une vision globale de la situation, etc.
    Il existe une multitude de raisons pour lesquelles ces informations doivent être considérées avec prudence. Cependant, elles ne peuvent pas non plus être ignorées.
  • Donc, nous estimons ici que ces rumeurs et fuites mettent surtout en évidence la crainte de la présidence américaine de voir sa guerre contre l'Iran se retourner contre elle. Parallèlement, le fait de pointer du doigt l'Arabie saoudite et le prince héritier souligne le rôle important joué par le Royaume dans l'histoire et la stratégie américaines au Moyen-Orient, tout en affirmant son rôle crucial dans la région.
    Ces deux articles de presse ont néanmoins des répercussions potentielles en Arabie saoudite, comme l'explique une analyse saoudienne intéressante,7Mohammed Omar, “Trump humilie MBS sur une scène saoudienne et expose l'alliance“, Maison des Saoud, 28 mars 2026. ainsi qu'internationalement.
  • Par ailleurs, le 27 mars dernier, lors du sommet FII Priority organisé sous l'égide du Fonds saoudien d'investissement public, le président américain a également insulté le prince héritier saoudien, ce qui risque d'avoir de graves conséquences sur les relations entre les États-Unis et l'Arabie saoudite,8Mohammed Omar, “Trump humilie MBS sur une scène saoudienne et expose l'alliance“, Maison des Saoud, 28 mars 2026. ainsi que sur la place des États-Unis sur la scène internationale.
  • Ainsi, il est fort probable que le Royaume d'Arabie saoudite renforce son objectif d'indépendance souveraine.9Ibid. Ainsi, la puissance régionale de l'Arabie saoudite, y compris vis-à-vis des États-Unis, revêt une importance encore plus grande pour le royaume.
  • Finalement, le président Trump s'est très probablement fait un ennemi mortel en la personne du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Les attaques iraniennes causent relativement moins de dégâts directs à l'Arabie saoudite qu'à ses voisins

  • Bien que l'Arabie saoudite soit également victime d'attaques iraniennes,10Mark F. Cancian et Chris H. Park, “Évaluation de la campagne aérienne après trois semaines : La guerre d'Iran en chiffres“, CSIS, 25 mars 2026. compte tenu de la superficie de son territoire par rapport à celle de ses voisins, ces frappes peuvent sembler moins intenses.
  • Dans un contexte de tensions avec les Émirats arabes unis (EAU), notamment dans le domaine économique,11Mohammed Ayoob, “Arabie saoudite contre EAU : L'autre crise du Golfe“, L'intérêt national, le 14 février 2026. l'Arabie saoudite pourrait saisir l'occasion offerte par ces attaques iraniennes, car celles-ci réduisent l'attrait des Émirats arabes unis – et de Dubaï en particulier – pour les entreprises étrangères et les expatriés.

L'Arabie saoudite tire profit de ses ports sur la mer Rouge

  • L'Arabie saoudite n'est pas enclavée dans le golfe Persique/Arabique. Contrairement à ses voisins, cinq de ses neuf ports donnent sur la mer Rouge.12Ministère des médias - Arabie saoudite, “Autorité portuaire saoudienne“, Saoudienne (en anglais), 10 octobre 2025.
  • Les cinq ports saoudiens de la mer Rouge sont:13Ministère des médias - Arabie saoudite, “Autorité portuaire saoudienne“, Saoudienne (en anglais), 10 octobre 2025.
    • Le port industriel du roi Fahad à Yanbu (le plus grand port saoudien en termes de capacité et de chargement de pétrole brut, de produits raffinés et de produits pétrochimiques sur la côte de la mer Rouge, avec trente-quatre quais et dix terminaux) ;
    • Le port commercial de Yanbu (l'un des plus anciens ports, d'une capacité de 13,5 millions de tonnes, comptant douze quais et deux terminaux) ;
    • Le port islamique de Djeddah (deuxième plus grand port saoudien, « traite plus de 75 % des marchandises transitant par les ports saoudiens ») ;
    • Le port de Jazan (le plus petit port saoudien, comprenant douze quais et un terminal) ;
    • Le port de Duba (le deuxième plus petit port saoudien en termes de capacité, comprenant six quais et trois terminaux).
  • Ainsi, alors que le détroit d'Ormuz est paralysé, même si l'Arabie saoudite perd l'accès à ses ports du Golfe, tels que Ras Al-Khair, son port le plus récent et le plus grand, elle pourrait néanmoins s'en sortir relativement mieux que ses voisins.
  • En effet, les installations portuaires de Yanbu ont pris une importance cruciale depuis le début de la guerre. Selon le Lloyd's List, « Yanbu a représenté 11 % du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde la semaine dernière [3e semaine de mars 2026], contre seulement 2 % en 2025, et 30 % de la demande en superpétroliers (VLCC) la semaine dernière, contre seulement 5 % l'année dernière ».14Greg Miller, “Les Houthis ne voient aucune raison d‘’empêcher‘ le commerce des VLCC de Yanbu "à l'heure actuelle’, Lloyd's List, 26 mars 2026.
  • C'est également principalement par l'intermédiaire de l'Arabie saoudite que les pays du Golfe peuvent importer les marchandises et les produits dont ils ont besoin et qui ne peuvent être acheminés par avion, dans la mesure où ces derniers peuvent accéder à leur territoire.

L'Arabie saoudite peut toujours exporter une partie de son pétrole et de son gaz

  • Disposant de ports en dehors du golfe Persique/d'Arabie, l'Arabie saoudite peut utiliser son oléoduc est-ouest comme voie alternative pour le transport du pétrole et du gaz.15IEA, Alternative routes in “Détroit d'Ormuz - Fiche d'information“, février 2026.
IEA, Alternative routes in “Détroit d'Ormuz - Fiche d'information“, février 2026
  • Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, Saudi Aramco a en effet réacheminé ses exportations via l'oléoduc Est-Ouest, lequel a « une capacité de 7 millions de barils par jour », vers Yanbu, « dont la capacité de chargement est d'environ 4,5 millions de barils par jour ».16Greg Miller, “Les Houthis ne voient aucune raison d‘’empêcher‘ le commerce des VLCC de Yanbu "à l'heure actuelle’”, Liste de Lloyd's, 26 mars 2026.
  • Ainsi, « Yanbu a chargé 4,1 millions de barils par jour de pétrole brut et de condensats au cours de la semaine qui s'est terminée le 22 mars, soit plus du triple de la moyenne annuelle de 2025, qui s'établit à 1,3 million de barils par jour. Le volume enregistré la semaine dernière à Yanbu a augmenté de 32 % par rapport à la semaine précédente ».17Ibid.
  • Selon Al Arabiya, la pleine capacité de 7 millions de barils par jour a été atteinte le 28 mars. Sur ce total, 2 millions de barils par jour sont destinés aux raffineries saoudiennes. « Les exportations de brut via Yanbu atteignent désormais 5 millions de barils par jour et le royaume exporte également entre 700 000 et 900 000 barils par jour de produits pétroliers. »18Al Arabiya English avec Bloomberg, “L'oléoduc saoudien qui contourne le détroit d'Ormuz atteint son objectif de 7 millions de barils“, 28 mars 26.
Observatoire mondial de l'énergie, Oléoducs et LGN dans le monde, Global Oil Infrastructure Tracker, consulté le 27 mars 2026.
  • En 2025, le volume de pétrole brut transitant par le détroit d'Ormuz s'élevait à près de 15 millions de barils par jour, dont un tiers était destiné à l'Asie.19AIE, “Détroit d'Ormuz - Fiche d'information“, février 2026. Le volume total de pétrole transitant par le détroit a atteint 20 millions de barils par jour.20Ibid.
  • Ainsi, les exportations de pétrole brut de la région s'élèvent désormais à un tiers de ce qu'elles étaient avant le début de la guerre. Le volume réellement exporté par la région est en réalité plus important, si l'on tient compte des pays et des navires qui ont acquis ou négocié des droits de transit avec l'Iran, comme c'est le cas, par exemple, de la Thaïlande.21AFP, “La Thaïlande déclare avoir conclu un accord avec l'Iran pour que les navires puissent emprunter le détroit d'Ormuz“, Channel News Asia, 28 mars 2026.
    Par ailleurs, les autres produits pétroliers encore exportés par la région via Yanbu représentent entre 14 % et 18 % des volumes d'avant-guerre.
  • Pour le monde entier, le choc et la crise pétrolière restent une réalité très présente. En effet, pour résumer, même si la guerre devait cesser dès maintenant, les estimations les plus optimistes prévoient qu'il faudrait au moins quatre mois pour revenir à la normale (ceci sans tenir compte d'un contrôle permanent du détroit par l'Iran après la guerre).22Peter Armstrong, “La crise de l'énergie ne fait que commencer“, CBC News, 26 mars 2026.
  • L'influence mondiale de l'Arabie saoudite s'accroît, car son rôle est essentiel pour atténuer autant que possible la crise pétrolière et ses répercussions en chaîne.
  • Donc, pour l'instant, l'Arabie saoudite s'en sort mieux que ses voisins, car elle peut encore exporter du pétrole et du gaz.
  • Qui plus est, la hausse des prix du pétrole et du gaz profite également au royaume. Toutefois, si les prix continuaient à grimper et si la crise de l'offre se transformait également en crise de la demande, les conséquences pourraient s'avérer moins favorables pour le royaume.23Vidéos d'Al Arabiya en anglais, Que se passerait-il si le pétrole atteignait $200 au niveau mondial ?, Le 29 mars 2026.

L'Arabie saoudite et les Houthis : une stratégie payante ?

  • Il est donc d'autant plus crucial de veiller à ce que la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb soient à l'abri de toute attaque, alors que, par le passé, les Houthis ont démontré qu'ils étaient capables de semer le chaos dans la sécurité maritime de cette région.
Carte des volumes quotidiens de pétrole et d'autres liquides transitant par les points d'étranglement pétroliers maritimes mondiaux (en millions de barils par jour) - premier semestre 2025 par Analyse de l'Administration américaine d'information sur l'énergie (EIA) Source des données : Analyse de l'Administration américaine d'information sur l'énergie (EIA), basée sur le suivi des navires-citernes de Vortexa ; Banque mondiale ; et données de l'Autorité du canal de Panama, utilisant les facteurs de conversion et les calculs de l'EIA.
  • Pendant un mois, jusqu'au 28 mars, les Houthis n'ont pas pris part à la contre-offensive iranienne.
Annonce de frappes sur Israël par les Houthis Général de brigade Yahya Saree le X - 28 mars 2026

  • C'est ici que la stratégie saoudienne, que nous avions évoquée dans notre "VIGILANCE - Yémen et Arabie Saoudite" du 26 février, devient fondamentale.
  • Il convient de noter tout particulièrement que :
  • La stratégie saoudienne dans la région, son intervention au Yémen ainsi que les négociations et les relations avec les Houthis pourraient, pendant un certain temps, protéger la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb contre les frappes houthistes. Quelques indications, cependant sont antérieures aux frappes du 28 mars, pourraient laisser entrevoir cette possibilité :
    • Les déclarations d'Abduhlmalik al-Houthi à l'occasion du 11e anniversaire de la guerre au Yémen ont porté principalement sur la dimension nationale, la dynamique des conflits avec l'Arabie saoudite et la demande d'indemnités et de réparations à l'encontre de cette dernière. Elles ont exprimé un soutien à l'Iran, mais sans « déclarer la guerre ni annoncer de nouvelles opérations ».28Mohammed Albasha, “Al-Houthi dévoile des pertes de $57 milliards, et fait pression sur l'Arabie saoudite pour obtenir des compensations - Houthi Signals Support for Iran Without Declaring War or New Operations”, Basha Report's Substack, 26 mars 2026.
    • Lloyd’s List a contacté le Centre de coordination des opérations humanitaires (HOCC) des Houthis, chargé de la navigation en mer Rouge, au sujet du « commerce du pétrole brut saoudien » dans cette région. Le HOCC a répondu qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter et qu’il restait déterminé à « garantir la sécurité de la navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, ainsi qu’à assurer la libre circulation des marchandises ».29Greg Miller, “Les Houthis ne voient aucune raison d‘’empêcher‘ le commerce des VLCC de Yanbu "à l'heure actuelle’, Lloyd's List, 26 mars 2026.
  • On peut émettre l'hypothèse que les Houthis recourent à une stratégie à plusieurs volets.30D'autres analystes ont des points de vue similaires, par exemple Chen Guifang, “Les Houthis sont entrés dans la guerre qui dure depuis un mois au Moyen-Orient : Que se passe-t-il maintenant ?“, CGTN, 29 mars 2026 ; Mohammed Albasha, Rapport Basha. Ils attaquent Israël, leur principal ennemi. Ce faisant, ils manifestent leur soutien à l'Iran et rappellent à tous les acteurs leur force et leur puissance, ce qui leur confère une position de force dans toute négociation avec l'Arabie saoudite. Parallèlement, ils pourraient également considérer l'Arabie saoudite comme un interlocuteur alternatif de poids. Avec cette dernière, ils pourraient chercher à s'intégrer dans le nouveau Yémen en pleine émergence, leur objectif principal, tout en cherchant à obtenir le plus d'indemnités et d'avantages possible.
  • Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour confirmer cette hypothèse, mais les Houthis pourraient également se demander s’ils n'ont pas une carte à jouer dans le secteur pétrolier et gazier, compte tenu de la fermeture du détroit d’Ormuz et de la destruction d’installations dans le Golfe du fait de la guerre. En supposant que cela soit techniquement et opérationnellement faisable, ils pourraient espérer obtenir le pardon de la communauté internationale s’ils parvenaient à mettre leur production à la disposition du monde. Le statut international acquis par le président syrien Ahmed al-Sharaa, bien qu'il ait créé le Front al-Nosra avec le soutien d'Al-Qaïda et qu'il ait combattu en tant que chef d'al-Nosra avant de rompre avec Al-Qaïda, n'a peut-être pas échappé aux dirigeants houthis.
  • L'Arabie saoudite, en tant qu'interlocuteur privilégié des Houthis, gagnerait en influence si ces derniers ne perturbaient pas davantage le transit pétrolier. Le Royaume a ici une responsabilité et un rôle essentiels à jouer.

Importance et impact

  • L'Arabie saoudite joue un rôle de plus en plus important dans la région.
  • À court terme, outre bien entendu les décisions américaines et israéliennes ainsi qu'iraniennes, l'issue dépendra en grande partie des Houthis, de l'Arabie saoudite et des interactions entre les deux. Les décisions des Houthis risquent également d’être influencées par la manière dont l’Arabie saoudite négocie avec eux, en fonction de leurs objectifs. Parallèlement, la perception qu’ont les Houthis de la puissance régionale de l’Arabie saoudite, notamment par rapport à l’Iran, dans le contexte de l’évolution générale de la guerre et de la situation au Yémen, agira comme un filtre qui influencera les décisions et les actions du groupe armé.
  • Si les Houthis parvenaient à mener des attaques réussies répétées en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et sur le port de Yanbu, le monde serait alors précipité plus avant dans une crise profonde et multidimensionnelle.
  • Au contraire, la paix au Yémen pourrait permettre d'apporter globalement de nouvelles productions de pétrole et de gaz, compensant ainsi en partie la baisse résultant des destructions causées par la guerre dans le Golfe.
  • Quoi qu'il en soit, tant que la guerre durera, le trafic maritime mondial et les exportations de pétrole resteront exposés au risque d'attaques directes de la part de l'Iran.
  • Il est probable que l'Arabie saoudite se retrouve dans une position plus forte au niveau régional après la guerre contre l'Iran qu'avant, et ce d'autant plus si les Houthis ne s'attaquent pas à la mer Rouge, au détroit de Bab el-Mandeb et au port de Yanbu.
  • Comme nous sommes en plein brouillard de guerre, la situation peut évoluer très rapidement. Il est donc essentiel de la surveiller activement.

→ Pour des analyses approfondies, cartographies structurées des risques, scénarios de prospective stratégique et alerte précoce : nous contacter.


Pour aller plus loin

Eleonora Ardemagni, “Riyad prend la barre au Yémen“, Institut du Moyen-Orient, 25 février 2026.

Hayat Gazzane, “Pays autorisés, péage... Sous quelles conditions les navires passent-ils le détroit d'Ormuz ?“, Les Echos, 25 mars 2026.

EIA, “Points d'étranglement du transit pétrolier mondial“, le 3 mars 2026.

Dr Naji Abi-Aad, “Gazoducs et oléoducs au Moyen-Orient - Avantages et inconvénients“, Centre de recherche du Golfe, février 2026.

AIE, “Arabie Saoudite“.


Notes

Chroniques de l'hyperwar - AI : L'IA, nouvelle frontière énergétique (1)

(Direction artistique et conception, y compris AI :Jean-Dominique Lavoix-Carli)

La puissance au service de la puissance de l'IA

Aux États-Unis comme en Chine, la croissance exponentielle du secteur de l'IA exerce une pression immense sur les systèmes énergétiques des deux grandes puissances. Cette demande d'électricité affecte l'ensemble de la chaîne de production et d'utilisation de l'IA.

L'augmentation de l'utilisation par les particuliers, les entreprises et les agences gouvernementales épuise les batteries des smartphones, et la consommation d'énergie des ordinateurs portables et de bureau, ainsi que la prolifération des centres de données, nécessitent de générer des quantités d'électricité qui n'ont jamais été anticipées par les concepteurs et les gestionnaires du réseau électrique. 

Enfin, les fabricants et fournisseurs de semi-conducteurs font face à des demandes de plus en plus importantes et leur consommation d'électricité explose également. À l'inverse, les secteurs du pétrole, du gaz et du nucléaire investissent massivement dans l'IA pour optimiser leurs opérations, de l'exploration à la production, en passant par l'utilisation des équipements et les tâches administratives et financières.

Hélène Lavoix : Portail de l'IA : comprendre l'IA et prévoir le monde alimenté par l'IA

Cependant, le secteur de l'IA se développe trop rapidement par rapport à la capacité d'adaptation du secteur de l'énergie. D'où les projets déjà en cours de déploiement de nouvelles générations de centres de données en orbite, afin de bénéficier de l'énergie solaire et du refroidissement de l'espace. Il en résulte une transformation radicale des secteurs de l'espace, de l'IA et de la production d'énergie, une transformation qui influence également la compétition géopolitique entre la Chine et les États-Unis.

Dans cette première partie, nous examinons la dimension américaine de cette nouvelle géopolitique de l'IA, de l'énergie et de l'espace. Nous soutenons ici que cette nouvelle frontière énergétique de l'IA transforme la géopolitique mondiale, donnant lieu à une “spatiopolitique” dont les effets de rétroaction accélèrent d'autres transformations.

I. L'énergie pour l'IA... 

Le grand dévoreur d'électricité

L'Agence internationale de l'énergie estime qu'en 2024, la consommation mondiale d'électricité des centres de données était équivalente à 415 térawattheures, soit 1,5% de la consommation mondiale d'électricité.

Ce chiffre a été atteint après cinq ans d'une augmentation annuelle de 12% de la consommation d'électricité due à l'essor de l'IA. Si ce taux d'augmentation se maintient, cela implique un doublement de la consommation d'électricité tous les cinq ans. Étant donné qu'il est très probable que ce taux augmente, le doublement de la consommation d'électricité risque d'être beaucoup plus rapide que prévu.

Mais aux États-Unis, ces chiffres prennent une toute autre dimension. Si l'on considère uniquement la consommation d'électricité des centres de données , En 2024, ce chiffre atteignait 32 gigawatts, et l'augmentation prévue en 2030 pourrait atteindre plus de 124 gigawatts. Pour mémoire, 1 gigawatt représente 1 million de kilowatts, soit 1 milliard de wattheures. 1CSIS, “The Electricity Supply Bottleneck On U.S. AI Dominance”, 3 mars 2025.

La production d'électricité est donc un obstacle physique majeur au développement de l'IA, alors que la capacité de production peut rapidement devenir un avantage concurrentiel crucial dans la course à l'IA entre les États-Unis et la Chine.

La saison des centres de données

En outre, la consommation d'électricité du secteur de l'IA entre directement en concurrence avec les besoins des particuliers et de tous les autres secteurs d'activité, y compris tous les types d'industrie et l'essor mondial des véhicules électriques, qui sont eux-mêmes inextricablement liés à la diffusion de nouvelles applications de l'IA. En janvier 2026, le président Trump a même pris un décret pour découpler les factures d'électricité des particuliers de la consommation des data centers.

Aux Etats-Unis, la combinaison d'investissements massifs et d'un soutien important du gouvernement fédéral a conduit à une prolifération de la construction de centres de données par les différentes entreprises GAFAM. Par exemple, le 4 février 2026, Google a annoncé avoir atteint un chiffre d'affaires annuel de $402,8 milliards en 2025. 

Ce résultat représente une augmentation de 15% par rapport à 2024, tout en incluant un bénéfice net de $132 milliards. Selon Sundar Pinchas, PDG d'Alphabet, la société mère de Google, ces chiffres vertigineux sont attribuables à la pénétration des solutions d'IA d'entreprise par Gemini, la plateforme d'IA de Google. Entre novembre 2025 et janvier 2026, le nombre d'utilisateurs mensuels de Gemini est passé de 650 millions à 750 millions.

En outre, les autres activités de Google, notamment sa fonction de recherche, YouTube et la publicité, ont généré des centaines de milliards de dollars. La division Google Cloud a généré à elle seule $70 milliards. 

Mais le “nuage” n'est en aucun cas un concept métaphysique, puisque les “nuages” de métadonnées sont stockés dans le réseau de centres de données de Google. Le maintien de l'expansion de Google nécessite donc l'expansion de l'infrastructure physique de l'entreprise, en particulier sous la forme de centres de données. 

Face à ce besoin, Alphabet a annoncé qu'elle investirait $175 milliards dans la construction de nouveaux centres de données d'ici 2026, soit près du double du montant alloué aux centres de données en 2025. Il est intéressant de noter que Microsoft, Meta, OpenAI et Amazon annoncent des investissements similaires pour la construction de nouveaux centres de données d'ici 2026.

L'électricité en Amérique

2026 sera donc dominée par la nécessité de produire l'électricité nécessaire à ces nouveaux centres de données, tout en continuant à alimenter l'infrastructure existante.

Cette pression du secteur de l'IA contribuera largement à l'augmentation de plus de 16% de la demande d'électricité d'ici 2030. Les centrales au gaz assurent déjà 43% de la production d'électricité aux États-Unis, tandis que le charbon représente 16% et l'énergie nucléaire 18,6%.

Le reste provient de sources d'énergie renouvelables. Administration américaine de l'information sur l'énergie

De plus, il s'agit d'une technologie mature et bien maîtrisée. Face à l'explosion du nombre de centres de données, les compagnies d'électricité américaines se sont également lancées dans une course à la construction de centrales à gaz.

Hélène Lavoix : Renaissance nucléaire américaine, 1 et 2

Il en résulte une profonde réorganisation du paysage américain, avec l'émergence de ce que nous appelons “The Great Disruptor”, à savoir le couplage du duo technologique GAFAM-TSMC “Californie-Arizona” avec le duo énergétique pétrolier “Texas-Louisiane”.

L'Arizona, nouvelle frontière de l'IA

En effet, l'implantation en Arizona de la première usine de TSMC, le géant taïwanais des semi-conducteurs, et la construction de trois autres usines d'ici à 2030, représentant un investissement de $200 milliards, est en train de transformer cet État semi-désertique en un nouvel hypercentre de l'IA. 

Cela attire toutes les entreprises et les investisseurs des GAFAM. Mais précisément au même moment, le Texas et la Louisiane redeviennent de grandes puissances pétrolières et gazières. Ce phénomène est dû à la combinaison en cours de la révolution du pétrole et du gaz de schiste, dont le Texas, avec l'exploitation du gigantesque bassin permien, est devenu le centre. 

En d'autres termes, le Texas et la Louisiane produisent le gaz nécessaire pour répondre aux besoins énergétiques des centres de données et des superordinateurs des GAFAM situés en Arizona et en Californie.

Ainsi, la production de gaz de schiste est littéralement la base énergétique de la course à l'IA américaine. En outre, les colossales réserves de gaz naturel du Venezuela attirent déjà l'attention des entreprises américaines.

II. L'IA pour l'énergie

Avec le déploiement mondial de la révolution de l'intelligence artificielle (IA), toutes les grandes compagnies pétrolières - qu'elles soient américaines, françaises, saoudiennes, russes, chinoises, britanniques, etc. - intègrent ces technologies dans toutes leurs opérations, de l'exploration et de la production à l'aval.

L'IA devient un outil d'optimisation de l'efficacité, de l'exploration géologique à la gestion des équipements, sans négliger l'aspect financier.

L'IA pour le pétrole

Parallèlement, l'industrie du pétrole et du gaz génère des revenus colossaux, atteignant $5,95 trillions en 2024. Ces revenus financent également le développement du secteur de l'intelligence artificielle. En effet, l'industrie pétrolière est fortement dépendante des données.

Les compagnies pétrolières ont besoin de données géologiques pour prospecter de nouveaux gisements et gérer les champs en exploitation. Le raffinage du pétrole nécessite la production d'un flux de données très précis et constant.

Tout sur l'optimisation de l'IA

Il en va de même pour le stockage du pétrole et des produits pétroliers, ainsi que pour la gestion des réserves. Il en va de même pour le transport, par oléoduc, par camion-citerne, par transporteur et par flotte de camions. En outre, la vente et l'échange de pétrole et de produits pétroliers aux niveaux mondial, régional et local génèrent une quantité considérable de données financières, juridiques et réglementaires.

En d'autres termes, à l'échelle mondiale, l'industrie pétrolière constitue un moteur massif de données extrêmement complexes. C'est pourquoi la famille émergente des technologies d'intelligence artificielle (IA) croise l'industrie pétrolière et gazière : des technologies telles que l'apprentissage profond (deep learning) reposent sur la classification et l'interprétation de données massives (big data).

Jean-Michel Valantin, Pétrodollars pour l'IA - L'IA est-elle l'avenir de l'industrie pétrolière et gazière ?

Ainsi, le rôle central de la production, de la gestion et de l'application des données fait de l'industrie pétrolière un catalyseur et un intégrateur idéal pour l'IA.

Hélène Lavoix, “Capteurs et actionneurs pour l'IA(1) : Intégrer l'IA dans la réalité,” Le Red Team Analysis Society, 14 janvier 2019

Il en va de même pour la nécessité d'anticiper la demande et les nouvelles réserves.

Le pétrole en tant que données

Par exemple, Exxon Mobil, le géant américain, utilise l'IA pour optimiser sa consommation d'énergie, notamment dans les raffineries. British Petroleum intègre des algorithmes d'IA dans ses services d'exploration. Shell utilise l'IA prédictive pour améliorer l'utilisation et l'efficacité de ses équipements tout en réduisant les temps d'arrêt. 

Grâce à cette approche de maintenance prédictive, les algorithmes d'IA analysent les données des capteurs des équipements et des machines dans les raffineries et les sites de forage afin d'anticiper les pannes, ce qui permet d'effectuer une maintenance en temps voulu et d'éviter des arrêts imprévus et coûteux.

Il est intéressant de noter que, depuis les années 2000, les États-Unis sont le pays où se sont déroulées les deux grandes révolutions de l'industrie du pétrole et du gaz de schiste et de l'intelligence artificielle. Ces deux révolutions ont d'ailleurs suivi des calendriers parallèles.2Loretta Napoleoni, Technocapitalisme : La montée des nouveaux barons et la lutte pour le bien commun, Seven Stories Press, 2024

En outre, la révolution technologique du pétrole de schiste, avec le forage horizontal et la fracturation hydraulique, a fait des États-Unis un producteur et un exportateur net de pétrole et de gaz.3Daniel Yergin, La nouvelle carte : L'énergie, le climat et le choc des nations, 2020.

L'IA au service de la fracturation hydraulique

Cependant, cette nouvelle approche repose sur des équipements lourds qui nécessitent des investissements importants et continus. Les entreprises de pétrole de schiste sont confrontées à des défis très complexes, tels que l'optimisation de l'extraction, la modélisation des réservoirs, la prévision de la production et l'adaptation à l'évolution de la demande. L'intégration de l'IA permet à ces entreprises d'optimiser les différents aspects de leurs opérations, et donc de sécuriser les revenus tout en atténuant les risques.

L'industrie américaine du pétrole et du gaz de schiste, fortement tributaire de la technologie, intègre l'apprentissage automatique, notamment pour accélérer les opérations de forage.

Cette alliance entre les secteurs américains de l'IA et du pétrole de schiste garantit également la production de pétrole et de gaz pour le marché intérieur américain. Cette évolution revêt une importance stratégique pour la croissance du secteur de l'IA.

En effet, la prolifération des centres de données, l'entraînement des modèles d'IA et l'adoption généralisée de l'IA génèrent une demande croissante d'électricité.

Hélène Lavoix, “L'uranium pour la renaissance nucléaire américaine (2) : Vers une course géopolitique mondiale” ; Goldman Sachs, “GS Sustain : Generational Growth : AI, Data Centers, and the Next Explosion in US Electricity Demand”, 29 avril 2024.

III. La course à l'énergie dans l'espace

Toutefois, la double course à la production d'électricité et à l'optimisation de l'IA ne peut pas répondre entièrement à l'augmentation prévue de la consommation d'électricité par le secteur américain de l'IA. 

Il en résulte une nouvelle course à l'espace orbital pour installer de nouvelles générations de centres de données. L'installation de centres de données dans l'espace vise à répondre aux contraintes physiques que la prolifération des centres de données rencontre sur Terre, à savoir la disponibilité limitée de l'électricité et de l'eau.

L'espace est de l'énergie

C'est pourquoi SpaceX envisage de développer des versions spécialisées de ses constellations de satellites Starlink qui, dotées d'une IA interconnectée, pourraient atteindre la puissance de calcul des centres de données terrestres. Ces constellations de centres de données satellitaires seront alimentées par des panneaux solaires et les satellites seront refroidis par des températures spatiales inférieures à zéro. Cesareo Contreras, The next Great Space Race : Building data centers in Orbit, Phys.org, 7 janvier 2026.

En outre, en tant que seule entreprise au monde à avoir rentabilisé les vols spatiaux grâce au nombre de vols et à sa maîtrise des atterrissages de fusées réutilisables, SpaceX est particulièrement bien placée pour entreprendre l'effort de mise en orbite des centres de données. 

Ces satellites seront une version améliorée de ses constellations Starlink, équipés de super semi-conducteurs H100 de Nvidia, alimentés par des panneaux solaires et refroidis passivement par les températures de l'espace.

Enfin, depuis novembre 2025, un satellite américain est équipé de puces Nvidia H100 et fait tourner “Gemma”, le modèle d'IA de Google. Par ailleurs, SpaceX envisage de développer des versions spécialisées de ses constellations de satellites Starlink qui, équipées d'IA interconnectées, pourraient atteindre la puissance de calcul des centres de données terrestres.

Titan

Pour se doter des ressources technologiques et capitalistiques nécessaires à cette stratégie, Elon Musk vient de fusionner SpaceX et xAI (la maison mère de son IA, Grok). En attendant, l'introduction en bourse en juin 2026 de cette entité, qui fusionne effectivement les secteurs des lanceurs, des satellites (Starlink, la division satellite de SpaceX) et de l'IA avec xAI-Grok, pourrait atteindre $1,5 trillions.

En d'autres termes, la course à la puissance de l'IA est en train de transformer la géopolitique énergétique américaine et mondiale en une “politique spatiale” de l'IA et de l'énergie. Cette transformation commence à se matérialiser dès 2026. Elle déclenchera une triple croissance des secteurs de l'IA, de l'espace et de l'énergie, et donc des infrastructures et des ressources minérales associées, tout en transformant la nature même de la puissance américaine.

Pourquoi est-ce important pour les entreprises françaises et européennes ?

  • De nombreuses entreprises françaises possèdent une expertise de pointe dans les domaines de l'aérospatiale, de l'énergie et de l'électronique. Ces secteurs connaissent une croissance rapide aux États-Unis en raison de la convergence de l'IA, de l'énergie et de l'espace. Elles doivent donc s'y implanter et, pour cela, se renseigner sur ces nouveaux marchés à fort potentiel.
  • Par ailleurs, la même logique s'applique au secteur financier, notamment dans le monde des fonds d'investissement. Les entreprises nord-américaines, confrontées à des difficultés, se lancent dans une “ruée vers les minerais critiques” essentiels à la fabrication de matériel d'IA.
  • Enfin, l'entrée sur le marché américain leur permettra également de découvrir les opportunités offertes par la dimension militaire du vortex IA/espace/AI.

Notes

  • 1
    CSIS, “The Electricity Supply Bottleneck On U.S. AI Dominance”, 3 mars 2025. ↩︎
  • 2
    Loretta Napoleoni, Technocapitalisme : La montée des nouveaux barons et la lutte pour le bien commun, Seven Stories Press, 2024 ↩︎
  • 3
    Daniel Yergin, La nouvelle carte : L'énergie, le climat et le choc des nations, 2020. ↩︎

SIGNAL - Le dôme d'or, une nouvelle frontière technologique

(Direction artistique :Jean-Dominique Lavoix-Carli
Image : La Maison Blanche, (domaine public)

Le dôme d'or se lève

Le Dôme d'or, fortement promu par l'administration Trump, est une technostratégie/stratégie industrielle qui mobilise déjà des acteurs majeurs des secteurs de l'espace et de l'IA, notamment SpaceX, Starlink, Palantir et Anduril. Dans ce nouveau paysage qui façonne les relations entre l'industrie et la défense aux États-Unis, les entreprises françaises et européennes peuvent jouer un rôle essentiel, tout en s'intégrant dans un marché en pleine expansion, en tenant compte des tendances clés résumées ci-dessous. .

Le 21 janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos, le président Donald Trump a particulièrement insisté sur l'importance du Groenland pour le projet stratégique du “Dôme d'or”, annoncé dès les premiers jours de sa présidence en 2025.

En effet, la géographie des continents américain et eurasien fait que la trajectoire d'éventuelles frappes de missiles balistiques intercontinentaux les amènerait au-dessus du pôle Nord. La surveillance aérospatiale de l'Arctique est donc un impératif stratégique pour contrer les développements technologiques et industriels russes et chinois, notamment dans le domaine des missiles hypersoniques, qui nécessitent des ajustements significatifs de la défense américaine..1Clayton Swope, Le Dôme d'Or en tant que service, CSIS, 5 juin 2025.

La menace américaine contre le Groenland : quand aurait-elle dû déclencher une veille ?

Ce renouveau stratégique prend la forme du programme “Golden Dome”. Ce programme de défense spatiale est basé sur la protection du territoire américain par un réseau de satellites d'observation, d'alerte précoce et de combat. Cette première couche est complétée par une seconde couche technologique, composée de systèmes d'armes anti-missiles et laser qui seront prépositionnés en orbite basse depuis le territoire américain jusqu'à l'Arctique.

Le Dôme d'or est donc une architecture de systèmes intégrés au sein d'une architecture IA commune, capable de se coordonner et de communiquer entre eux et avec les centres de commandement militaires et politiques basés au sol.

Ce programme, annoncé le 27 janvier 2025, une semaine après l'investiture du président Trump, est un élément central de la politique de l'administration Trump. En effet, il se situe à l'intersection d'enjeux stratégiques et militaires, d'enjeux technologiques et industriels liés notamment à la politique américaine, et d'enjeux d'intégration de l'IA dans les secteurs spatial et militaire, et d'installation de data centers en orbite.

Le 15 juin 2025, le Pentagone a lancé son premier appel d'offres, d'un montant de $151 milliards, sur 10 ans. En deux tours, les 2 et 18 décembre 2025, 2 440 entreprises ont été sélectionnées. SHIELD Award Contract Guide : Tout ce qu'il faut savoir en janvier 2026

En d'autres termes, le “Dôme d'or” est à la fois un programme d'agrégation et d'accélération des défis industriels et de l'IA, et donc de fusion entre l'industrie aérospatiale et la Silicon Valley.

Commencer le déploiement du Dôme d'Or dès 2027/28 vise à :

  • Accélérer l'intégration de l'IA (“smartening”) au sein du Pentagone ;
  • Renforcer le développement de l'industrie de défense américaine ;
  • Renforcer l'industrie spatiale américaine ;
  • Faire converger toutes les tendances susmentionnées.

Le tout dans le cadre d'une “redynamisation” de l'industrie américaine face à ses concurrents, notamment la Chine, en installant des infrastructures d'IA/défense en orbite, afin d'imposer la prééminence américaine avant que les Chinois ne puissent faire de même.

  1. Le dôme d'or : De la sécurité nationale à la réindustrialisation
  2. Silicon Valley : Soutien politique et infrastructurel au dôme d'or
  3. Géographie des opportunités

1. Le dôme d'or : De la sécurité nationale à la réindustrialisation

Contexte

Le projet “Golden Dome” s'inscrit dans l'histoire de la course au bouclier antimissile, officiellement lancée par le président Reagan en 1983, et de l'adaptation de l'establishment américain de la défense au déploiement de missiles hypersoniques par la Russie, la Chine et l'Iran, alors que la Corée du Nord est désormais équipée de missiles balistiques dotés d'armes nucléaires. Il convient de noter que les missiles hypersoniques intègrent d'importantes capacités d'intelligence artificielle.

Sur la nécessité d'être une puissance aérienne et spatiale pour être une grande puissance ?

Le Dôme d'or établit également de fortes continuités entre la stratégie de sécurité nationale des États-Unis, la stratégie de défense nationale et la stratégie spatiale américaine.

Tout ce système est également l'un des moteurs de la politique de réindustrialisation de l'administration Trump. L'espace, une nouvelle infrastructure de défense

De grands noms de la base industrielle et technologique de l'aérospatiale et de la défense ont été sélectionnés, tels que Northrop Grumman, Raytheon, L3 Harris et Boeing. A noter que l'entreprise britannique BAE Systems a également été sélectionnée.

Entrer un nouvel espace

Mais l'espace est entré dans une nouvelle phase de conversion en infrastructure de défense. C'est particulièrement vrai pour l'orbite terrestre basse, où sont déployées des constellations de satellites privés, comme celles de Starlink de SpaceX/Elon Musk, ou des systèmes d'observation par satellite comme ceux de Maxar.

Cette intégration du secteur “New Space” - un écosystème d'entreprises privées impliquées dans l'industrie spatiale qui ont réussi à rentabiliser leurs activités - a révélé sa dimension stratégique en 2022 lors de l'offensive russe en Ukraine.

Starlink, par exemple, assure la connexion internet de l'Ukraine, y compris celle de l'armée, tandis que les capacités d'observation spatiale de Maxar permettent de suivre l'évolution de la situation sur le théâtre des opérations.

Enfin, la constellation Starlink dédiée à l'Ukraine fournit également l'infrastructure pour la transmission des flux de données générés par les drones et leur analyse par les systèmes d'IA du Pentagone et de Palantir, la société privée d'agrégation de données spécialisée dans les questions de sécurité.

C'est cette imbrication des capacités satellitaires, cybernétiques et militaires qui a permis l'essor du secteur des drones de combat, et donc le développement de nouvelles industries, comme celle d'Anduril, devenu le géant américain des drones de combat.

Nouveaux concurrents

Elle s'inscrit dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la nouvelle course aux armements, qui oppose désormais les États-Unis à la Chine, à la Russie, à la Corée du Nord et à l'Iran. Il se trouve que l'industrie et l'armée de la Russie et de la Chine sont en pointe dans le domaine des missiles hypersoniques.

La particularité de ces missiles, outre leur vitesse, est leur capacité à modifier leur trajectoire tout en garantissant l'impact sur leur cible initiale. Plusieurs cas ont été identifiés tant en Ukraine suite à des frappes russes qu'en Israël suite à des frappes iraniennes, et ce malgré l'excellence du système de défense aérienne multicouche israélien, connu sous le nom de “Iron Dome/David's Sling/Arrow” (Dôme de fer/Flèche de David).”

L'IA en guerre (3) : L'hyper-guerre au Moyen-Orient

Ainsi, le programme “Dôme d'or”, annoncé pour 2025, est à la fois une transposition à très grande échelle et une transformation du concept de défense antimissile “Dôme de fer”.

Le lancement du Golden Dome mobilise donc à la fois les industries directement liées à l'espace et à la défense, ainsi que leurs chaînes de sous-traitance, dans tous les domaines connexes. Le Golden Dome est donc à la fois un projet de défense et un projet industriel à l'échelle américaine.

L'évolution du financement initial du Dôme d'Or, qui est passé de $151 milliards sur 10 ans en janvier 2026, indique la priorité accordée à ce programme par l'administration Trump.

La guerre de l'espace a commencé

Cette nouvelle ère de l'aérospatiale se reflète également dans la résurgence de l'industrie des missiles. Depuis 2022, les stocks de diverses catégories de missiles ont été considérablement réduits en raison de la guerre en Ukraine, du soutien apporté à Israël dans la guerre de Gaza, de la guerre en mer Rouge contre les Houthis, de la guerre au Liban et de la guerre contre l'Iran. Ainsi, en 2020, le stock de missiles Tomahawk s'élevait à 9 000 unités et n'était plus que de 4 000 en 2025.

Face à cette attrition, le gouvernement américain augmente massivement les commandes de missiles auprès de l'industrie aérospatiale. Par exemple, Raytheon et Lockheed Martin devraient produire 740 missiles antiaériens Patriot (PAC-2/PAC-3) d'ici 2025, de la même classe que ceux utilisés en Ukraine et en Israël. Ce taux de production représente le double du niveau actuel : avant 2023, seules 350 unités de ce modèle étaient produites chaque année. En 2023 et 2024, la production a atteint 500 unités.

Cette accélération se manifeste également ailleurs. Ainsi, l'armée américaine, chargée de déployer les bataillons de missiles Patriot, a obtenu un quadruplement de la production globale qui, d'ici 2026, passera de 3 000 à 13 000 unités par an - si Boeing et Lockheed Martin en ont la capacité industrielle.2Meghann Myers, L'armée veut quadrupler ses achats de missiles Patriot, Defense One, 8 juillet 2025.

Enfin, la “guerre des 12 jours” entre l'Iran, Israël et les États-Unis en juin 2025 a été littéralement la première guerre spatiale.

L'IA en guerre (5) : Israël, l'Iran, les États-Unis et la nouvelle façon de faire la guerre (par l'IA)

Presque tous les affrontements ont impliqué des salves de missiles balistiques et hypersoniques iraniens contre ceux du système de défense aérienne israélien à haute, moyenne et basse altitude, qui fonctionnait à pleine capacité. En outre, une seule nuit d'utilisation de la défense aérienne américaine entraîne des coûts énormes, au moins $1 milliard par nuit.

Le nouvel âge des lasers

Face à cette réalité technologique et financière, le système américain réagit en promouvant des systèmes d'armes laser au sein de l'architecture du Dôme d'Or.

Les systèmes d'armes à énergie dirigée sont aujourd'hui une technologie largement mature. Lorsque la base industrielle américaine sera en mesure de les produire en masse, ces systèmes d'armes pourront être déployés du niveau tactique - en situation de combat - avec des systèmes d'armes de 10 à 30 kW, au niveau stratégique, comme la défense antimissile, avec une puissance de 300 kW.

Le nouvel âge technologique et industriel

En d'autres termes, le Dôme d'Or est un gigantesque pôle d'attraction scientifique, technologique et industriel pour tous les acteurs liés à l'écosystème de l'industrie aérospatiale et donc, en particulier, pour les composants électroniques très complexes nécessaires aux différentes couches d'équipement. Il en résulte la possibilité d'une évolution rapide des marchés associés, que les industries concernées doivent anticiper.

Cet effort prospectif est d'autant plus important que le programme du Dôme d'or s'appuie sur la militarisation de l'IA et la renforce.

2. La Silicon Valley : Soutien politique et infrastructurel au dôme d'or

Lors de son discours à Davos le 20 janvier 2026, le président Trump a souligné l'importance du Groenland pour le Dôme d'Or. Cet intérêt stratégique pour le Groenland traverse toute la séquence d'événements qui a commencé avec la réélection du président Trump en novembre 2025, soulignant l'influence des grandes entreprises de la Silicon Valley.

En effet, de par sa géographie, le Groenland jouera un rôle stratégique dans le déploiement du dôme d'or au-dessus du pôle Nord.

Le Groenland et la Silicon Valley

Ainsi, le 22 décembre 2024, le président élu Donald Trump, qui sera investi 28 jours plus tard, annonce que Ken Howery sera nommé ambassadeur au Danemark. Ce choix est particulièrement significatif pour démontrer l'implication conjointe de l'administration Trump et de la Silicon Valley dans le renforcement de l'intégration du Groenland dans le système stratégique américain.

Ken Howery est en effet l'un des membres fondateurs de PayPal, aux côtés d'Elon Musk et de Peter Thiel. Il est ensuite devenu l'un des cofondateurs de Founders Fund, le plus grand fonds de capital-risque de la Silicon Valley, dirigé par Peter Thiel, lui-même fondateur de Palantir, le “Google des espions”, et investisseur de haut niveau dans Facebook/Meta et Google.

Le Founders Fund a également aidé le jeune J.D. Vance à créer son propre fonds de capital-risque dans la Silicon Valley avant qu'il ne devienne vice-président sous la présidence Trump. La nomination de Ken Howery comme ambassadeur au Danemark est donc un signal de l'importance géostratégique majeure du Groenland pour les stratégies combinées du gouvernement fédéral américain et des géants américains de l'IA et de l'espace, ou d'acteurs hybrides comme SpaceX/xAI d'Elon Musk.

Géopolitique de Trump - 1 : Trump, le président du pouvoir de l'IA

Cette entreprise a révolutionné le transport spatial avec SpaceX et ses fusées réutilisables, et les opérations satellitaires avec Starlink, tout en fusionnant simultanément l'espace et l'IA grâce à sa société xAI avec SpaceX.

Il en va de même pour Starshield, la filiale de Starlink dédiée aux constellations de satellites de communication militaires, déjà exploitées par les armées américaine et italienne, entre autres.

Cette fusion fera l'objet d'une introduction en bourse historique, probablement en juin 2026, qui devrait atteindre près de $1,5 trillion.

Space X, Palantir et Anduril dans l'espace

Mais d'autres géants de l'IA civilo-militaire et des drones sont également inclus dans le programme du Dôme d'Or. C'est notamment le cas de Palantir, qui a fait ses preuves en tant qu'agrégateur de données à des fins militaires et opérationnelles pendant la guerre en Ukraine.

Anduril, le géant des drones de combat autonomes, figure également sur la liste des contractants. Étant donné qu'Anduril travaille en partenariat avec, entre autres, Palantir et OpenAI pour améliorer l'autonomie des drones de combat et des essaims, ainsi que leurs capacités de communication et de cyberguerre, la participation d'Anduril est importante en soi et en tant que pôle technologique pour l'intégration de l'IA au Dôme d'or.

L'IA en guerre (4) : La course aux drones et aux robots entre les États-Unis et la Chine

En avril 2025, SpaceX, Palantir et Anduril se sont rendus au Pentagone pour présenter la manière dont ils allaient construire près de 1 000 satellites et les mettre en orbite pour fournir des capacités d'observation, de communication et d'alerte précoce, tout en préparant une flotte distincte de satellites de combat équipés de missiles et de lasers pour intercepter et détruire les missiles et les drones ennemis.3Lauren C. Watson et Ben Watson, La brève de D : Le nouveau plan de guerre de la Space Force ; Musk, Palantir, Anduril visent les contrats du ‘Dôme d'or’ ; La course aux petits réacteurs du ministère de la Défense ; Et un peu plus encore, Defense One, 17 avril 2025.

Renouveler la base industrielle américaine

Parallèlement, le Pentagone noue un partenariat massif avec Grok, l'IA générative d'Elon Musk développée par xAI, afin d'optimiser tous les processus administratifs et opérationnels au sein du département de la guerre.

Les besoins en traitement de données, en autonomie et en rapidité générés par les différentes couches du Dôme d'Or seront si importants que l'IA sera présente à tous les niveaux, ainsi qu'un outil essentiel pour l'intégration et la coordination des différents composants.

En d'autres termes, le programme Golden Dome modifie profondément le paysage industriel américain de l'aérospatiale et de l'intelligence artificielle dans toutes ses composantes.

Les entreprises concernées devront donc anticiper cette évolution afin de se positionner à temps et d'en tirer profit. Cela est particulièrement vrai pour les entreprises spécialisées dans les capacités informatiques et la connectivité.

3. Géographie des opportunités

L'hyperscalibration de l'industrie américaine

Le Dôme d'Or doit donc être considéré comme un “hyperscalaire” générateur d'opportunités industrielles et financières. Mais celles-ci seront réparties en fonction de la géographie industrielle et politique.

Pour les entreprises françaises et européennes présentes aux Etats-Unis et implantées dans les secteurs concernés par le Dôme d'Or, y compris sa connectivité, cette géographie s'étend de Paris au territoire américain.

Il doit permettre de recueillir en amont les informations dont les entreprises auront besoin pour être particulièrement compétitives sur les marchés amplifiés par le Dôme d'Or.

Géographie politique des opportunités industrielles américaines

  • France (Paris)
    • Ambassade des États-Unis ;
    • Fondation franco-américaine
  • États-Unis :
    • Washington D.C. / Alexandria :
      • Ambassade de France à Washington ;
      • Agence de défense antimissile - Département de la guerre / Pentagone ;
      • Commission de la défense de la Chambre des représentants ;
      • Northrop Grumman, Boeing, Lockheed Martin ;
      • Les cabinets de lobbying ;
      • Groupes de réflexion spécialisés ;
    • Ohio
      • Columbus, parc industriel Anduril ;
      • Californie
      • SpaceX ;
      • GAFAM ;
    • Arizona (Phoenix)
      • TSMC (semi-conducteurs à très haute performance. Une usine déjà construite, trois autres prévues d'ici 2030, $500 milliards d'investissement de Taiwan en Arizona) ;
      • Softbank (géant japonais de l'investissement dans l'innovation. A annoncé des investissements de $1 trillion dans des parcs industriels d'IA d'ici 2030) ;
      • Des représentants d'Apple, de Nvidia, d'AMD, de Google, de PayPal, d'Amazon, d'Oracle, de Microsoft et de Meta, qui construisent leurs nouveaux centres de données en Arizona.

L'intégration de ces acteurs, impliqués dans le Dôme d'Or et l'essor du secteur de l'IA dans l'aéronautique, permettra aux entreprises françaises du numérique et de la connectivité de bénéficier pleinement des effets liés à l'anticipation de la quantité et de la nature des commandes suscitées par le financement et la mise en œuvre du Dôme d'Or.

Notes

VIGILANCE - Yémen et Arabie Saoudite

(Direction artistique et conception par IA : Jean-Dominique Lavoix-Carli)


Les notes d'alerte stratégique signalent les évolutions géopolitiques et sécuritaires susceptibles d'avoir d'importantes répercussions à long terme. Elles sont conçues pour favoriser une prise de conscience précoce et un suivi stratégique. Pour des analyses approfondies, cartographies structurées des risques, scénarios de prospective stratégique et alerte précoce, veuillez nous contacter.


Enjeux

La stratégie et les actions de l'Arabie saoudite au Yémen entrent dans une nouvelle phase et doivent faire l'objet d'un suivi actif dans le cadre du contexte stratégique régional et mondial.

Contexte

  • Début 2026, nous assistons à une impasse en ce qui concerne les négociations entre les États-Unis et l'Iran dans le Golfe.
  • La stratégie de sécurité américaine 2026 est définie par une nouvelle approche du Moyen-Orient : “Transférer les charges, construire la paix (Shift Burdens, Build Peace)“ dont l'objectif est de renforcer les capacités des partenaires régionaux.
    → Le Moyen-Orient n'est plus la première priorité des États-Unis. Il reste important mais avec des “partenaires du Moyen-Orient” renforcés. Un espace a ainsi été créé pour un leadership régional plus fort.
  • Le Yémen est en guerre civile depuis 2014, ce qui a des conséquences majeures sur la sécurité intérieure, régionale et maritime.
  • Les Houthis, soutenus par l'Iran, ont contribué de manière significative à l' insécurité maritime en mer Rouge.
  • Des tensions ont eu lieu entre les Émirats arabes unis (EAU) et le Royaume d'Arabie saoudite (KSA), notamment au sujet du Yémen à la fin de l'année 2025. L'Arabie Saoudite a évincé les Émirats arabes unis du Yémen et est désormais l'acteur extérieur dominant du Golfe dans le conflit..

Importance et impact

  • Depuis décembre 2025, les voies de transit sont rouvertes.
    → Tout changement dans les dynamiques à l'oeuvre au Yémen ou dans le Golfe pourraient avoir une incidence directe sur la sécurité maritime.
  • La dynamique des pouvoirs dans le Golfe et au Moyen-Orient est en train de se redessiner, l'Arabie Saoudite joue un rôle régional de plus en plus ambitieux.
    La manière dont ces dynamiques émergentes évolueront - et leur durabilité - doit être activement surveillée.
  • Le positionnement de la Chine en réponse à ces changements est stratégiquement critique dans le contexte des tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine.
  • La future configuration territoriale et politique du Yémen est en jeu, notamment :
    • un possible fin de la guerre civile;
    • et/ou la réémergence du Yémen du Sud.

Sources d'information: Reuters ; EurasiaReview ; Stratégie de sécurité nationale des États-Unis (novembre 2025) et Stratégie de défense nationale 2026.


→ Pour des analyses approfondies, cartographies structurées des risques, scénarios de prospective stratégique et alerte précoce sur les dynamiques en jeu au Yémen et dans le Golfe : nous contacter.



Impacts de la menace américaine contre le Groenland : l'accord commercial entre les États-Unis et l'UE, le Parlement européen et l'avenir de l'Europe

(Direction artistique et conception : Jean-Dominique Lavoix-Carli)

Avec le sommet 2026 de Davos, la menace américaine sur le Groenland a pris une tournure moins dramatique. Cependant, la problématique n'en a pas disparu pour autant. Les impacts de la crise, par contre, sont de grande ampleur et durables.

Par conséquent, nous devons continuer à surveiller les évènements en cours. Nous allons devoir identifier toutes les dynamiques liées à la question afin d'anticiper les impacts et leur gravité, et ainsi être capables d'y répondre de manière adéquate.

Dans cet article, tout en suivant l'évolution de la situation trilatérale entre le Groenland, le Danemark et les États-Unis, nous nous concentrons sur une dynamique déclenchée par la menace américaine sur le Groenland, laquelle impacte l'avenir même de l'Europe, ainsi que tous les acteurs dans leurs relations quotidiennes avec les États-Unis. Nous examinons les conséquences de la crise sur l'accord commercial cadre entre les États-Unis et l'Union européenne signé au cours de l'été 2025.

Nous expliquons d'abord pourquoi et comment la ratification de l'accord a été gelé. Nous examinons ensuite les prochaines étapes, soulignant qu'un retour au passé est très improbable. Examinant les interactions entre les acteurs, notamment au sein du Parlement européen (PE), nous soulignons l'existence de deux pôles derrière une approche unie pour l'Europe. Finalement, nous esquissons le contour de deux impacts majeurs : une plus grande instabilité en termes de commerce international et les futurs possibles pour l'Union européenne.

Gel du cadre commercial entre les États-Unis et l'UE

Escalade

Alors que le président américain Trump faisait monter la pression sur le Groenland au cours des premières semaines de janvier 2026, les institutions européennes et les États membres de l'Union européenne se sont portés au secours du Danemark et du Groenland, démontrant ainsi la force de l'union sur la désunion, quel que soit le niveau de soutien effectivement apporté.

Le 15 janvier, dans le cadre de l' Exercice Arctic Endurance, des alliés européens et otaniens du Danemark, à savoir la Finlande, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni, envoyèrent des troupes symboliques au Groenland, en sus de celles expédiées par le Danemark, afin de montrer leur détermination face à la menace américaine contre le Groenland.1Déclaration du Danemark, de la Finlande, de la France, de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Norvège, de la Suède et du Royaume-Uni, 18 janvier 2026 ; par exemple La France participe à l'opération Arctic Endurance au Groenland - Ministre.

Importations et exportations de l'UE et des États-Unis en 2023 par État membre de l'UE
Importations et exportations (biens) de l'UE vers les États-Unis par État membre de l'UE - 2023 en milliards d'USD - Données : Banque mondiale

En représailles, le 17 janvier, le président Trump menaçait de prélever jusqu'à 25% de droits de douane sur ces huit pays européens.

... À partir du 1er février 2026, tous les pays mentionnés ci-dessus (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande) se verront appliquer un tarif de 10% sur toutes les marchandises envoyées aux États-Unis d'Amérique. Le 1er juin 2026, le tarif sera porté à 25%. Ce tarif sera dû et payable jusqu'à ce qu'un accord soit conclu pour l'achat complet et total du Groenland. ...”

@realDonaldTrump sur TruthSocial, Message du 17 janvier 2026.
Le déséquilibre du commerce de biens entre les États-Unis et l'UE décortiqué : une situation très diverse selon les États membres de l'UE - 2023 en milliards d'USD
Le déséquilibre commercial (biens) entre les États-Unis et l'UE décortiqué - 2023 en milliards d'USD - Données : Banque mondiale

En conséquence, le 18 janvier, le Parlement européen (PE) gela l' l'accord cadre entre les États-Unis et l'Union européenne concernant un accord sur des échanges commerciaux réciproques, équitables et équilibrés (United States-European Union framework on an agreement on reciprocal, fair and balanced trade), lequel fut signé au cours de l'été 2025.2Il convient de noter que cet accord ne concerne que les échanges de biens pour lesquels la balance commerciale est favorable à l'UE et non les services pour lesquels elle est défavorable à l'UE. En 2024, l'UE a importé pour 334,8 milliards d'euros de biens en provenance des États-Unis et a exporté pour 532,3 milliards d'euros de biens vers les États-Unis, affichant ainsi un excédent de 197,5 milliards d'euros. En revanche, l'UE a importé pour 482,5 milliards d'euros de services en provenance des États-Unis et a exporté pour 334,5 milliards d'euros de services vers les États-Unis, ce qui représente un déficit de 148 milliards d'euros. Dans l'ensemble, l'excédent commercial de l'UE avec les États-Unis est de 49,5 milliards d'euros (Source : Commerce entre l'UE et les États-Unis : faits et chiffres). En effet, pour entrer en vigueur, le cadre commercial doit être ratifié par le Parlement européen (voir l'encadré ci-dessous pour le processus d'adoption par l'UE de nouveaux accords commerciaux formels ; notez que le cadre États-Unis-UE n'est pas considéré comme un accord commercial habituel, donc l'étape initiale serait absente, les étapes décrites dans cet article sont en rouge). En raison des menaces du président Trump, le Parlement a estimé que le vote de ratification prévu pour la fin du mois de janvier était impossible.

Le député européen allemand Bernd Lange (Alliance progressiste des Socialistes et démocrates - S&D, deuxième groupe du PE actuel), président de la Commission du commerce international (INTA) du PE, déclarait alors “qu'il demanderait la semaine prochaine à la Commission européenne d'utiliser l'instrument de lutte contre la coercition (ACI) - son ‘bazooka commercial’.”3Sofia Sanchez Manzanaro, “Les derniers tarifs douaniers de Trump menacent de torpiller le pacte commercial entre l'UE et les États-Unis”, Euractiv, le 17 janvier 2026. Cette déclaration va dans le sens de celle d'Iratxe García, présidente du S&D, qui appelait à suspendre l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis et à activer l'instrument de lutte contre la coercition.4Communiqué de presse des S&D, S&D : L'accord commercial UE-USA doit rester gelé jusqu'à ce que la stratégie soit claire, le 23 janvier 2026.

De même, Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen - PPE (démocrates-chrétiens), le plus grand groupe du Parlement européen, qui assure la présidence de la Commission des affaires étrangères (AFET), déclarait qu'il était impossible d'approuver l'accord entre l'UE et les États-Unis.5Ibid, Euractiv, 18 janvier 2026.

Nous avons donc bien assisté à une réaction unie du Parlement européen.

Désescalade à Davos

Puis, les événements de Davos eurent lieu.

Le 21 janvier, d'abord, lors de son discours, le président Trump expliqua qu'il n'utiliserait pas la force pour prendre le Groenland, tout en continuant à exprimer son mépris envers les Européens et en restant menaçant.

Lire des extraits du discours du président Trump à Davos

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LE PRÉSIDENT :  00:19:36-00:20:01 (25 sec)
Et peut-être qu'aucune question d'actualité ne rend la situation plus claire que ce qui se passe actuellement au Groenland. Voulez-vous que je dise quelques mots sur le Groenland ? (Rires)
J'avais l'intention de ne pas en parler dans mon discours, mais j'ai pensé qu'on m'aurait fait une critique très négative. J'ai un immense respect pour les peuples du Groenland et du Danemark, un immense respect.
Mais chaque allié de l'OTAN a l'obligation de pouvoir défendre son propre territoire. Et le fait est qu'aucune nation ou groupe de nations n'est en mesure de sécuriser le Groenland à l'exception des États-Unis. Nous sommes une grande puissance, bien plus grande que les gens ne le pensent. Je pense qu'ils l'ont découvert il y a deux semaines au Venezuela.

Après la guerre, nous avons rendu le Groenland au Danemark.
Comment avons-nous pu être aussi stupides ? Mais nous l'avons fait. Mais nous l'avons rendu. Mais à quel point sont-ils ingrats aujourd'hui ? Aujourd'hui, notre pays et le monde sont confrontés à des risques bien plus grands qu'auparavant à cause des missiles, des armes nucléaires, des armes de guerre dont je ne peux même pas parler. Il y a deux semaines, ils ont vu des armes dont personne n'avait jamais entendu parler. Ils n'ont pas pu tirer un seul coup de feu sur nous. Ils ont dit ce qui s'est passé.

Tout était confus. Ils ont dit qu'ils l'avaient en ligne de mire, ils ont appuyé sur la gâchette et il ne s'est rien passé. Aucun missile antiaérien n'a été tiré. Il y en a eu un qui s'est élevé à environ 30 pieds et qui s'est écrasé, juste à côté de ceux qui l'avaient envoyé. Ils ont demandé ce qui se passait. Ces systèmes défensifs ont été fabriqués par la Russie et la Chine.

Ils vont donc retourner à leurs planches à dessin, je suppose. Le Groenland est un vaste territoire presque entièrement inhabité et non développé. Il se trouve sans défense à un emplacement stratégique clé entre les États-Unis, la Russie et la Chine. C'est exactement là qu'il se trouve, en plein milieu - ce n'était pas important, ou presque, lorsque nous l'avons rendu.
Vous savez, lorsque nous l'avons rendu, il n'était pas le même qu'aujourd'hui. Ce n'est pas important pour une autre raison. Vous savez, tout le monde parle des minéraux. Il y en a tellement - il n'y a pas de terres rares, il n'y a pas de terres rares, il y a des traitements rares. Mais il y a tellement de terres rares que pour les atteindre, il faut traverser des centaines de mètres de glace.

Ce n'est pas la raison pour laquelle nous en avons besoin. Nous en avons besoin pour la sécurité nationale stratégique et la sécurité internationale. Cette énorme île non sécurisée fait en réalité partie de l'Amérique du Nord, à la frontière nord de l'hémisphère occidental. C'est notre territoire. Il s'agit donc d'un intérêt fondamental pour la sécurité nationale des États-Unis d'Amérique.

En fait, depuis des centaines d'années, notre politique consiste à empêcher les menaces extérieures de pénétrer dans notre hémisphère. Et nous l'avons fait avec beaucoup de succès. Nous n'avons jamais été aussi forts qu'aujourd'hui. C'est pourquoi les présidents américains ont cherché à acheter le Groenland pendant près de deux siècles. Vous savez, cela fait deux siècles qu'ils essaient de le faire. Ils auraient dû le garder après la Seconde Guerre mondiale, mais ils avaient un autre président.

Ce n'est pas grave. Les gens pensent différemment. Il est cependant beaucoup plus nécessaire aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque. En 2019, le Danemark a déclaré qu'il dépenserait plus de $200 millions pour renforcer les défenses du Groenland. Mais comme vous le savez, il a dépensé moins de 1 % de cette somme - 1 %, il n'y a aucun signe du Danemark là-bas, et je dis cela avec beaucoup de respect pour le Danemark, dont j'aime le peuple et dont les dirigeants sont très bons.

Seuls les États-Unis peuvent protéger cette immense masse de terre, ce gigantesque morceau de glace, le développer, l'améliorer et faire en sorte qu'il soit bon pour l'Europe, sûr pour l'Europe et bon pour nous.. C'est la raison pour laquelle je cherche à obtenir des négociations immédiates pour discuter à nouveau de l'acquisition du Groenland par les États-Unis, tout comme nous avons acquis de nombreux autres territoires tout au long de notre histoire, comme l'ont fait de nombreuses nations européennes.
Ils ont acquis - il n'y a rien de mal à cela. Beaucoup d'entre eux ont même fait le chemin inverse, si vous regardez bien. Certains possédaient de vastes richesses, de vastes terres dans le monde entier. Ils ont fait marche arrière. Ils se sont retrouvés au point de départ, cela arrive aussi, mais certains se sont développés. Mais cela ne constituerait pas une menace pour l'OTAN.

La sécurité de l'ensemble de l'alliance, l'alliance de l'OTAN, s'en trouverait grandement améliorée. Les États-Unis sont traités de manière très injuste par l'OTAN; Je tiens à vous le dire. Et quand on y pense, personne ne peut le contester. Nous donnons tant et nous recevons si peu en retour. J'ai critiqué l'OTAN pendant de nombreuses années et pourtant j'ai fait plus pour aider l'OTAN que n'importe quel autre président, et de loin, que n'importe quelle autre personne.....
....
Mais surtout, j'ai obtenu de l'OTAN qu'elle paie 5 %, ce qu'elle faisait déjà et ce qu'elle fait encore aujourd'hui. C'est donc quelque chose que personne n'aurait cru possible. Ils ont dit que nous n'augmenterions jamais plus de 2 %, mais ils sont passés à 5 % et maintenant ils paient les 5 %. Ils n'ont pas payé les 2 % et maintenant ils paient les 5 %, et ils sont plus forts pour cela et ils ont un excellent, soit dit en passant, secrétaire général qui est peut-être dans la salle.
Mark, tu es là ? Oui, il est là. Bonjour, Mark. Nous n'avons jamais rien demandé et nous n'avons jamais rien obtenu. Nous n'obtiendrons probablement rien, à moins que je ne décide d'utiliser une force et une puissance excessives qui nous rendraient franchement inarrêtables. Mais je ne le ferai pas, d'accord ? Maintenant, tout le monde dit, oh bien. C'est probablement la plus grande déclaration que j'ai faite parce que les gens pensaient que j'utiliserais la force.

Je n'ai pas besoin d'utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force ; je n'utiliserai pas la force. Tout ce que les États-Unis demandent, c'est un endroit appelé Groenland, où nous l'avons déjà eu en tant que fiduciaire, mais que nous avons respectueusement rendu au Danemark. Il n'y a pas si longtemps, après avoir vaincu les Allemands, les Japonais, les Italiens et d'autres pendant la Seconde Guerre mondiale, nous leur avons rendu.

Ainsi, ce que nous avons obtenu de l'OTAN n'est rien d'autre que la protection de l'Europe contre l'Union soviétique et maintenant contre la Russie. Nous les avons aidés pendant tant d'années. Nous n'avons jamais rien obtenu, si ce n'est que nous payons pour l'OTAN, et nous avons payé pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que j'arrive, nous avons payé, à mon avis, 100 % de l'OTAN parce qu'ils ne payaient pas leurs factures.

Tout ce que nous demandons, c'est d'obtenir le Groenland, y compris le titre et la propriété, parce qu'il faut la propriété pour le défendre. Vous ne pouvez pas le défendre dans le cadre d'un bail. Premièrement, d'un point de vue juridique, ce n'est pas du tout défendable de cette façon. Et deuxièmement, psychologiquement, qui voudrait défendre un accord de licence ou un bail, qui est un grand morceau de glace au milieu de l'océan où, s'il y a une guerre, une grande partie de l'action se déroulera sur ce morceau de glace.
Pensez-y : ces missiles survoleraient le centre de ce morceau de glace. Tout ce que nous attendons du Danemark pour assurer notre sécurité nationale et internationale, et pour tenir à distance nos ennemis potentiels très énergiques et dangereux, c'est ce terrain sur lequel nous allons construire le plus grand dôme d'or jamais construit.

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https://rollcall.com/factbase/trump/transcript/donald-trump-speech-world-economic-forum-davos-january-21-2026/ - Roll Call Factbase - je souligne

S'ensuivit la rencontre entre le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte. Elle déboucha sur un “cadre d'un futur accord concernant le Groenland”. Ce cadre était loin d'être clair en dehors d'un “délai illimité”, selon le président, et devait être précisé lors de négociations au cours des deux prochaines semaines.6Vidéo sur Youtube, “President Trump comments after the meeting with Mark Rutte” (Commentaires du président Trump après la rencontre avec Mark Rutte), KTVU FOX 2 San Francisco, Le 21 janvier 2026. Cela conduisit néanmoins à une nouvelle désescalade, le président Trump renonçant à sa menace d'imposer des droits de douane aux huit nations participant à l'exercice Arctic Endurance.7Ibid.

On pourrait penser que nous reviendrions alors à la situation telle qu'elle existait avant l'escalade, mais ce serait une erreur.

Pas de retour au passé

Tout d'abord, le 22 janvier 2026, alors que le président Trump semblait apaisé par le nouveau cadre pour le Groenland, le sommet d'urgence de l'UE prévu sur la question eut néanmoins lieu. Les dirigeants de l'UE y auraient défendu ensemble une Europe plus unie et plus indépendante, même si le soutient des différents États à cette idée variait en intensité.8par exemple. Politico, “C'est à ce moment-là que les dirigeants européens ont décidé que l'Europe devait faire cavalier seul”, 23 janvier 2026.

Néanmoins, c'était bien à un retour à la normale que pensait la Présidente du Parlement européen Roberta Metsola (PPE). En effet, après le sommet d'urgence de l'UE du 22 janvier, elle déclara qu'il était désormais nécessaire de procéder rapidement au vote de l'accord entre les États-Unis et l'UE.9Eddy Wax/Sofia Sanchez Manzanaro/Thomas Moller-Nielsen, “European Parliament chief pledges to close EU-US trade pact”, Euractiv, Le 22 janvier 2026

Le président du Conseil de l'Union européenne, António Costa, adopta une position similaire à celle de Metsola, déclarant que même si les Européens doivent être respectés, même si seuls le Danemark et le Groenland peuvent décider de leurs affaires, et qu'ils ont le soutien total de l'Union européenne, même si le respect des principes du droit international, notamment la territorialité et la souveraineté, est primordial, il n'en reste pas moins que “Nous devons maintenant nous concentrer sur la mise en œuvre de cet accord. L'objectif reste la stabilisation effective des relations commerciales entre l'Union européenne et les États-Unis.“.10Conseil européen, Conclusions orales du Président António Costa à la suite de la réunion informelle des membres du Conseil européen du 22 janvier 2026“, 23 janvier 2026. Le président du Conseil espérait donc, lui aussi, un retour immédiat à la normale.

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

En effet, le flou même du “cadre pour le Groenland”, le choc créé par l'escalade et le comportement des États-Unis, qui sont passés d'allié à Etat proférant des menaces, les vantardises continuelles du président Trump, son mépris et sa morgue envers l'Europe et les dirigeants européens, son dédain répété pour les principes de l'ordre international depuis son arrivée au pouvoir en 2024, par la parole et par les actes, par exemple le Venezuela, puis la menace contre le Groenland, pour ne citer que certains des facteurs les plus importants, ont créé les conditions mêmes qui ont permis à de nouvelles dynamiques de se déployer.11e.g. Déclaration des spécialistes du droit international sur l'agression militaire des États-Unis contre le Venezuela, Völkerrechtsblog, 30.01.2026 ; Hélène Lavoix, “Comment utiliser l'IA pour les signaux faibles - Trump, le révolutionnaire international ?”, The Red Team Analysis Society, 14 mars 2025. Ces dynamiques constituent une partie des impacts de la crise du Groenland.

Le 23 janvier 2026, le S&D, en sa qualité de chef de file de la commission du commerce international, publiait un communiqué de presse déclarant que l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis doit rester gelé jusqu'à ce que la stratégie soit claire. La décision concernant la date du vote sur l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis devait être prise le 27 janvier 2026. Le S&D voulait notamment en savoir plus et “par écrit” sur le soi-disant cadre décidé entre le président Trump et le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte. Dans le même temps, le communiqué de presse réprimandait la présidente du PE, Mme Metsola, lui rappelant sa place et son rôle.

L'Union européenne et les nouveaux accords commerciaux

“Dans un premier temps, le Conseil autorise la Commission européenne à négocier un nouvel accord commercial au nom de l'UE. Cela se fait par le biais d'un ‘mandat de négociation’. Avec cette autorisation, le Conseil fournit des directives de négociation qui incluent les objectifs, le champ d'application et les délais éventuels des négociations. Nota : le cadre États-Unis-UE n'étant pas un accord commercial conventionnel, cette étape ne concernait pas le cadre..

La Commission négocie ensuite avec le pays partenaire au nom de l'UE, en étroite collaboration avec le Conseil et le Parlement européen.

Une fois que les partenaires se sont mis d'accord sur le texte de l'accord, la Commission soumet une proposition formelle d'adoption au Conseil. 

À l'issue des discussions, le Conseil adopte une décision sur la signature de l'accord au nom de l'UE.

Elle envoie ensuite l'accord signé au Parlement européen pour approbation. 

Dans les dernières étapes, une fois que le Parlement européen a donné son approbation, le Conseil adopte la décision de conclure l'accord.

Une fois l'accord obtenu entre le Parlement et le Conseil, l'acte législatif est publié au Journal officiel.

Elle est ensuite transposée dans les législations nationales et s'applique à tous les citoyens européens”.”

Conseil de l'Union européenne, Accords commerciaux de l'UE; Parlement européen, Coup d'œil sur les commissions parlementaires.

Comme prévu, le 27 janvier, ainsi que le rapporte Politico d'après des interviews, les discussions se déroulant à huis clos, “Le Parlement européen ... a reporté sa décision de débloquer l'accord commercial entre l'UE et les États-Unis - mais a signalé qu'elle le ferait à une date ultérieure”.12Max Griera, “EU Parliament delays decision to unfreeze US trade deal” , Politico, Le 27 janvier 2026.

Entre-temps, il semble que la Commission européenne ait également souhaité que l'accord soit ratifié et l'ait fait savoir à la commission.13Ibid. Les membres du Parlement européen (MEP) se sont donc sentis responsables de veiller à ce que la Commission ne s'incline pas devant les États-Unis.14Ibid.

La commission du commerce se réunira à nouveau le 4 février 2026 et décidera alors des prochaines étapes, qui pourraient consister à débloquer, ou non, la ratification de l'accord, et de la date à laquelle un vote pourrait avoir lieu.15Ibid ; Max Griera, “EU Parliament eyes US trade deal approval with Trump-proof safeguards”, Politico, 28 janvier 2026.

Pendant ce temps, les députés de la commission du commerce discutent à huis clos de la manière de modifier le cadre États-Unis-UE pour s'assurer qu'il protège l'UE de toute nouvelle menace ou action agressive des États-Unis.16Pour l'ensemble de ce paragraphe, Griera, “EU Parliament ...”, Politico, 28 janvier 2026. Selon certaines informations, le S&D et Renaissance (Renew) envisagent des clauses de sauvegarde annulant l'accord en cas de menaces sur la souveraineté territoriale. Ils souhaitent également mieux définir et préciser les termes de l'accord : par exemple, une nouvelle menace de droits de douane américains suspendrait automatiquement le cadre. Pour leur part, les eurodéputés du PPE, qui font pression pour une adoption rapide du cadre commercial entre les Etats-Unis et l'UE et donc pour un retour à la normale, seraient d'accord avec des clauses de sauvegarde, mais éventuellement limitées à des points spécifiques et sans effet sur l'ensemble de l'accord. Ils s'opposent à la demande du S&D à la Commission européenne d'enquêter sur une éventuelle coercition américaine visant à forcer le Danemark à abandonner le Groenland, ce qui déclencherait alors l'instrument de lutte contre la coercition de l'UE. Tous s'accordent sur une clause donnant à la Commission européenne le pouvoir de revoir l'accord après une période déterminée, tandis que les points relatifs à l'acier doivent être révisés.

Si les membres de la commission commerciale se mettent d'accord assez rapidement sur le texte, ils pourraient alors voter sur ce dernier les 23 et 24 février, mais, là encore, la décision sera prise le 4 février.17Ibid.

Les modifications du cadre États-Unis-UE, ainsi que la décision de voter sur le texte amendé et le moment de le faire dépendront de l'évolution d'autres événements et dynamiques.

Par exemple, le début des discussions techniques dans le cadre d'un groupe de travail entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland sur la sécurité dans l'Arctique, le 28 janvier, peut être considéré comme un signal positif.18Aamer Madhani Associated Press, “Rubio says technical talks with Denmark, Greenland officials over Arctic security have begun”, ABC News, 28 janvier 2026. Cependant, même si le ministre danois des affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, s'est félicité de l'ouverture des négociations, les qualifiant de “très constructives“, il a également souligné :

Ce n'est pas que les choses soient résolues, mais c'est bien parce que, maintenant, nous sommes revenus à ce que nous avions convenu à Washington il y a exactement deux semaines et un jour. Après cela, il y a eu un grand détour. Les choses se sont envenimées, mais nous sommes à nouveau sur la bonne voie.

Le ministre danois des affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, s'adressant aux journalistes à Bruxelles avant une réunion des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne, rapporté par Sam Meredith, “Le Danemark se félicite des discussions constructives avec les États-Unis sur le Groenland : ‘Nous sommes à nouveau sur la bonne voie".“, CNBC, le 29 janvier 2026.

Donc, les membres de la commission du commerce considèrent très probablement ces deux éléments : les choses sont revenues à la normale, mais c'est très similaire à ce qui s'est passé avant l'escalade ; nous devons donc absolument nous assurer qu'aucune tension et escalade de ce type ne puisse recommencer. Il seront également très probablement influencés par tous les autres discours, déclarations et événements ayant lieu, lesquels vont informer leur vision de la présidence Trump, notamment en ce qui concerne l'Europe, mais pas seulement.

Mise à jour du 11 février 26: Vous pouvez suivre l'évolution de la situation avec les éléments suivants : Comité du commerce Communiqué de presse du 4 février 26 puis l'accord conclu au sein de la commission du commerce le 10 février 26 ici, Un vote est prévu pour la fin février ou le mois de mars (aucun communiqué de presse de la commission du commerce n'a encore été publié).

Impacts

Importations et exportations et stratégie connexe

La première série d'impacts qui résulte de cette dynamique déclenchée par la présidence de Trump est que l'accord commercial entre les États-Unis et l'UE n'est toujours pas en place, que l'accord sera plus protecteur de l'Europe et des Européens, et moins unilatéral en faveur des États-Unis. Cependant, la stabilité et la prévisibilité, qui étaient censées être un objectif majeur de l'UE pour cet accord, comme l'explique la Commission européenne, restent insaisissables. La stabilité ne peut être instaurée entre deux acteurs dans un monde hautement volatile et incertain lorsque l'un des acteurs est le moteur même de l'instabilité et du changement.19Par exemple, Hélène Lavoix, Comment utiliser l'IA pour les signaux faibles - Trump, le révolutionnaire international ?, The Red Team Analysis Society, 14 mars 2025.

En conséquence, les entreprises européennes doivent développer des politiques agiles concernant leurs importations, leurs exportations et leur stratégie connexe. Ces politiques doivent intégrer pleinement l'incertitude liée au commerce, notamment en termes de tarifs douaniers. Pour être pleinement agiles, elles doivent surveiller les dynamiques géopolitiques, notamment celles qui favorisent l'incertitude en ces domaines, afin d'être en mesure de prévoir les changements, y compris temporaires, et de réagir en conséquence. Une trésorerie suffisante peut notamment s'avérer nécessaire pour compenser d'éventuelles surprises.

L'avenir de l'Europe

Deuxièmement, en ce qui concerne l'Union européenne, et ce n'est pas moins important, nous voyons ici, malgré les discours sur l'unité, des positions diverses, voire opposées, continuer à se manifester au sein des groupes politiques, des États membres et des institutions européennes.

À première vue, cela conduit à trois grandes évolutions possibles pour l'Union européenne.

Si nous prenons les positions et les actions concernant le cadre commercial entre les États-Unis et l'Union européenne comme des indications, nous avons deux pôles.

Un pôle attirerait les acteurs qui veulent un retour à la normale et souhaitent que l'accord commercial soit signé le plus rapidement possible, pour le bien des affaires. Cependant, à la suite de la menace américaine contre le Groenland, ces groupes européens ont peut-être commencé à s'éloigner légèrement de ce pôle, comme le montre le fait qu'ils pourraient accepter des clauses de sauvegarde ajoutées au cadre américano-européen. Les orientations futures de ces positions devront être suivies de près. Les groupes qui gravitent autour de ce pôle sont le PPE (centre-droit), l'ECR (droite dirigée par le parti du Premier ministre italien Giorgia Meloni, avec 24 députés, suivi par la Pologne avec 20 députés) et les Patriotes (extrême droite, dirigée par le parti français de Marine Le Pen, le Rassemblement national, avec 30 députés, suivi par la Hongrie avec 11 députés).20Max Griera, “EU Parliament delays decision to unfreeze US trade deal” , Politico, Le 27 janvier 2026.

Les spécificités de chaque pays en termes de commerce avec les Etats-Unis jouent très probablement un rôle dans les positions des députés et des groupes en ce qui concerne la façon de traiter le cadre commercial entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Par exemple, en termes de biens, l'Allemagne est le premier partenaire des Etats-Unis. En 2023, elle était également responsable de 52% de l'excédent commercial avec les États-Unis (en ne comptant que les excédents). Le PPE constitue, quant à lui, le plus grand groupe du Parlement européen pour l'Allemagne, comme le montre le tableau du Parlement européen “Députés européens par État membre et par groupe politique“Avec 32% de ses députés, l'Allemagne est le plus grand groupe national au sein du PPE, suivi à égalité par les Verts, l'ESN et le S&D avec 15% chacun. Les députés allemands constituent également le groupe national le plus important au sein du PPE (16,6 %), suivi par la Pologne (12,29%) et l'Espagne (11,76%). Il est donc logique que le PPE soutienne un retour à la normale et une ratification rapide de l'accord entre les États-Unis et l'UE, car il est très important pour l'Allemagne. On peut raisonner de la même manière pour l'Italie et l'ECR, l'Italie étant le troisième partenaire européen des États-Unis et enregistrant le deuxième excédent commercial le plus important (pour les marchandises).21Max Griera, “EU Parliament delays decision to unfreeze US trade deal” , Politico, Le 27 janvier 2026. Le rapprochement entre le chancelier allemand Merz et le premier ministre italien Meloni pourrait être une indication supplémentaire du renforcement de ce pôle.22James Angelos et al. “The EU's new power couple : Merz et Meloni”, Politico, le 23 janvier 2026 ; Transcription de la conférence de presse conjointe, le 23 janvier 2026.

À l'opposé, l'autre pôle attire ceux qui veulent être prudents face à un acteur promouvant un changement profond et prêt à utiliser des méthodes d'intimidation, comme l'administration Trump, et ceux qui veulent aussi s'assurer que l'Europe est forte de manière indépendante, et perçue comme telle. Les groupes du PE appartenant à cette catégorie sont le S&D (socialistes), Renaissance (Renew - libéraux - qui assure la présidence de la Commission de la sécurité et de la défense - SEDE) et les Verts. La gauche a également appelé non seulement à geler le vote, mais aussi à rejeter complètement l'accord.23La gauche, “European Parliament halts US Trade Deal”, 21 janvier 2026.

En supposant que tous les membres d'un groupe votent selon la ligne de ce groupe, ce qui n'est probablement pas le cas, nous avons 350 eurodéputés pour le pôle business as usual et 312 eurodéputés pour une Europe plus forte avec une “autonomie stratégique”. Restent l'ESN (Europe des nations souveraines) et les non-alignés, soit un total de 57 personnes, qui peuvent donc faire pencher la balance.

Compte tenu de la complexité des mécanismes de l'UE, et malgré le rôle intéressant joué par le Parlement dans le cas de la dynamique déclenchée par la menace américaine sur le Groenland sur l'accord commercial entre les États-Unis et l'UE, la position de chaque composante de chaque institution de l'UE, y compris les États membres, devrait être analysée en détail afin d'obtenir des scénarios plus précis.

L'Union européenne pourrait donc, à l'avenir, basculer vers l'un ou l'autre des pôles ou se fracturer. Ce dernier scénario pourrait résulter soit d'un refus de l'un des pôles de changer, bien que les derniers développements puissent indiquer une probabilité évoluant à la baisse pour cette hypothèse, soit d'un blocage. En effet, les institutions européennes étant traversées par de nombreuses lignes d'influence, il est possible qu'elles s'annulent les unes les autres. Ainsi, elles pourraient aussi favoriser un immobilisme global, très dangereux dans le contexte international tendu et changeant que nous connaissons.

Une stratégie judicieuse consisterait à s'assurer de sa résilience, quelle que soit le résultat future.

Notes

Signal - Mini-Chroniques (11) : L'Iran, Trump et la Chine

(Conception artistique : Jean-Dominique Lavoix-Carli
Image : USS Abraham Lincoln, domaine public)

Crise en Iran

Alors que le régime des mollahs se livre à une répression d'une violence effroyable contre sa propre population, les autorités politiques et militaires américaines prépositionnent dans le golfe Persique une force militaire maritime, aérienne et terrestre d'une ampleur historique.

  • Le 23 janvier 2026, le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe de combat, composé de trois destroyers à missiles guidés et d'un sous-marin, seront déployés. Cependant, même si ce déploiement change radicalement l'ampleur de la présence militaire américaine dans la région du Moyen-Orient et du golfe Persique, il comporte également un risque militaire et géostratégique de très grande ampleur.
  • En outre, en juin 2025, l'US Air Force a participé à la “guerre des douze jours”, qui a opposé Israël à l'Iran, dans le but de détruire le programme nucléaire iranien, qui n'a cependant été que dégradé. Cependant, l'Iran possède des capacités militaires de haut niveau et joue un rôle majeur dans la grande stratégie chinoise de l'initiative “la Ceinture et la Route”.”
  • En l'état actuel des choses, le 26 janvier 2026, il est donc essentiel de saisir les enjeux liés à l'interaction entre la crise profonde du régime des mollahs et sa répression effroyable des manifestants iraniens, et la mobilisation militaire américaine, israélienne et britannique.
  • Par ailleurs, il est important de rappeler que le Golfe Persique exporte 20 millions de tonnes de pétrole par jour, soit 20% de la production mondiale. Cinquante pour cent du pétrole iranien est exporté vers la Chine.

Ainsi, la confrontation entre l'armée américaine et l'Iran s'inscrit dans l'escalade des tensions entre Washington et Pékin.

Nous soutenons ici que l'ampleur phénoménale de la mobilisation militaire américaine indique la volonté politique de Washington de déstabiliser le régime. Mais par sa nature même, cette stratégie implique d'accepter la déstabilisation de l'initiative chinoise Belt and Road et une augmentation des tensions avec Pékin.

1. “L'aide arrive”


Le 28 décembre 2026, en raison d'une inflation catastrophique, d'une crise de l'eau massive et d'une détérioration générale des conditions de vie, les manifestations contre le régime des mollahs se multiplient en Iran. Ces mouvements de protestation se sont rapidement propagés à grande échelle. Le régime des mollahs a réagi avec une immense violence.

Les gardiens de la révolution, soutenus par des escadrons du Hezbollah libanais, ont réprimé, massacré, arrêté, violé et torturé des dizaines de milliers de personnes. Près de 35 000 personnes auraient été tuées en trois semaines. L'internet a été bloqué et les connexions Starlink ont été brouillées.1Jean-Michel Valantin, Chroniques de l'hyperwar / AI : Elon, le mollah et les satellites, 19 janvier 2026.

Chroniques de l'hyperwar/AI (1) : Elon, le Mollah et les Satellites

Face à cette situation, le 11 janvier 2026, le président Donald Trump encourage publiquement les Iraniens à continuer à protester et annonce : “L'aide est en route.”

Masse militaire américaine


Un nouveau chapitre s'ouvre alors, passant de la scène politique iranienne ultra-violente à la géostratégie internationale.

En effet, l'aide annoncée par le président Trump est représentée par le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe de frappe, composé de trois destroyers à missiles guidés et d'un sous-marin.

L'expérience des États-Unis en matière de puissance maritime et de combat

Le choix de ce porte-avions est significatif en soi, étant donné que ce navire a passé plusieurs mois en mer Rouge en 2024 pendant la longue guerre navale contre les Houthis soutenus par l'Iran, un conflit qui a opposé la milice yéménite à la marine américaine pendant plus de deux ans.

Cette guerre a notamment été dominée par l'interception de drones et de missiles balistiques lancés par la milice yéménite contre Israël, et par de nombreuses frappes aériennes contre les flottilles navales yéménites et leurs positions terrestres.

Apocalypse dans la mer Rouge - Guerres de l'Anthropocène (9)

L'USS Lincoln et son équipage sont donc rompus à la forme la plus contemporaine de la guerre aéronavale, qui repose sur la coordination par intelligence artificielle (IA) de satellites, de radars, d'avions de combat, de missiles, d'avions de chasse et d'essaims de drones lance-missiles pour atteindre ses objectifs tout en protégeant les navires et les équipages. Cette “hyper-guerre maritime” serait - ou sera - la forme de guerre appropriée pour une intervention dans le golfe Persique.2Ibid.

Expérience de la puissance aérienne et du combat aux États-Unis

En outre, le Pentagone a déployé plus de 12 chasseurs-bombardiers F-15 dans la région. Ces avions font partie du 494e escadron de chasseurs, basé en Angleterre.

En 2024, ce groupe de combat aérien a participé à l'interception de la vague de drones et de missiles lancés par l'Iran contre Israël et à l'opération Midnight Hammer, menée en juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes.

D'autres groupes de combat aérien et de bombardiers, ainsi que des unités de guerre électronique et de ravitaillement en vol, sont déployés dans le golfe Persique, certains étant retirés des unités présentes dans les Caraïbes en raison de l'opération au Venezuela le 3 janvier 2026. Ces appareils s'ajoutent aux 418 chasseurs et chasseurs-bombardiers placés sous le commandement direct du Central Command et de l'Eurocommand, ainsi qu'aux 70 chasseurs-bombardiers et avions de guerre électronique embarqués à bord de l'USS Lincoln.


La taille et la puissance militaire de l'USS Lincoln et de son groupe d'attaque sont intégrées à la présence militaire existante dans le golfe Persique, y compris la base du commandement central à Doha.

Le commandement central américain est le commandement opérationnel qui coordonne toutes les forces terrestres, maritimes, aériennes, spatiales et cybernétiques des États-Unis dans la région du Moyen-Orient, du golfe Persique et de l'Asie centrale. Il représente une force de plus de 20 000 personnes, ainsi que les équipements et les systèmes d'armes nécessaires à toute forme de projection de force dans la région.

L'IA en guerre (5) - Israël, l'Iran et le nouveau mode de guerre (IA)

Par conséquent, un tel déploiement de capacités militaires, dans un délai aussi court, exerce sa propre pression politique, à la fois sur l'adversaire potentiel et sur ses propres dirigeants militaires et politiques, ce qui pourrait conduire à une intervention.

Toutefois, le régime des mollahs a l'expérience de la guerre et lutte pour sa survie, ce qui le rend particulièrement dangereux.

2. Guerre pour la survie et brutalisation du régime


L'extrême violence de la répression lancée depuis le 28 décembre 2025 révèle le degré de brutalité atteint par le régime des mollahs, qui mène une véritable “guerre interne” contre sa propre population. Cette répression est menée par les Gardiens de la Révolution et leurs alliés. Les Gardiens de la Révolution sont une organisation paramilitaire placée sous l'autorité directe du Guide Suprême de la Révolution, l'Ayatollah Khameiney.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est à la fois un service de renseignement intérieur et extérieur, une force de police et une force de répression. Il possède ses propres forces terrestres, maritimes et aériennes et contrôle la plupart des centres économiques et financiers du pays. Alors que l'armée protège le pays, le CGRI protège le régime.3Ashley Lane, Les mandataires islamistes de l'Iran au Moyen-Orient, Centre Wilson

A ce titre, leurs unités ont été impliquées dans toutes les guerres de l'Iran depuis 1980 : la guerre Iran-Irak, les guerres secrètes contre Israël, le soutien au Hezbollah au Liban et au Hamas à Gaza, le soutien au régime de Bachar el-Assad en Syrie, et la guerre clandestine en Irak contre les Américains entre 2003 et 2010. Ils jouent également un rôle central dans la protection du programme nucléaire iranien. Leurs forces comptent environ 125 000 hommes.4Ibid.


Dans la situation géostratégique actuelle, le CGRI lutte pour sa survie. Si le régime tombe, ils sont physiquement condamnés. Cependant, alors que l'Iran est pris dans une spirale d'effondrement monétaire, financier et économique, exacerbée par l'escalade des sanctions américaines, les capacités militaires des Gardiens de la révolution et de l'armée iranienne sont importantes, et les unités iraniennes ont une grande expérience de la guerre.

C'est le cas des guerres hybrides, des guérillas et des guerres de haute technologie, comme l'a démontré la guerre contre Israël.

Enfin, l'Iran possède l'arme énergétique ultime : la fermeture du détroit d'Ormuz. Bloquer 20% du trafic pétrolier mondial serait suicidaire en raison des répercussions qui en résulteraient, mais aurait d'énormes conséquences financières au niveau mondial.

Enfin, les Iraniens ont acquis une flotte de vedettes rapides conçues pour le combat naval et armées de missiles légers surface-surface. A cela s'ajoutent les capacités de missiles et de drones, qui ont fait leurs preuves en Ukraine depuis 2022 et qui ont été achetés par les Russes.

Dans un environnement aussi confiné que le golfe Persique, dont la largeur maximale ne dépasse pas 300 km, des échanges de frappes entre les forces américaines et iraniennes feraient courir des risques extrêmes à tous les belligérants.

Cependant, les gardiens de la révolution (Pasdaran) possèdent un état d'esprit inhérent au concept de “brutalisation”. Cela signifie que plus les hommes vont au combat, plus la situation qui leur est imposée devient brutale. Les survivants n'en sont que plus brutaux, et leurs nouveaux niveaux de brutalité alimentent l'escalade de la violence et de la brutalité. Lorenzo Benadusi, la brutalisation et le processus de civilisation


Les massacres de civils qui se poursuivent depuis le 28 décembre témoignent de cette dynamique. Les Gardiens de la Révolution sont donc dans une situation où ils se sentent directement et physiquement menacés par leur propre peuple, par Israël et par les Etats-Unis.

Cependant, ils sont très bien équipés, très bien entraînés et capables de recourir à des mesures extrêmes. Enfin, cet énorme potentiel de violence armée s'inscrit dans le contexte du conflit de plus en plus important entre les États-Unis et la Chine.

3. L'USS Lincoln et la nouvelle route de la soie


Plusieurs informations concordantes, mais non vérifiées, indiquent que, depuis le 16 ou le 17 janvier, des Y-20, les avions de transport lourds de l'armée chinoise, ont effectué 16 atterrissages à Téhéran en 5 jours. Si la nature de ces livraisons n'est pas connue, elles s'inscrivent dans un double contexte politique et opérationnel.

1/ Depuis la fin de la “guerre des 12 jours” en juin 2025, marquée par la destruction de près de la moitié des défenses aériennes iraniennes, la Chine vend à l'Iran un nombre important de batteries de missiles antiaériens HQ-9.. Ces missiles sont basés sur les excellents systèmes de missiles russes S-300 et S-400. Par ailleurs, la Chine a réalisé des progrès considérables dans le domaine des drones de combat autonomes.

L'énorme capacité d'emport du Y-20 suggère donc que des systèmes d'armes chinois particulièrement puissants sont transportés et installés en Iran avec le soutien des autorités politiques et militaires chinoises.

2/ Ce soutien s'inscrit dans le cadre du renforcement continu des liens entre l'Iran et la Chine.

  • Alors que la Chine et l'Iran commercent depuis l'Antiquité, en 2016, l'Iran a officiellement rejoint l'initiative "la Ceinture et la Route", menée par la Chine.
  • En 2021, les deux pays ont signé un “partenariat stratégique global” de 25 ans, basé notamment sur des échanges de technologies chinoises, de produits industriels et d'équipements civils et militaires en échange de pétrole. 50% de la production pétrolière iranienne est ainsi exportée vers la Chine.

Enfin, depuis 2024, l'Iran est membre du groupe BRICS+, codirigé par Moscou et Pékin.
L'intégration infrastructurelle, économique, politique et militaire entre l'Iran et la Chine est donc profonde.
Par conséquent, si la répression infâme des Iraniens par le régime des mollahs devait déclencher une intervention américaine, même limitée, elle se déroulerait dans un contexte stratégique extrêmement tendu.


Le maintien du contrôle nécessaire pour maintenir le niveau de conflit à un niveau suffisamment bas pour éviter toute forme d'escalade “au-delà” de l'Iran constituera donc un défi stratégique majeur.

D'autant plus que le soutien de Pékin à Téhéran est également suivi de près par les alliés de la Chine et ceux qui sont sous son contrôle, qui mettent ainsi en jeu une partie de leur crédibilité stratégique, sans nécessairement vouloir être entraînés dans une escalade potentielle.

La dernière semaine de janvier 2026, et le mois de février 2026, sont donc déjà marqués par un prodigieux “retour du refoulé” en termes stratégiques.

Pourquoi est-ce important pour les entreprises françaises et européennes ?

  • Comme l'ensemble des acteurs économiques mondiaux, les entreprises françaises devront anticiper les risques liés à une éventuelle flambée des prix du pétrole en cas d'affrontements dans le golfe Persique.
  • Depuis août 2025 et la préparation de l'opération Southern Spear et de l'intervention au Venezuela, les flottes navales et aériennes ont été sollicitées à un rythme et à une échelle inégalés depuis la guerre “chaude” de la guerre froide. Cela implique une mobilisation tout aussi forte des industries de défense américaines et de leurs partenaires et sous-traitants, ce qui se traduit par des marchés pour les entreprises françaises de l'électronique.
  • En outre, les effets de ces tensions croisées entre les États-Unis et la Chine pourraient également entraîner un risque de sanctions pour les entreprises occidentales impliquées dans l'un ou l'autre de ces pays, voire dans les deux.

Notes

La menace américaine contre le Groenland : Quand aurions-nous dû commencer à la surveiller ?

(Conception artistique : Jean-Dominique Lavoix-Carli)

Le 23 décembre 25, Trump déclarait de nouveau qu'il voulait s'emparer du Groenland.1James Landale et Rachel Hagan, “Trump says US ‘has to have’ Greenland after naming special envoy”, BBC, 23 décembre 2025.

En décembre 25, les tensions sur la question étaient déjà vives, en particulier entre les États-Unis et le Royaume du Danemark.2Voir le calendrier détaillé ci-dessous. Pourtant, les déclarations américaines de fin décembre 25 et même de début janvier 26 étaient parfois accueillies avec incrédulité.3Lucie Oriol, “Emmanuel Macron fait-il preuve de naïveté sur Trump et le Groenland ?”, Le Huffington Post, 7 janvier 26. Deux semaines plus tard, l'escalade se poursuit, malgré les craintes et parfois le manque de solidarité des Européens, mêlant, dans un premier temps, déclarations, très faible déploiement de troupes européennes au Groenland (opération Arctic Endurance), puis tarifs douaniers, menaces économiques associées, et renforcement du déploiement de troupes danoises.4Par exemple, Sarah Shamim, “Trump's Greenland tariffs : Quelle est l'option ‘bazooka’ de l'Europe pour riposter ?”, Al Jazeera, Le Danemark envoie des troupes supplémentaires au Groenland sur fond de tensions avec Trump, Al Jazeera, 20 janvier 2026 ; Katya Adler, “Confronted over Greenland, Europe is ditting its softly-softly approach to Trump” (Confrontée à la question du Groenland, l'Europe abandonne son approche douce à l'égard de Trump), BBC, 20 janvier 2026.

Si les États-Unis devaient conquérir le Groenland ou l'obtenir par des moyens coercitifs ou manipulatoires, ce qui semble de plus en plus probable, les impacts et les conséquences potentiels seraient stupéfiants et de grande ampleur, allant de l'effritement de l'OTAN à des changements fondamentaux pour l'Union européenne, en passant par l'incertitude concernant le découplage des économies américaine et européenne, sans oublier d'éventuels changements d'alliances dans le monde entier, au fur et à mesure de l'escalade, de la dissuasion et des représailles.

Note (22 janvier 2026) : Ce n'est pas parce que la menace américaine de recourir à la force contre le Groenland s'éloigne après le sommet de Davos de 2026, en conséquence des actions d'autres acteurs, que toute la question d'une menace américaine contre le Groenland disparaît. La question doit continuer à être suivie, les dynamiques comprises et surveillées et les impacts évalués.5WEF, “Davos 2026 : Special Address by Donald J Trump, President of the United States of America”, 21 janvier 2026 ; @WhiteHouse, Trump sur le Groenland; .

Compte tenu de la très grande gravité du risque, même si beaucoup, au départ, ne pensaient pas la menace plausible, la question aurait dû être mise sous surveillance suffisamment tôt pour permettre aux acteurs concernés d'élaborer les politiques et les réponses correspondantes.

Donc, quand aurions-nous dû commencer à surveiller la menace d'une conquête ou d'une annexion coercitive du Groenland par les Etats-Unis?

Pour répondre, nous examinerons la chronologie des déclarations et actions du président Trump concernant le Groenland, et mettrons en évidence trois périodes différentes concernant l'identification, la sélection et le suivi de la question, ainsi que son analyse prospective.

La première période correspond à l'émergence du problème. La deuxième correspond à une période difficile en termes de prospective stratégique et d'alerte, lorsque le problème semble disparaître. La troisième période est la plus récente et constitue le dernier laps de temps au cours duquel les acteurs concernés auraient dû prendre le problème en considération.

Nous terminons notre enquête en décembre 25 parce que, premièrement, le 10 décembre, l'évaluation annuelle des menaces faite par les Services danois de renseignement de défense (DDIS) soulignait que les États-Unis représentaient désormais une menace pour les alliés et les partenaires. Deuxièmement, la nomination, le 21 décembre, de l'envoyé spécial américain au Groenland peut être considérée comme l'élément déclencheur de la période suivante, laquelle constitue une séquence d'escalade plus large. Ces deux dates peuvent donc être considérées comme les dates les plus tardives auxquelles la question aurait dû déclencher l'ensemble du processus d'analyse, de suivi, d'alerte et de scénarios pour l'élaboration de politiques et de stratégies.

Parallèlement, en retraçant et en suivant les déclarations américaines, nous comprenons mieux pourquoi et comment les idées se développent et évoluent.

2019 - Signaux faibles

Au cours de cette période initiale, lorsque Trump commença à diffuser l'idée de s'emparer du Groenland, la question aurait dû être considérée au moins comme un signal faible à surveiller.

Une veille, c'est-à-dire une collecte d'informations, aurait dû être mise en place. Les acteurs potentiellement concernés auraient également pu commencer à se demander de quelle manière cet intérêt américain pour le Groenland pouvait les affecter, à la fois directement et indirectement.

Cela implique que nous avons d'abord été capables de percevoir le problème comme un signal, donc de le voir et de le sélectionner dans une mer d'informations. Cela se fait par un "scan", en fonction de l'agenda. Parce que les États-Unis sont un acteur international si puissant, avec une influence omniprésente et une action de plus en plus intrusive sur les conditions intérieures des pays par le biais, par exemple, de sanctions extraterritoriales, la plupart, sinon tous les acteurs, publics et privés, devraient se pencher sur ce qui se passe aux États-Unis et avec ces-derniers.

À ces stades précoces, il est absolument essentiel de suspendre toute incrédulité. Cette dernière peut avoir des sources très diverses, allant de l'arrogance et de l'effet Dunning-Kruger (un effet secondaire de l'incompétence des gens, lorsque “leur incompétence les prive de la capacité métacognitive à se rendre compte” de cette incompétence), à l'incapacité à mettre à jour les systèmes de croyance, même lorsque de nouvelles preuves sont présentées.6Justin Kruger et David Dunning, “Unskilled and Unaware of It : How Difficulties in Recognizing One's Own Incompetence Lead to Inflated Self-Assessments“, Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, vol 77, no 6, p 1121-1134, American Psychological Association (1999) ; A. W. Kruglanski, Webster, D. M., & Klem, A, Motivated resistance and openness to persuasion in the presence or absence of prior information. Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, 1993, 65(5), 861-876. doi : 10.1037/0022-3514.65.5.861Anderson, Craig A., Mark R. Lepper et Lee Ross. "Persévérance des théories sociales : The Role of Explanation in the Persistence of Discredited Information". J Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, 1980, Vol. 39, No.6, 1037-1049 ; Craig A. Anderson, “Belief Perseverance”. In Baumeister, Roy ; Vohs, Kathleen (eds.). Encyclopédie de la psychologie sociale, 2007, pp. 109-110. doi:10.4135/9781412956253.n62. En tant que telle, elle implique souvent que l'on puisse être surpris, ce que l'on cherche justement à éviter.

Lors de l'évaluation d'une question ou d'une idée, il convient de prêter attention à la cohérence, au sein du système de l'acteur - ou de l'événement - que nous cherchons à comprendre. Dans notre cas, nos connaissances historiques et notre compréhension de l'intérêt national américain et des politiques connexes auraient dû nous forcer à dépasser l'incrédulité et à accorder une attention sérieuse à la possibilité d'une menace américaine contre le Groenland.

Les informations ci-dessous, classées par ordre chronologique, montrent ce qui aurait dû être collecté. Chaque information apporte un nouvel élément de compréhension. Ensemble, elles montrent également comment la détermination du président Trump a évolué et a été renforcée.

15 août 2019: Le Wall Street Journal a rapporté que M. Trump avait discuté de l'achat du Groenland avec des conseillers “au cours des dernières semaines” et lors d'un dîner au printemps précédent, leur demandant ce qu'ils pensaient de l'idée.7Vivian Salama et al, “President Trump Eyes a New Real-Estate Purchase : Greenland, Le Wall Street Journal, 16 août 2019) Le rapport sur le dîner de printemps n'a été connu qu'en août.

18 Août 2019 : S'adressant aux journalistes avant le départ d'Air Force One, M. Trump a répondu aux journalistes en soulignant l'intérêt stratégique du Groenland pour les États-Unis, tout en reconnaissant qu'il appartenait à leurs alliés danois et qu'il s'agissait d'une “grande affaire immobilière”.

Lire les réponses in extenso du président Trump aux journalistes

Q    Afin de susciter votre intérêt pour le Groenland, qui a fait l'objet d'une large couverture médiatique, y a-t-il quelque chose...

LE PRESIDENT : Eh bien, le Groenland, Je ne sais pas - il a été publié d'une manière ou d'une autre. C'est juste quelque chose dont nous avons parlé.  Le Danemark en est essentiellement propriétaire. Nous sommes de très bons alliés du Danemark. Nous protégeons le Danemark comme nous protégeons une grande partie du monde. Le concept est donc apparu et j'ai dit : “Certainement, je serais d'accord". D'un point de vue stratégique, c'est intéressant et nous serions intéressés.” Mais nous allons leur parler un peu. Ce n'est pas la priorité, je peux vous le dire.

Q    Feriez-vous un jour un échange de quelque nature que ce soit avec eux pour les territoires américains ?

LE PRESIDENT : Eh bien, beaucoup de choses peuvent être faites. Je veux dire.., Il s'agit essentiellement d'une vaste opération immobilière. Beaucoup de choses peuvent être faites. Le Danemark en pâtit énormément, car il perd près de $700 millions d'euros par an à le transporter. Ils le transportent donc à perte.  Et, stratégiquement, pour les États-Unis, ce serait bien.  Et nous sommes un grand allié du Danemark, Nous aidons le Danemark et nous le protégeons, et nous le ferons.
En fait, je suis censé m'arrêter. Je pense à y aller. Je n'y vais pas forcément, mais il se peut que j'y aille. Nous allons en Pologne, puis nous irons peut-être au Danemark - pas du tout pour cette raison. Mais nous y réfléchissons. Ce n'est pas la priorité absolue.

Maison Blanche, Remarques du président Trump avant le départ d'Air Force One, Le 18 août 2019 - mon accent

21 21 août 2019 : Après que la Première ministre danoise Mette Frederiksen a qualifié cette idée d“”absurde", le président Trump a été contrarié et a présenté l'annulation de son voyage prévu au Danemark comme une réponse à cette caractérisation. Il n'a toutefois pas retiré l'idée que le Groenland serait stratégiquement intéressant pour les États-Unis. Au contraire, le président Trump a encore légitimé historiquement sa déclaration antérieure, et donc son intérêt. Il a présenté les États-Unis comme bienveillants, faisant une faveur au Danemark, tandis que le Danemark a commencé à être perçu comme ingrat et grossier.

Lire les réponses in extenso du président Trump aux journalistes

Q Monsieur le Président, pouvez-vous expliquer votre décision de ne pas vous rendre au Danemark ? Est-ce vraiment parce qu'ils ne voulaient pas parler de la vente du Groenland ?

LE PRESIDENT : Non - Danemark, j'avais hâte d'y aller, mais j'ai pensé que la déclaration du Premier ministre - que c'était absurde ; que c'était une idée absurde -... c'était désagréable. J'ai trouvé cette déclaration inappropriée. Elle n'avait qu'à dire : “Non, nous ne serions pas intéressés.”

Mais nous ne pouvons pas traiter les États-Unis d'Amérique comme ils nous ont traités sous le président Obama. J'ai trouvé que c'était une façon très désagréable de dire quelque chose. Ils auraient pu me dire “non”. C'est quelque chose qui a été discuté pendant de nombreuses années. Harry Truman a eu l'idée du Groenland. J'ai eu cette idée. D'autres personnes ont eu cette idée. Cela remonte au début des années 1900. Mais Harry Truman, très fermement, pensait que c'était une bonne idée.

Je pense que c'est une bonne idée parce que le Danemark perd $700 millions par an à cause de cela. Cela ne lui apporte rien de bon. Mais tout ce qu'ils avaient à faire, c'était de dire : “Non, nous préférons ne pas le faire” ou “Nous préférons ne pas en parler”. Ne dites pas : “C'est une idée absurde.”

Q Monsieur -

LE PRESIDENT : Parce qu'elle ne me parle pas -

Q Monsieur le Président -

LE PRESIDENT : Excusez-moi. Elle ne s'adresse pas à moi. Elle s'adresse aux États-Unis d'Amérique. On ne parle pas aux États-Unis de cette façon, du moins en ce qui me concerne.

....

Q Merci, Monsieur le Président. Je vous remercie. Il semble donc que le Groenland ne soit plus du tout sur la table. Envisagez-vous d'autres terres pour expansion potentielle?

LE PRESIDENT : Non. Nous ne faisons que chercher. Le Groenland n'était qu'une idée, une pensée. Mais je pense que lorsqu'ils ont dit que c'était “absurde” et que cela a été dit d'une manière très méchante, très sarcastique, j'ai dit : “Nous le ferons une autre fois.” Nous irons au Danemark - j'adore le Danemark. J'ai été au Danemark. Et, franchement, nous le ferons une autre fois. Il faut respecter les États-Unis.

...

Q Je représente la télévision danoise. Beaucoup de Danois sont déçus aujourd'hui. Le Premier ministre a dit que l'invitation était toujours valable. Que faudra-t-il pour que vous l'acceptiez ?

LE PRESIDENT : Eh bien, nous nous rencontrerons à un moment donné. Mais le Premier ministre a utilisé un mot terrible en décrivant les quelque chose dont nous parlons depuis des années avec notre pays. Le président Truman a dit : “Et le Groenland ?”. Il en a parlé très ouvertement et c'était une grande affaire à l'époque. J'en ai reparlé et on en a discuté bien d'autres fois.

Et j'ai pensé que ce n'était pas une belle déclaration - la façon dont elle m'a rejeté - parce qu'elle rejette les États-Unis. Et nous avons fait beaucoup pour le Danemark. Nous avons fait beaucoup. Je connais bien le Danemark. J'ai beaucoup d'amis danois. De nombreux Danois vivent aux États-Unis. Et nous traitons les pays avec respect.

Maison Blanche, Remarques du président Trump avant le départ d'Air Force One, Le 21 août 2019 - mon accent

30 août 2019: Le service de recherche du Congrès américain a publié une note d'information : Groenland, Danemark et relations avec les États-Unis, Elle a souligné l'importance stratégique du Groenland pour les États-Unis, ainsi que les options qui s'offrent à eux concernant ce territoire. Elle a mis en évidence l'importance stratégique du Groenland pour les États-Unis, ainsi que les options qui s'offrent à eux concernant ce territoire.

2 décembre 2019: Le président Trump a refusé de répondre à une question sur le Groenland après une réunion bilatérale avec la chancelière allemande.

Lire la réponse in extenso du président Trump aux journalistes

Q Aborderez-vous la question du Groenland au cours de ce Den-...

PRESIDENT TRUMP : Parce que je ne peux pas imaginer - je ne peux pas imaginer - allons-nous discuter du Groenland ? Qu'en pensez-vous ? (Inaudible). (Rires.) Hein ?

Q Souhaitez-vous toujours acheter le Groenland ?

PRESIDENT TRUMP : C'est une très - c'est une bonne - elle doit être dans l'immobilier. (Rires) C'est une très bonne question.

Nous reviendrons donc directement en arrière. Je pense que nous avons donné beaucoup de conférences de presse. À moins que vous ne demandiez une conférence de presse, nous en ferons une, mais je pense que nous avons répondu à de nombreuses questions.

Maison Blanche, Remarques du président Trump et de la chancelière Merkel de la République fédérale d'Allemagne avant la réunion bilatérale, Le 4 décembre 2019 - mon accent

2020 - 2024 Non-pertinence ou absence d'informations de source ouverte ?

Cette période est probablement la plus difficile à gérer en termes de prospective et d'alerte. Il n'y a apparemment pas d'informations de source ouverte et l'intérêt semble diminuer ou disparaître. Dès lors, que faut-il faire ? Faut-il abandonner la veille ? La maintenir de manière légère ? Au contraire, utiliser le temps pour approfondir l'analyse ?

Même s'il n'y a apparemment aucun signe d'intérêt, il ne faut pas sous-estimer les perturbations et le choc que la pandémie de COVID a provoqués. Rappelons que l'état d'urgence déclaré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la pandémie a duré du 30 janvier 2020 au 5 mai 2023.8Nouvelles des Nations Unies, “WHO chief declares end to COVID-19 as a global health emergency”, 5 mai 2023. Les deux premières années ont été des phases de perturbation aiguë des affaires courantes. Ainsi, la pandémie de COVID, ayant éclipsé le reste, peut très bien avoir eu un impact important sur l'intérêt des Américains pour le Groenland.

Entre-temps, en janvier 2021, le président Trump fut remplacé par le président Biden, lequel se concentra alors sur l'Ukraine.

En ce qui concerne M. Trump pour la période 2021-2024, nous avons trouvé, avec le recul, une seule mention de l'intérêt de M. Trump pour le Groenland. Idéalement, la campagne électorale ainsi que les documents républicains y afférents auraient également dû être analysés, à l'époque.

Finalement, l'absence d'informations de sources ouvertes ne signifie pas qu'il n'y a ni informations ni intérêt pour une question. Si nous ne faisons pas partie des services de renseignement d'un État, nous travaillons avec des informations de source ouverte. Nous n'avons donc pas accès aux informations classifiées. Si nous travaillons pour les services de renseignement d'un État, nous n'avons bien évidemment pas un accès total aux informations classifiées d'autres États. Nous devons donc toujours envisager la possibilité qu'il existe des documents classifiés sur un sujet donné. Seule la recherche, une fois les archives ouvertes, pourra clarifier ce point.

En tout état de cause, durant cette période, l'intérêt national américain est resté la priorité de l'administration américaine.9Voir pour une explication et des références introductives, Hélène Lavoix, “The American National Interest”, The Red Team Analysis Society, 22 juin 2022.

Le Groenland est resté un territoire stratégique clé pour les États-Unis, compte tenu de la géopolitique de l'Arctique, notamment des routes et des corridors de transit polaires, ainsi que de la dotation en ressources du territoire, notamment dans le contexte de la concurrence avec la Chine et la Russie.

En termes d'anticipation, compte tenu de ressources limitées, deux options peuvent être choisies pendant ces périodes d'incertitude. Tout d'abord, nous pouvons continuer à surveiller la question, même si cela n'apporte que peu d'informations nouvelles. Le coût est minime et nous nous assurons ainsi que, le système de surveillance restant actif, nous serons avertis si ou quand la problématique ré-émerge.

Deuxièmement, et cela doit être décidé en fonction de la gravité potentielle de l'impact pour l'organisation et des ressources disponibles, nous pouvons utiliser l'accalmie pour développer pacifiquement une analyse stratégique complète de prospective et d'alerte, y compris une modélisation causale de la question et des scénarios. Nous serons ainsi parfaitement prêts si une escalade se produit.

Dans le cas du Groenland, sa situation géographique stratégique et sa dotation en ressources naturelles auraient dû peser dans la décision de maintenir la question sous surveillance et d'approfondir l'analyse.

2020 à 2024: Aucune déclaration officielle concernant l'achat ou la conquête du Groenland n'a été trouvée.

14 septembre 2022: Publication par le New York Times de l'article “Un milliardaire de l'industrie cosmétique a convaincu Trump que les États-Unis devaient acheter le Groenland“extrait du livre des journalistes Peter Baker et Susan Glasser Le diviseur (entretiens réalisés en 2021). 10Ed Cumming, “The cosmetics billionaire behind Trump's bid to buy Greenland”, Le télégraphe via YahooNews, 19 janvier 26.

janvier 2024: Selon CNN, mais avec le recul, Mike Waltz aurait dit à Fox News en janvier 2024 que l'intérêt de l'administration Trump pour le Groenland concernait “des minéraux critiques” et des “ressources naturelles”.11Issy Ronal, “Why does Trump want Greenland and why is it so important ?”, CNN, le 6 janvier 2026.

Décembre 2024 - Décembre 2025

Un mois après son élection, donc extrêmement rapidement, le président Trump relança la question du Groenland. Tous les acteurs concernés auraient alors dû considérer une annexion américaine du Groenland comme une question stratégique sérieuse en termes de prospective stratégique et d'alerte. Ils auraient dû entamer un processus analytique complet et détaillé, y compris l'élaboration de scénarios. Et, bien sûr, ils auraient dû suivre l'évolution de la question.

Chaque nouvelle déclaration du président américain sur le Groenland renforce l'importance de la question.

À tout le moins, le discours du 4 mars 25 devant le Congrès aurait dû envoyer des signaux d'alerte forts indiquant qu'il était nécessaire d'examiner la question.

À partir de la fin mars, nous entrons dans une nouvelle période où, selon les réactions officielles danoises, les États-Unis sont passés des déclarations aux actes.

En fonction de votre identité et de la manière dont les différents scénarios découlant de la menace américaine à l'encontre du Groenland pourraient influencer vos activités, les réponses que vous devrez concevoir varieront. Par conséquent, si ce n'est que maintenant que la question est prise en compte, il est peut-être déjà trop tard. Néanmoins, une anticipation tardive est toujours préférable à l'absence d'anticipation et aux contraintes de la gestion de crise.

Il est à noter que, déjà en mai 2025, le Royaume du Danemark avait pris sérieusement la problématique en compte, puisqu'il fut en mesure de détecter les activités de collecte de renseignements adverses et les opérations secrètes des Etats-Unis.

22 décembre 2024: Après son élection et avant son investiture, Trump a relancé les discussions de 2019 et écrit sur son réseau TruthSocial :

“Aux fins de la sécurité nationale et de la liberté dans le monde, les États-Unis d'Amérique estiment que la propriété et le contrôle du Groenland sont une nécessité absolue. Ken fera un excellent travail pour représenter les intérêts des États-Unis”.”

Donald J. Trump @realDonaldTrump 22 décembre 2024

7 janvier 2025: Lors d'une conférence de presse à Mar-a-Lago, le président Trump a réaffirmé l'importance du Groenland pour la sécurité nationale américaine, tant sur le plan économique que stratégique. Parallèlement, il n'a pas exclu le recours à la force et à la coercition économique pour protéger ces intérêts en ce qui concerne le Groenland. Tout futur argument danois a été balayé.

Lire les réponses du président Trump aux journalistes

Question 00:31:15-00:31:33 (17 sec) : (EN) Monsieur le Président, je vous remercie. Je voulais aborder le sujet de la le monde en feu que vous avez mentionnée, mais commençons si possible par vos références au Groenland et le canal de Panama, etc. Pouvez-vous assurer le monde que, en essayant de contrôler ces zones, vous n'allez pas utiliser la coercition militaire ou économique?

Donald Trump 00:31:33-00:31:34 (1 sec)
Non.

Question 00:31:34-00:31:52 (18 sec) : Et pouvez-vous nous parler un peu de quel est votre plan? Allez-vous négocier un nouveau traité ? Allez-vous demander aux Canadiens d'organiser un vote ? Quelle est la stratégie ? Et moi -

Donald Trump 00:31:52-00:32:12 (19 sec)
Je ne peux pas vous l'assurer - vous parlez du Panama et de l'Union européenne. Groenland. Non, je ne peux vous rassurer sur aucun de ces deux points. Mais je peux vous dire que nous en avons besoin pour notre sécurité économique. Le canal de Panama a été construit pour notre armée.

Question 00:32:12-00:32:12 ( sec) : [Inaudible] ?

Donald Trump 00:32:12-00:32:32 (20 sec)
Je ne vais pas m'engager à le faire. Maintenant, il se peut que vous deviez faire quelque chose. Le canal de Panama est vital pour notre pays. Il est exploité par la Chine - la Chine. Nous avons donné le canal de Panama au Panama ; nous ne l'avons pas donné à la Chine. Et ils en ont abusé. Ils ont abusé de ce cadeau. D'ailleurs, il n'aurait jamais dû être construit.

.....

Donald Trump 00:50:20-00:50:43 (22 sec)
Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. C'est ce qu'on me dit depuis longtemps.avant même d'avoir couru. Je veux dire que les gens en parlent depuis longtemps. Vous avez environ 45 000 personnes sur place. Les gens ne savent même pas si le Danemark a des droits légaux sur ce territoire, mais si c'est le cas, il devrait y renoncer parce que nous en avons besoin pour la sécurité nationale.

Donald Trump 00:50:43-00:51:07 (24 sec)
C'est pour le monde libre. Je parle de protéger le monde libre. Vous regardez - vous n'avez même pas besoin de jumelles, vous regardez dehors, Il y a des navires chinois partout. Les navires russes sont omniprésents. Nous ne laisserons pas cela se produire. Nous ne laisserons pas cela se produire. Et si le Danemark veut arriver à une conclusion - mais personne ne sait s'ils ont un droit, un titre ou un intérêt.

Donald Trump 00:51:07-00:51:16 (9 sec)
Les gens vont probablement voter pour l'indépendance ou pour entrer aux États-Unis. Mais s'ils le faisaient - s'ils le faisaient, alors je tariferais le Danemark à un niveau très élevé.

Question 00:51:16-00:51:20 (3 sec)
Avez-vous demandé à votre personnel d'élaborer des plans d'acquisition ? Agissez-vous -

Donald Trump 00:51:20-00:51:23 (4 sec)
Non, nous n'en sommes pas encore là, mais nous avons des gens... - Je ne suis même pas encore entré en fonction.

....

Question 00:53:38-00:53:45 (7 sec)
Mais monsieur, très vite, vous avez dit que vous envisagiez de recourir à la force militaire pour acquérir le Panama et le Groenland. Envisagez-vous également de recourir à la force militaire pour annexer et acquérir Canada?

Donald Trump 00:53:45-00:54:06 (21 sec)
Non - la force économique entre le Canada et les États-Unis, ce serait vraiment quelque chose. Si l'on se débarrasse de cette ligne artificiellement tracée et que l'on regarde à quoi cela ressemble, ce serait également beaucoup mieux pour la sécurité nationale. N'oubliez pas que nous protégeons essentiellement le Canada. Mais le problème avec le Canada, c'est qu'il y a tellement d'amis là-bas.

Transcription, Conférence de presse : Donald Trump organise un événement médiatique à Mar-a-Lago - 7 janvier 2025, via RollCall.com Factbase.

12 janvier 2025: Le vice-président élu JD Vance a réaffirmé le point de vue de son président sur Fox News Sunday, selon The Hill.

Lire la déclaration du vice-président élu Vance

“Nous n'avons pas besoin d'utiliser la force militaire” car “nous avons déjà des troupes au Groenland”.”

“Le Groenland est très important pour l'Amérique d'un point de vue stratégique” ... “Il possède de nombreuses ressources naturelles. Nous devons également nous assurer que le Groenland est bien protégé du point de vue de la sécurité américaine et, franchement, les dirigeants actuels, le gouvernement danois, n'ont pas fait un travail suffisant pour sécuriser le Groenland”.”

Citation de l'interview du vice-président élu JD Vance dans Fox News Sunday, telle que rapportée par Sarah Fortinsky, “Ancien ambassadeur au Danemark : L'OTAN serait contrainte de répondre à une invasion du Groenland“, The Hill, 13 janvier 2025.

10 au 16 janvier 2025: Le Groenland et le Danemark ont fait des efforts pour discuter du Groenland avec le président Trump, ce qui se serait terminé, selon le Financial Times, par un “appel enflammé” entre Donald Trump et le premier ministre danois au sujet du Groenland, comme l'a rapporté plus tard The Guardian.12Sarah Rucker, « Denmark, Greenland call for meeting with Trump to strengthen US ties », San, 14 janvier 2025 ; Le Financial Times « Donald Trump in fiery call with Denmark's prime minister over Greenland », 24 janvier 2025 ; Maya Yang, « Trump again demands to buy Greenland in ‘horrendous’ call with Danish PM », The Guardian, 28 janvier 2025. Un fonctionnaire interrogé sur l'appel aurait déclaré : “Il [le président Trump] a été très ferme : ”Il [le président Trump] a été très ferme. C'était une douche froide. Auparavant, il était difficile de le prendre au sérieux. Mais je pense que c'est sérieux et potentiellement très dangereux".”13Ibid, The Guardian

19 février 2025: À bord d'Air Force One, Donald Trump a réaffirmé le même point de vue sur le Groenland, à savoir que les États-Unis en avaient besoin pour leur sécurité nationale et internationale et que, par conséquent, “nous devons avoir le Groenland”.

Lire les réponses du président Trump aux journalistes

Question 00:13:18-00:13:20 (2 sec) : Vous n'avez pas parlé du Groenland depuis longtemps. Est-ce que vous voyez -

Donald Trump 00:13:20-00:13:34 (14 sec) : Non, non, très - nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale et internationale. Nous devons faire quelque chose pour le Groenland. Nous devons protéger le Groenland. Mais nous en avons besoin pour la sécurité nationale, et nous en avons besoin, peut-être plus important encore, pour la sécurité internationale.

Question 00:13:36-00:13:42 (6 sec) : Puis-je poursuivre ? Pensez-vous que cela fasse partie des discussions que vous avez avec les Européens et Poutine dans le cadre d'une sorte d'accord de paix ?

Donald Trump 00:13:42-00:14:01 (19 sec) : Non, non. Nous devons avoir le Groenland pour des raisons de sécurité nationale, encore plus aujourd'hui qu'il y a 20 ans, 30 ans, quand on en parlait aussi à l'époque. Vous savez, ils avaient l'habitude d'en parler. Il y a des années, ils parlaient du Groenland, mais c'est encore plus vrai aujourd'hui avec les armes modernes, les avions et leur vitesse, et tout le reste.

Donald Trump 00:14:01-00:14:05 (4 sec) : Nous devons donc avoir le Groenland. Je vous remercie de votre attention.

Transcription, Rencontre avec la presse : Donald Trump s'adresse aux journalistes à bord d'Air Force One - 19 février 2025, via RollCall.com Factbase.

4 mars 2025 - Discours du président Trump devant le Congrès: Dans un discours devant le Congrès, Trump a de nouveau affirmé avec force l'intérêt américain en termes de sécurité nationale et internationale pour le Groenland. Il a terminé par un avertissement : “D'une manière ou d'une autre, nous allons l'obtenir”.”

Lire le discours du président Trump sur le Groenland

J'ai également un message ce soir pour l'incroyable peuple du Groenland. (Nous soutenons fermement votre droit à déterminer votre propre avenir et, si vous le souhaitez, nous vous souhaitons la bienvenue aux États-Unis d'Amérique.

Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale et même internationale., et nous travaillons avec toutes les parties concernées pour essayer de l'obtenir. Mais nous en avons besoin, vraiment, pour la sécurité internationale.  Et je pense que nous allons l'obtenir. D'une manière ou d'une autre, nous l'obtiendrons.

Nous vous protégerons. Nous vous rendrons riches. Et ensemble, nous porterons le Groenland vers des sommets que vous n'auriez jamais imaginés auparavant.

Remarques du président Trump lors de son allocution conjointe devant le Congrès, Le 4 mars 2025, Ambassade et Consulats des Etats-Unis en Italie

23-28 mars 2025: La présidence américaine a organisé une délégation officielle au Groenland, comprenant la seconde dame Usha Vance, le conseiller à la sécurité nationale Michael Waltz et le secrétaire à l'énergie Chris Wright, ce qui a déclenché une querelle diplomatique, en raison de la présence du conseiller à la sécurité nationale. Enfin, le vice-président Vance et son épouse se sont rendus au Groenland le 28 mars et ont visité uniquement la base spatiale américaine Pituffik.14Miranda Bryant, “Anger in Greenland over Usha Vance and Mike Waltz's planned visit this week”, The Guardian, 24 mars 2025 et “JD Vance to expect frosty reception in Greenland amid diplomatic row”, The Guardian, 28 mars 2025.

Le vice-président Vance a réaffirmé très clairement la position de la présidence et sa cohérence. Il a également précisé que l'objectif était d“”obtenir le Groenland" et qu'ils essayaient maintenant d'obtenir le Groenland en incitant les Groenlandais à choisir les États-Unis. Dans ce cas, la force militaire ne serait pas nécessaire. Cependant, la menace non révélée mais très évidente est que, en cas d'échec, ils essaieraient d'autres moyens, y compris la force, jusqu'à ce que le Groenland devienne américain.

Lire des extraits de l'intervention du vice-président Vance

Q Le président n'a pas exclu la force militaire lorsqu'il parle de prendre le contrôle du Groenland, mais votre discours d'aujourd'hui vise plutôt à encourager le peuple groenlandais à voter en faveur de l'indépendance. Pensez-vous que la rhétorique a changé à ce sujet, ou quel est votre message ?

LE VICE-PRÉSIDENT : Non, je ne pense pas que cela ait changé du tout. Le président l'a dit clairement, il ne pense pas que la force militaire soit nécessaire, mais il est absolument convaincu que le Groenland est un élément important de la sécurité non seulement des États-Unis, mais aussi du monde entier. et, bien sûr, les habitants du Groenland.

C'est très simple. Je pense que le président a été très cohérent dans son discours sur l'état de l'Union, dans son discours d'investiture et dans toutes les déclarations publiques qu'il a faites : Ce territoire, le Groenland, est très important pour la sécurité des États-Unis. Elle est extrêmement vulnérable en ce moment. Et si le peuple du Groenland était prêt à s'associer aux États-Unis - et je pense qu'ils finiront par s'associer aux États-Unis - nous pourrions les rendre beaucoup plus sûrs, nous pourrions les protéger davantage et je pense qu'ils s'en sortiraient également beaucoup mieux sur le plan économique.

Il faut que cela se produise. Et la raison pour laquelle cela doit se produire - je déteste le dire - est que nos amis danois n'ont pas fait leur travail pour assurer la sécurité de cette région. Ils ne l'ont tout simplement pas fait.

C'est très simple. Pour tous nos amis des médias américains qui attaquent l'administration pour avoir souligné l'évidence, quelle est l'alternative ? Abandonner l'Atlantique Nord ? Abandonner l'Arctique à la Chine, à la Russie et à d'autres régimes qui n'ont pas à cœur l'intérêt supérieur du peuple américain ?

Nous n'avons pas d'autre choix. Nous devons prendre une position importante au Groenland pour assurer la sécurité de ses habitants, mais aussi celle de notre propre pays.

...

Q Trump a déclaré cette semaine que les États-Unis iraient “jusqu'au bout” pour acquérir le Groenland. Dans le même ordre d'idées, y a-t-il des plans qui ont été élaborés pour utiliser la force militaire afin de s'emparer du Groenland ?

LE VICE-PRÉSIDENT : Ce que le président a dit, c'est qu'il faut renforcer notre position au Groenland. Nous en avons besoin, encore une fois, pour la sécurité du peuple américain.

Nous pensons que les Groenlandais choisiront, par le biais de l'autodétermination, de devenir indépendants du Danemark et qu'à partir de là, nous aurons des discussions avec les habitants du Groenland.

Je pense donc qu'il est prématuré de parler d'un avenir trop lointain. Nous ne pensons pas que la force militaire sera un jour nécessaire. Nous pensons que cela a du sens. Et parce que nous pensons que les habitants du Groenland sont rationnels et bons, nous pensons que nous allons pouvoir conclure un accord, à la Donald Trump, pour assurer la sécurité de ce territoire mais aussi des États-Unis d'Amérique.

Allocution du vice-président devant les troupes américaines à la base spatiale de Pituffik et échange avec des journalistes dans la municipalité d'Avannaata, Groenland, 28 mars 2025, Le projet de la présidence américaine.

A partir d'avril-mai 2025 (dates provisoires - déduction): Compte tenu de la décision du Danemark, début mai 2025, de convoquer l'ambassadeur des États-Unis et des rapports correspondants, nous pouvons en déduire que, quelque temps avant la convocation, les États-Unis ont ordonné à leurs services de renseignement d'intensifier la collecte d'informations sur le Groenland.15Robert Tait et Miranda Bryant, “Denmark to summon US envoy over report of Greenland spying directive”, The Guardian, 7 mai 25 Ils sont notamment censés se concentrer sur “le mouvement d'indépendance du Groenland et les attitudes à l'égard des efforts américains pour extraire des ressources sur l'île”.16Ibid.

D'avril à août 2025 (dates provisoires) - déduction): Le Danemark convoque à nouveau l'ambassadeur des États-Unis, cette fois en raison des tentatives américaines de “mener des opérations secrètes au Groenland”.17Paul Kirby, “US tells Denmark to ‘calm down’ over alleged Greenland influence operation, BBC News, 28 août 2025. L'objectif serait de promouvoir la dissidence contre le Danemark au Groenland et le rapprochement avec les États-Unis.18Ibid.

10 décembre 2025: Le service de renseignement de la défense danoise (DDIS) a publié la version publique de son rapport sur le renseignement de la défense. Perspectives en matière de renseignement 2025, où elle évalue chaque année les menaces (version anglaise publiée le 18 décembre, version danoise le 10 décembre). Il y est souligné que les États-Unis sont devenus une menace pour les alliés, et donc pour le Royaume du Danemark. La façon dont la menace est décrite dans le chapitre sur l'Arctique est en fait très diplomatique.

Lire des extraits des évaluations annuelles de la menace par la DDIS

p.7 Principales conclusions :
Dans le même temps, les États-Unis utilisent leur puissance économique et technologique comme instruments de pouvoir, y compris à l'encontre de leurs alliés et partenaires.

p.9 Les grandes puissances donnent de plus en plus la priorité à leurs propres intérêts et exercent leur pouvoir pour atteindre leurs objectifs. La Russie poursuit son invasion de l'Ukraine tout en menant une guerre hybride contre l'OTAN et l'Occident. La Chine déploie sa puissance économique et, de plus en plus, sa puissance militaire pour faire pression sur d'autres États et soutient également la guerre de la Russie en Ukraine. Ensemble, la Chine et la Russie sont au centre d'un groupe de pays qui cherchent à réduire l'influence occidentale, en particulier celle des États-Unis, dans le monde entier. Dans le même temps, les États-Unis utilisent leur puissance économique et technologique comme instruments de pouvoir, y compris à l'encontre de leurs alliés et partenaires. Si l'avenir des relations entre la Chine et les États-Unis est incertain, les deux pays resteront des rivaux stratégiques à long terme.

p. 10 La méfiance s'accroît entre les Etats
L'utilisation de la puissance par les États-Unis, la Chine et la Russie, selon des modalités différentes, a renforcé la méfiance entre les États, même parmi les partenaires et alliés traditionnels.

p.32 Arctique : l'intensification de la concurrence entre grandes puissances dans l'Arctique a attiré l'attention de la communauté internationale sur cette région, notamment en raison de l'intérêt croissant des États-Unis pour le Groenland et de ses implications pour la sécurité nationale américaine. Dans le même temps, cette attention accroît le risque d'espionnage - y compris de cyberespionnage - et de tentatives d'opérations d'influence visant l'ensemble du Royaume du Danemark.

L'évaluation annuelle des risques de la DDIS, PERSPECTIVES EN MATIÈRE DE RENSEIGNEMENT 2025, 10 déc. 25/18 déc. 25 ; je souligne.

Conclusion - Vers la phase suivante

La fin du mois de décembre 2025 marque la transition avec la période suivante, celle de l'escalade pour tenter de dissuader le président Trump d'aller de l'avant dans sa volonté de conquérir le Groenland.

Nous sommes donc au début d'une période qui s'apparente à une gestion de crise.

Il est évident que tous les acteurs concernés devraient désormais être attentifs à cette question. Si ce n'est pas le cas, il est grand temps de l'examiner.

Même si la crise a commencé, il est néanmoins nécessaire d'adopter une perspective d'anticipation, puisque les prochains mouvements, les impacts et les probabilités doivent continuer à être évaluées et prévus.

21, 22 et 23 Décembre 2025 : Trump a nommé Jeff Landry comme envoyé spécial pour le Groenland, qui a accepté en répondant : “Merci @realDonaldTrump ! C'est un honneur de vous servir dans ce poste bénévole pour que le Groenland fasse partie des États-Unis. Cela n'affecte en rien ma position de gouverneur de Louisiane !”

Le lendemain, s'adressant aux journalistes à Mar-a-Lago, M. Trump a déclaré : “Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale et non pour les minerais” : "Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale, pas pour les minéraux".”Dans le même échange, il a ajouté que le Groenland était “essentiel” pour la sécurité des États-Unis, a évoqué les activités russes et chinoises dans l'Arctique (“vous voyez des navires russes et chinois tout le long de la côte”) et a insisté sur le fait que les États-Unis avaient “de nombreux sites pour les minerais et le pétrole” ailleurs.

Notes

  • 1
    James Landale et Rachel Hagan, “Trump says US ‘has to have’ Greenland after naming special envoy”, BBC, 23 décembre 2025. ↩︎
  • 2
    Voir le calendrier détaillé ci-dessous. ↩︎
  • 3
    Lucie Oriol, “Emmanuel Macron fait-il preuve de naïveté sur Trump et le Groenland ?”, Le Huffington Post, 7 janvier 26. ↩︎
  • 4
    Par exemple, Sarah Shamim, “Trump's Greenland tariffs : Quelle est l'option ‘bazooka’ de l'Europe pour riposter ?”, Al Jazeera, Le Danemark envoie des troupes supplémentaires au Groenland sur fond de tensions avec Trump, Al Jazeera, 20 janvier 2026 ; Katya Adler, “Confronted over Greenland, Europe is ditting its softly-softly approach to Trump” (Confrontée à la question du Groenland, l'Europe abandonne son approche douce à l'égard de Trump), BBC, 20 janvier 2026. ↩︎
  • 5
    WEF, “Davos 2026 : Special Address by Donald J Trump, President of the United States of America”, 21 janvier 2026 ; @WhiteHouse, Trump sur le Groenland; . ↩︎
  • 6
    Justin Kruger et David Dunning, “Unskilled and Unaware of It : How Difficulties in Recognizing One's Own Incompetence Lead to Inflated Self-Assessments“, Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, vol 77, no 6, p 1121-1134, American Psychological Association (1999) ; A. W. Kruglanski, Webster, D. M., & Klem, A, Motivated resistance and openness to persuasion in the presence or absence of prior information. Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, 1993, 65(5), 861-876. doi : 10.1037/0022-3514.65.5.861Anderson, Craig A., Mark R. Lepper et Lee Ross. "Persévérance des théories sociales : The Role of Explanation in the Persistence of Discredited Information". J Journal de la personnalité et de la psychologie sociale, 1980, Vol. 39, No.6, 1037-1049 ; Craig A. Anderson, “Belief Perseverance”. In Baumeister, Roy ; Vohs, Kathleen (eds.). Encyclopédie de la psychologie sociale, 2007, pp. 109-110. doi:10.4135/9781412956253.n62. ↩︎
  • 7
    Vivian Salama et al, “President Trump Eyes a New Real-Estate Purchase : Greenland, Le Wall Street Journal, 16 août 2019) ↩︎
  • 8
    Nouvelles des Nations Unies, “WHO chief declares end to COVID-19 as a global health emergency”, 5 mai 2023. ↩︎
  • 9
    Voir pour une explication et des références introductives, Hélène Lavoix, “The American National Interest”, The Red Team Analysis Society, 22 juin 2022. ↩︎
  • 10
    Ed Cumming, “The cosmetics billionaire behind Trump's bid to buy Greenland”, Le télégraphe via YahooNews, 19 janvier 26. ↩︎
  • 11
    Issy Ronal, “Why does Trump want Greenland and why is it so important ?”, CNN, le 6 janvier 2026. ↩︎
  • 12
    Sarah Rucker, « Denmark, Greenland call for meeting with Trump to strengthen US ties », San, 14 janvier 2025 ; Le Financial Times « Donald Trump in fiery call with Denmark's prime minister over Greenland », 24 janvier 2025 ; Maya Yang, « Trump again demands to buy Greenland in ‘horrendous’ call with Danish PM », The Guardian, 28 janvier 2025. ↩︎
  • 13
  • 14
    Miranda Bryant, “Anger in Greenland over Usha Vance and Mike Waltz's planned visit this week”, The Guardian, 24 mars 2025 et “JD Vance to expect frosty reception in Greenland amid diplomatic row”, The Guardian, 28 mars 2025. ↩︎
  • 15
    Robert Tait et Miranda Bryant, “Denmark to summon US envoy over report of Greenland spying directive”, The Guardian, 7 mai 25 ↩︎
  • 16
    Ibid. ↩︎
  • 17
    Paul Kirby, “US tells Denmark to ‘calm down’ over alleged Greenland influence operation, BBC News, 28 août 2025. ↩︎
  • 18
    Ibid. ↩︎

Chroniques de l'hyperwar - AI : Elon, les mollahs et les satellites

Starlink et la fermeture de l'Iran

  • Le 8 janvier 2025, face à l'ampleur du soulèvement populaire, les autorités politiques iraniennes ont coupé la quasi-totalité de l'accès à Internet en Iran.

    Mais cette fermeture était différente de celles imposées lors d'autres soulèvements, y compris celui de 2022.

  • En effet, les unités de cybersécurité des gardiens de la révolution ont également réussi à brouiller les signaux de la constellation de satellites Starlink, qu'Elon Musk avait mis gratuitement à la disposition des opposants au régime des mollahs. Pour y parvenir, des milliers d'antennes Starlink ont été introduites clandestinement dans le pays.

    Cependant, depuis 2022 et la guerre en Ukraine, Starlink est devenu un acteur américain majeur dans ce que nous appelons l“”hyper-guerre", à savoir la transformation de la guerre par l'IA.

    L'IA en guerre (1) : Ukraine

    Le brouillage de Starlink par les autorités iraniennes dans le contexte de la coupure quasi-totale de l'internet qu'elles ont imposée met en lumière l'évolution extrêmement rapide de la portée et des méthodes de l'hyper-guerre et de ses conséquences.

I. Starlink contre la Russie et l'Iran

  • Depuis 2022, Elon Musk a décidé de déployer des constellations de satellites Starlink au-dessus de l'Ukraine pour maintenir la connexion du pays malgré l'offensive russe.

    C'est alors que Starlink a révélé toute sa puissance stratégique, devenant l'infrastructure qui assurait l'accès de l'État ukrainien à l'internet, en particulier pour l'armée ukrainienne.

    En effet, dans les premières 24 heures du conflit, Elon Musk a positionné une constellation de satellites au-dessus de l'Ukraine, tout en déployant des dizaines de milliers d'antennes portables.

    L'IA en guerre (1) : Ukraine

  • C'est cet accès à Starlink qui a permis de sécuriser les données administratives de l'État ukrainien dans le nuage Amazon Web Services. Starlink a également garanti des liaisons montantes pour les flottes de drones ukrainiens vers les satellites militaires américains et les satellites privés de Palantir, chargés d'analyser les données transmises et de les traduire en solutions de tir, ainsi que pour les communications et la coordination des troupes ukrainiennes.1Joscha Abels, “In the sky over Iran, Elon Musk and Starlink step into geopolitics - not for the first time”, The Conversation, 26 juin 2025.

    Malgré leurs efforts, les unités russes de cyberguerre et de guerre électronique n'ont pas réussi à brouiller Starlink pendant très longtemps. Toutefois, les premiers succès dans ce domaine ont été enregistrés à partir de 2024.

    En Iran, en 2022, une constellation Starlink a été déployée pour soutenir le mouvement de protestation, en maintenant une communication ouverte entre les manifestants et le reste du monde. Malgré une répression prolongée, les communications Starlink sont restées ouvertes.2Vera Bergengruen, “Comment les géants de la tech ont contribué à transformer l'Ukraine en un gigantesque laboratoire de guerre de l'IA”, Time Magazine, Le 8 février 2024

    SpaceX/Starlink apparaît donc autant comme un acteur industriel que comme une nouvelle infrastructure de communication, de transmission de données et de traitement, jouant un rôle stratégique en faisant passer ces situations de la “guerre” à l“”hyper-guerre" en les englobant dans et par ses constellations de satellites.

    Ces constellations “canalisent” le flux de signaux et de données en amont et en aval, qui sont ainsi efficacement intégrés dans les stratégies d'influence américaines.

II. La rupture stratégique iranienne

  • Dans ce contexte, l'extension de la coupure totale de l'internet par les autorités iraniennes à Starlink représente une révolution technologique et stratégique : les adversaires des États-Unis ont ainsi réussi à contrer l'infrastructure Starlink, qui jouait un rôle crucial en reliant la contestation intérieure à la communication avec le monde extérieur.
  • Il semblerait que les Gardiens de la Révolution disposent de moyens simples et accessibles pour brouiller les signaux GPS des satellites. Les communications Starlink fonctionnent sur le principe du signal transmis d'un satellite à l'autre par une antenne au sol.

    Mais si la coordination entre les satellites est dégradée par le brouillage de leurs signaux GPS, la coordination nécessaire pour maintenir la continuité du signal émis depuis la Terre n'est plus assurée, d'où le brouillage qui en résulte et qui neutralise les liaisons montantes, les VPN et même les intranets dédiés.

  • A l'inverse, ce brouillage permet aux Gardiens de la Révolution de combiner une répression armée ultra-violente avec l'équivalent d'une cyberguerre contre leur propre population. Cela ne peut que conduire à la fragmentation et à la déstabilisation de l'opposition, alors que, malheureusement, le régime conserve le monopole des moyens de violence, ainsi que de l'accès à l'internet.

III. L'avenir de Starlink et de l'hyper-guerre

  • Cependant, ce brouillage effectif de Starlink en janvier 2026 s'inscrit dans d'autres formes d'opposition à l'entreprise d'Elon Musk. Ainsi, des recherches publiées le 5 novembre 2025 par des scientifiques chinois mettent en évidence la possibilité de brouiller les signaux entre les antennes terrestres et une constellation de plus de 10 000 satellites Starlink.

    Il faudrait pour cela déployer une flotte répartie d'au moins un millier de drones et de ballons équipés de brouilleurs à moyenne altitude.

    Si ce chiffre peut sembler important pour un observateur européen, les capacités de production industrielle choisies pourraient presque certainement répondre à cette demande sans difficulté.

    L'IA en guerre (4) : La course aux drones et aux robots entre les États-Unis et la Chine

  • Ainsi, en cas de siège ou d'attaque de Taïwan, le déploiement d'une constellation Starlink au-dessus de Taïwan ne diminuerait pas l'efficacité de la stratégie chinoise.
  • Ainsi, les recherches militaires chinoises et la mise en œuvre par l'Iran du brouillage Starlink démontrent que l'avantage des États-Unis en termes d'hyper-guerre connaît aujourd'hui une dégradation relative.

    Il est donc essentiel de surveiller comment SpaceX/Starlink réagira à cette situation, mais aussi comment les adversaires des États-Unis l'exploiteront.

Pourquoi est-ce important pour les entreprises françaises et européennes ?

  • Un nombre croissant de particuliers et d'entreprises françaises, comme Air France, s'appuient sur les services de Starlink. Ils doivent donc contacter la société pour étudier comment maintenir la continuité de leurs activités malgré les attaques asymétriques qui ne manqueront pas de se produire dans les jours, les semaines et les mois à venir.
  • SpaceX/Starlink est en train de procéder à une réorientation majeure de ses activités en raison de la révolution en cours dans le déploiement des centres de données dans l'espace. Le renforcement des équipements spatiaux contre les risques de brouillage pourrait constituer une opportunité pour les entreprises françaises de l'électronique d'accompagner SpaceX/Starlink dans la satisfaction des nouveaux besoins qu'elle exprimera.
  • D'un point de vue culturel, il est urgent que les entreprises françaises comprennent que les infrastructures numériques/cyber/AI, terrestres, sous-marines et spatiales, deviennent rapidement un champ de bataille entre les puissances mondiales et régionales. La formation des managers et la nomination de leaders dédiés à ces questions est désormais un impératif existentiel à très court terme pour les entreprises.

Notes